Jeudi 13 août Jour 145 Passage frontière russe
Départ sous la pluie, avec parfois un peu de brume. La route de temps en temps très dégradée est généralement bonne et roulante. Pause déjeuner à Darkhan où nous espérions trouver des artisans travaillant le cuir, selon notre guide. En fait cette ville de 100 000 habitants créée de toutes pièces dans les années 60 pour désaturer Oulan Bator est sinistre, mélange de sordides barres HLM et de bidonvilles, et nous ne trouverons aucun artisan..
Il faut dire que dans ces régions où l’hiver est long et glacé, la notion de magasin avec vitrine et néons n’a pas cours, les commerces sont au rez de chaussée des HLM, à peine signalés par des affiches. Les gens du cru savent les trouver.
Nous levons l’ancre et reprenons la route qui traverse une succession de monts dénudés et de plateaux où, fait rare par rapport aux régions précédemment traversées, des cultures apparaissent puis s’étendent : cette région est le grenier à blé de la Mongolie,. En nous rapprochant de la Russie, la végétation change, les arbres sont de plus en plus nombreux et, dans les zones plus accidentées, de véritables forêts apparaissent. Nous progresserons plus vite que prévu et décidons de passer la frontière, où nous arrivons vers 15h30.
Formalités kafkaïennes coté mongol, deux voisins de bureau dont l’un fait un petit somme de temps en temps, saisissent alternativement les mêmes infos sur leurs ordinateurs et se passent et repassent nos cartes grises avec un air de profonde et morose perplexité avant de se décider à appliquer le coup de tampon libérateur. Nous en profiterons pour échanger avec 4 jeunes polonais qui font le tour du monde en 18 mois dans un combi VW. Pas trop de problèmes, ceux là, dans le choix de leur vêtements chaque matin : Sponsorisés, ils doivent, par contrat, porter les T shirts aux couleurs de leurs sponsors. Inutile de préciser qu’au bout de plusieurs mois, les badges commencent à être plutôt délavés…
Les formalités seront plus rapides côté russe, mais, de part et d’autre, la même absence d’amabilité des gratte papiers. Affaire de climat ? Neurasthénie d’une affectation à la frontière mongolo/ sibérienne ? Qu’est ce que ça doit être par -30° ! Les jeunes bidasses sur le terrain sont bien plus sympas.
4 heures pour solder le tout et nous nous éloignons d’une trentaine de km de la ville frontière russe, Kyatkhta, ville de garnison : Nous apercevrons au passage les cantonnements de chars et éviterons de les photographier. Ils ne sont sûrement pas là pour les mongols. Prêts à toute éventualité face à la Chine ?
Nous bivouaquerons auprès d’un restau routier, perdu dans la campagne au croisement d’une piste, en nous demandant de combien il faudra décaler nos montres.
N 50° 34.301’ E 106° 23.844’
Altitude 696m
350km Total 27782
Vendredi 14 août Jour 146 Frontière – Ulan Ude
Nous traversons des cordons de monts émoussés, par la très belle et très mauvaise route qui joint Oulan Bator à Ulan Ude. Très mauvaise car pleine d’ondulations, c’est la première fois que nous voyons de la tôle ondulée sur du goudron, mais sans trous, net progrès par rapport aux routes mongoles, avec énormément de rustines, qui nous obligent à freiner brutalement quand on les distingue : Elles secouent terriblement.
Très belle car excellemment balisée, les zones très pourries étant signalées, mais surtout serpentant dans un paysage de pinèdes magnifiques puis devenant rectiligne sur de vastes plateaux verdoyants. Après 70km, au passage d’un pont franchissant une large rivière, la route devient très bonne, ce qui nous permettra d’atteindre Ivolguinsky Datsan avant le déjeuner.
Ce monastère principal du bouddhisme en Russie fut crée en 1946 à un moment où Staline voulut récompenser les bouriates de leur contribution pendant la « guerre patriotique », la région, très industrielle, étant alors le siège d’intenses productions de chars et d’avions de combat. Le datsan, donc, abrite aujourd’hui une trentaine de moines qui vivent dans de petites maisons de bois, dans l’enceinte du monastère, qui comporte plusieurs temples.
Nous filons ensuite sur Ulan Ude, capitale de la Province autonome de Bouriatie. Nous apprendrons qu’en Union Soviétique, quand dans une région une minorité ethnique était dominante, le statut de République autonome était accordé, dans les autre cas il s’agissait d’Oblat.. Ces divisions administratives subsistent aujourd’hui.
Ulan Ude est une grande ville moderne où nous trouvons une population très mélangée de bouriates, mongols et « caucasiens » pour reprendre la désignation politiquement correcte de ce qu’on appelait autrefois des blancs, dans une atmosphère de ville européenne, très rafraichissante.
Change, nous constaterons que le rouble a perdu 20% par rapport à l’euro depuis notre passage début avril, petit café, puis visite du musée d’histoire de la région, où nous remarquerons une salle consacrée aux « Anciens croyants », secte orthodoxe schismatique qui, à l’instar des Amish aux USA ou des Mémonites au Canada s’est figée dans le temps pour observer règles et modes de vie immuables et fut persécutée sous le régime communiste.
Un petit tour à la statue de Lénine, dont la forme est sujet de plaisanteries locales, les têtes décapitées des condamnés étant ici exposées dans les temps barbares, avant de se procurer une clé 4G et le forfait ad hoc chez Megaphon, 23 € soit 5 fois moins cher qu’en Chine.
Nous quittons alors le centre ville pour aller bivouaquer à une douzaine de km, aux portes du parc abritant le musée ethnographique de plein air.
Nos véhicules attirent deux curieux qui voudront absolument nous faire goûter de la vodka, J’accepterai un verre, mais ¼ d’heure plus tard ils reviendront à 4 pour poursuivre la séance en nous offrant biscuits et cornichons. Nous accepterons les cornichons et refuserons fermement le reste. Ils n’insisteront pas et nous quitteront en clamant leur admiration pour De Gaulle et Napoléon…
N 51° 53’ 02.8’’ E 107° 39’ 00.6’’
241 km Total 28023 km
Altitude 684m
Samedi 15 aout Jour 147 Ulan Ude – Babushkine
Le musée n’ouvre qu’à 10h, cela laisse un peu de temps pour terminer les articles sur la Mongolie. Visite du musée, dans une belle pinède, un peu sommaire sur sa partie préhistorique, mais avec quelques beaux bâtiments transplantés ici pour illustrer les XVII° et XIX° siècles. Nous noterons l’alambic à Vodka des isbas paysannes, indispensable, avec ses canalisations en bois. Quant au zoo, est à l’ancienne, les animaux, tigres, loups, ours n’ont que quelques m², pas très enthousiasmant.
Départ en direction d’Irkoutsk, la route traverse une zone humide pour rejoindre le bord du lac Baïkal et le contourner par le sud. Nous pensions, à la vue de notre carte, que la route longeait le lac et que nous pourrions profiter du paysage, mais elle en est éloignée de quelques centaines de mètres et serpente sur les reliefs qui le surplombent , en une suite de montées et descentes brutales qui nous font comprendre d’où vient l’expression « Montagnes russes ». Pendant près de 80km, nous ne le verrons pas, apercevant parfois la ligne du transsibérien qui, elle, a été tracée sur la rive, isolant les villages de pêcheurs du bord du lac.
A chaque fois que nous avons évoqué notre itinéraire avec des russes, nous avons vu leur regard s’éclairer lorsque nous avons mentionné le Baïkal. C’est, pour eux, un endroit mythique, sujet de nombreuses légendes et chansons traditionnelles.
Il le mérite : C’est le plus grand réservoir d’eau douce de la planète, avec une longueur de 637 km, une largeur qui atteint 79 km et une profondeur exceptionnelle de 1400 m. D’une superficie équivalente à la Belgique, il contient autant d’eau que l’ensemble des grands lacs américains. Ses eaux sont extrêmement pures et il abrite de nombreuses espèces endémiques, dont l’unique espèce de phoque d’eau douce. 336 rivières s’y jettent, une seule en constitue le déversoir : L’Angara, à la pointe ouest, sur les rives de laquelle a été bâtie Irkoutsk, à une cinquantaine de km, au nord.
L’Angara après 1800km mêlera ensuite ses eaux à l’Ienisseï, qui filera plein nord se jeter dans la mer de Kara, au nord du nord.
De jolies légendes racontent le mariage du fleuve et de la rivière, et les colères du père Baïkal qui n’acceptait pas cette mésalliance …
Nous souhaitions nous rendre à Posolskoïe, village de pêcheur, mais impossible de le trouver, nous avons dû manquer la route ( la piste ?) d’accès. Pour compenser, nous ferons une ballade dans le village de Babouchkine. Pas très gai, quelques immeubles déglingués, des isbas mal entretenues, un village coupé en deux par une gare de triage et un accès à la plage par un passage sous les voies ferrées. Routes en terre et les trottoirs n’ont pas encore été inventés..
Nous cherchons les pêcheurs désespérément, tout a l’air abandonné sur cette plage, néanmoins, nous aurons vu le lac ! Rassurant par contre, dans un environnement aussi triste que celui du village, les jeunes filles portent mini shorts et débardeurs moulants, les enfants font du vélo ou des rollers
Retour au camion, garé en bord de route, deux femmes vendent du poisson fumé à 10m du véhicule !
De nouveau les montagnes russes, il sera impossible de quitter la route car elle est en chantier continu et les pistes qui la croisent sont trop étroites et défoncées. Bivouac sur un vilain terrain vague en bord de route qui servait de parking aux engins de chantier, et sur les voies, à 50m, un train toutes les 10mn..
Le soir nous dégustons les omoul, ces poissons du lac, avec des pommes de terre au beurre, un vrai régal..
N 51° 35’ 48.2’’ E 105° 23’ 12.5’’
Altitude 473m
232km Total 28255
Dimanche 16 août Jour 148 Babushkine Irkoutsk
Départ 7h30, nous continuons les montagnes russes à flanc de collines avec des pentes à 10%. Parfois des zones de chantier mais la route est généralement neuve, nous passerons souvent à des endroits où le goudron est encore collant ! La multiplication des chantiers est due à la brièveté de la période hors gel, 4 à 6 mois, qui oblige à concentrer tous les travaux routiers à la belle saison.
Arrivée à Irkoutsk vers 13h, sous la pluie, après un passage de col pour contourner l’extrémité ouest du lac. Nous nous garons sur le parking d’un supermarché dans la quartier de Sinusha Hill.
Irkoutsk, ville historique fondée par des cosaques au XVII° siècle grandit rapidement, devenant une des villes étapes importantes de la Route du Thé, voie de commerce entre la Chine et la Russie. Elle dû aussi sa croissance à l’afflux d’exilés, un tiers de sa population au XIX° siècle étant constitué de bannis ! Situation qui perdura d’ailleurs puisque de nombreux camps du goulag étaient situés dans ses environs , comme autour des autres villes sibériennes.
C’est une cité, comme toutes celles de Sibérie, où les faubourgs sont encore constitués d’isbas, il en reste même de très nombreuses en centre ville, faites de rondins et aux fenêtres ourlées de dentelles de bois coloré, plus ou moins bien entretenues.
Certains surnomment Irkoutsk le « Paris sibérien », un peu surfait, même si les jardins au bord de l’Angara ont beaucoup de charme.
Promenade vers les 3 églises situées près du fleuve, derrière la Douma. L’église catholique polonaise de briques et en style gothique,la moins colorée, abrite également des concerts d’orgue, nous ne pourrons la visiter. L’église Spasskaïa et celle de l’Epiphanie sont elles, très belles quoique fort différentes.
Longue recherche de la Cathédrale Notre Dame de Kazan, de l’autre côté de l’Angara, édifice aux couleurs extraordinaires construit en 1718.
Nous ne trouverons pas l’embarcadère Rakita d’où s’embarquer en hydroglisseur pour Listvyanka, à l’embouchure de l’Angara, mais nous admirerons l’extérieur de la Maison de l’Europe, ancienne propriété d’un négociant prospère, sauvée de la démolition par des associations européennes et maintenant classée par l’Unesco.
Promenade dans ce quartier des décembristes. Officiers progressistes, ces aristocrates tentèrent, en décembre1825, un coup d’état pour libéraliser le régime. Cinq furent exécutés par Nicolas II, une centaine furent exilés à Irkoutsk pour y subir de longues peines de prison, puis assignés à résidence, où ils finirent leurs jours. Une vingtaine d’épouses, mères ou sœurs les rejoignirent pour y fonder au fil des ans, une communauté qui apporta à la région un ensemble de transformations culturelles ou sociales fondamentales, à tel point que l’épouse du comte Volkhonsky y est devenue une icone.
On peut visiter les belles propriétés que certains y bâtirent après leurs longues années de bagne. Coup de chance, le syndicat d’initiative y est logé, nous y trouverons les infos pour le bus pour Listvyanka… car pas d’hydroglisseur le lundi.
Au retour, nous ferons halte dans une zone d’isbas complètement rénovée, mélange naturellement de boutiques de charme et de centre commercial de luxe. Nous y remarquerons, avec surprise, une pancarte qui nous fera penser à nos ami (e)s de l’association humanitaire « Prométhée ». Michel, bises à tous de notre part.
N 52° 15’ 52.8’’ E 104° 13’ 18.6’’
Altitude 437m
243 km Total 28498
Lundi 17 août Jour 149 Lystvianka
Nous prenons donc le bus, sous la pluie, jusqu’à Listvyanka, à l’embouchure de l’Angara. Cela doit être gai en été ! Village qui s’étend le long de la route côtière, étroite plage de galets, la flotte du Baïkal à quai. Un charmant marché aux poissons où nous achèterons galettes, omouls frais et fumés avant de déguster, avec les doigts les poissons frais, à peine fumés, qui sont conservés chauds par les vendeuses dans des marmites norvégiennes. Une chair de truite au goût délicat, une galette chaude, une bière mousseuse dans un café à l’ambiance hivernale (rondins, poêle et vitres embuées), que demande le peuple ?











































































































Commentaires récents