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Lundi 12 novembre.  Jour 63.  La Paz

Nous montons à El Alto pour récupérer le véhicule, le responsable d’atelier nous ayant confirmé que le remontage des injecteurs était terminé et que le véhicule fonctionnait. Par contre, à notre arrivée, il nous informe que le pot catalytique n’a pas dû être nettoyé correctement et nous invite à décider : continuer dans ces conditions, avec le risque de nouveaux colmatages (les véhicules en Euro 5 ne sont décidément pas faits pour la Bolivie), ou supprimer la colonne de catalyse. La décision est vite prise : on supprime et nous remettrons en configuration d’origine à notre retour. Le pot qui avait été démonté pendant le week-end est dans un autre atelier et il n’y a plus qu’à lancer l’opération : tronçonnage, démontage de la charge, soudure du pot et remontage sur le véhicule sans rebrancher les sondes. Mais cela prendra l’après- midi, trop tard pour repartir.

Nous sommes un peu dépités mais pas vraiment surpris. Bonne nouvelle cependant, après un essai de conduite par le responsable d’atelier, le véhicule nous est rendu, bon pour le service.

Nous dormirons donc dans la cour de l’atelier, pas seuls : deux vieux combi VW sont également là, l’un ayant le moteur démonté. Ce sont les montures de deux jeunes couples argentins qui visitent le continent. Ils sont là depuis un mois, le temps d’achever la réparation et, en attendant, ils vendent des pizzas et des gâteaux sur le trottoir. Pas vraiment notre projet…

Mardi 13 novembre.  Jour 64.  La Paz / Puno

Nous sommes ravis de repartir, après trois semaines à La Paz, où nous ne pensions rester que quelques jours. Cela ampute sensiblement le programme à venir..

On se jette dans la circulation de l’avenue du 6 de Marzo, avec ses deux files de collectivos qui monopolisent les deux voies de droite, quand, à un feu rouge, un type nous fait signe que notre roue avant droite est desserrée, puis quelques mètres plus loin, un autre, puis un troisième, nous font le même signe pour la gauche !

On se dit, furieux, que le garage Ford, à qui nous avions confié la tâche d’inverser roues avant et roues arrière pour rééquilibrer l’usure, ont bâclé le travail. On essaye, difficilement, de gagner le bas-côté, et on reçoit l’aide de l’un de ceux qui nous ont signalé le problème, qui fait dégager la place.

Un meccano est sur le trottoir, et on n’y voit pas malice, car nous sommes dans le quartier des garages, et on est même soulagés en se disant qu’on a évité un accident. Un de ses collègues le rejoint, et nous propose de nous guider dans leur atelier, quelques rues plus loin.

On s’engage donc dans les petites rues transversales puis nous garons en bord de trottoir, pas d’atelier en vue, mais ils inspectent la direction et rapidement, ressortent de sous le véhicule et nous montrent une pièce, la rotule ? dont le coussinet est endommagé. Proprement assommés par cette succession de pannes, on n’a pas pris soin de vérifier si les roues se désaxaient, ni de s’interroger sur un diagnostic aussi rapide.

Ils nous indiquent qu’ils peuvent faire la remise en état,  les pièces étant disponibles. Et un type se pointe peu après, cotte de chef d’atelier avec les écussons ad hoc et une trousse contenant un jeu de pièces, qu’il nous détaille, nous garantit, et nous propose de monter sur le véhicule pour remplacer l’ensemble endommagé.

Mais pour cela, je devrais maintenir fermement le volant en bout de course pendant toute l’opération, moteur en marche afin de bénéficier de l’assistance à la direction, pour que les meccanos ne risquent pas de subir de graves blessures aux mains en cas de retour de volant. Résultat : je ne vois pas ce qu’ils font et ne peux vérifier s’ils changent tout le kit. A ce stade d’ailleurs, je ne me pose même pas la question, il faut croire qu’à 4000m, le cerveau manque d’oxygène.

En moins de 30 mn les pièces sont remplacées, je peux constater que la partie visible est neuve et on nous en montre des anciennes (?), effectivement en triste état. Le chef d’atelier, qui n’a pas quitté le véhicule pendant le travail et avec qui nous avons entretenu une très courtoise conversation présente sa facture.

Et là, on réalise le piège ; il nous demande 2600 $ !

Longue discussion pour parvenir à la ramener à 1000 $, ça fait encore très mal.

Pendant que je reste au véhicule, Agnès devra faire la tournée des DAB, en compagnie d’un des meccanos, pour rassembler le montant en bolivianos qui viendra compléter notre solde de dollars et d’Euros que nous réservions à des usages bien plus justifiés. Elle en reviendra très essoufflée.

Nous repartons et ce n’est qu’après quelques kilomètres que nous finirons par nous convaincre qu’il s’agit d’une arnaque très bien montée : le nombre d’acteurs qui nous a convaincu que nous avions un problème, nos soucis précédents qui ont entamé la confiance dans notre véhicule, le stress de la circulation sur une avenue au trafic infernal, la fatigue de trois semaines à une altitude de 4000m, nous ont empêché de raisonner et de simplement vérifier, de visu, la matérialité de l’avarie.

J’ai hésité à raconter cet épisode, peu glorieux, mais il pourra être utile aux éventuels lecteurs qui viendraient à circuler dans ces contrées…

Nous prenons la route vers le Nord- Ouest, repassons devant Tiwanaku puis atteignons le poste frontière de Desguadero. Complexe frontalier intégré flambant neuf, qui pourrait traiter des dizaines de véhicules, mais nous sommes seuls et les fonctionnaires des deux pays sont plongés dans leur smartphone.

Passage rapide et nous entrons au Pérou. Dans la petite ville frontière, pas moyen de retirer du cash, nous avons atteint les plafonds avec nos misères matutinales. Pas non plus d’agence d’assurances. Il nous faudra en trouver une à la prochaine ville, Puno, la police Generali établie pour l’Argentine et le Mercosur ne couvrant pas le Pérou. Par contre la station -service en sortie de ville, qui ne prend pas les cartes, accepte le paiement en Bolivianos, c’est déjà ça, et se sucre naturellement au passage.

On longe le lac Titicaca, pas vraiment envie de s’arrêter, le Nikon reste dans son étui, et nous arrivons à Puno en fin de journée, pour nous garer dans la cour du bel hôtel « Pousada del Inca » qui accepte les camping-cars au fond de son parking.

S 16° 31’ 10.9’’   W 68° 10’ 0.02’’ Altitude 3830m

Km 266 Total 9153

Mercredi 14 novembre, jour 65. Puno / Sicuani

Nous trouvons assez vite, merci Ioverlander, la minuscule agence de « La positiva ». Une assurance au tiers pour un mois nous coutera la modique somme de 26 sols, soit 7€. Il vaut mieux ne pas s’en priver, même si cela n’est pas obligatoire pour les séjours inférieurs à un mois. Les DAB sont nombreux, mais ne dispensent que de faibles sommes et il nous faut multiplier les retraits, heureusement que les frais sur la master-card d’Agnès sont proportionnels et sans forfait, ça n’est pas le cas des cartes Visa !

Direction Cusco, à travers l’altiplano. Longue route, plutôt monotone, une fois quittées les rives du lac Titica et ses élevages de truites, dans un paysage assez désolé, parsemé, de temps en temps, de groupes de maisons en adobe et où la seule activité semble être l’élevage bovin.

Première halte à Juliaca pour y faire le plein de provisions. Sur le parking du supermarché, je remarque des traces grasses sous le véhicule. J’en recherche l’origine : il s’agit de gazole, qui fuit au niveau des têtes d’injecteurs, sans doute mal serrées au remontage. Nous sommes maudits..

Heureusement nous étions passés, à l’entrée de la ville, devant un garage Ford. On y fonce et là, ils seront au top : prise en charge immédiate, problème identifié dans la seconde et resserrage effectué en 20 mn, ils n’accepteront qu’un pourboire !

On reprend la route jusqu’à Sicuani, pour faire halte dans le parking de l’hôtel Wilkamayu, très mignon, et où on appréciera une bonne bière vespérale.

S 14,26109°   W 71,22407°

Km 273 Total 9426

Jeudi 15. Jour 66   Sicuani / Cusco

Une fois franchi les cols, le versant pacifique des Andes est bien plus vert et riant que le versant est. Les vallées, peuplées de nombreux villages, sont consacrées au maraichage et à de petites cultures de maïs, les arbres se multiplient, essentiellement des eucalyptus.

Nous choisirons, pour atteindre le camping « Quinta la la », sur la recommandation d’overlanders, de ne pas traverser Cusco et de contourner par le Nord, par Saysaywaman, en évitant le dédale de petites rues qui en fait son charme et le cauchemar des conducteurs. Cela rajoute une vingtaine de km par une route dont la première portion sera extrêmement raide, mais peu fréquentée, qui permet par contre de surplomber la ville et d’être impressionnés par le site, cuvette où s’est développée la cité, ensuite longe des vestiges incas, puis nous mène à 200m du camping.

Un chemin pavé, un portail, et derrière : le refuge. C’est ici que nous espérons pouvoir laisser notre véhicule lors de notre prochain retour en France.

Accueil efficace par Milagros, la propriétaire, avec qui nous avions échangé plusieurs messages parfois contradictoires au cours de la préparation du voyage et qui, dans un anglais convenable, nous communique les informations nécessaires pour les séjours dans le camping. Elle nous rassure très vite sur les possibilités d’hivernage, les documents obligatoires et le fait qu’elle nous guidera pour les formalités visant à prolonger notre autorisation temporaire d’importation. Nous constatons par ailleurs que 4 véhicules, 3 français et 1 américain sont en dépôt. Cela ne vaut pas « UY storage » car c’est un parking extérieur, dans l’herbe, mais c’est clos avec une présence permanente et Milli maitrise la question. Un gros souci de réglé.

Dans le camping, quelques autres véhicules de passage, en majorité allemands, aux équipages pas très liants. Ou bien nous ne sommes pas dans le bon état d’esprit..

Les formalités dureront plusieurs jours et nous devrons donc être à Cusco au moins une semaine avant notre départ. Nous décidons alors de reporter la visite de la ville à la fin de notre séjour et de gagner, au plus vite, des altitudes plus propices à nous faire récupérer une forme moins essoufflée, car nous sommes toujours à 3600m. Nous partirons demain pour Nazca, et ses géoglyphes.

S 13° 30’ 58.65’’   W 71°57’’ 25.01’’

Km 155  Total 9308

Vendredi 16 novembre. Jour 67    Cusco / Cuycuhua

Redescente sur Cusco, contournement par le nord, puis on gagne la route de Lima. Elle se révèlera superbe tout le long du trajet, excellent revêtement, et étonnamment peu fréquentée pour une route qui relie les deux principales villes du pays.

Après un parcours d’altiplano, la route enquille une vallée puis franchit une ligne de crêtes par une série de cols : abra Willque (3730m), abra Sorllaco (4006m), abra huashuccash (4300m), abra Condorcensa (4390m), avant de redescendre vers Abancay, à 2400m.

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Traversée de la ville intéressante : des travaux sur l’avenue traversante ont justifié d’une déviation poids lourds, en fait une mauvaise piste à la signalisation peu visible. Devant nous, un semi -remorque qui l’a loupée est arrêté en plein centre-ville, nez face à la barrière de chantier. Il ne peut tourner ni à gauche, ni à droite, et sans doute pas reculer. Heureusement, nous avons la place de passer, compatissons et, sans grands remords, l’abandonnons à son sort.  Il y est peut-être encore.

Sortis de là, défilé des écoles dans la zone de travaux ! ça ne fluidifie pas, mais ils sont bien mimi.

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Nous nous engageons dans une seconde vallée, bien plus encaissée et remontons les gorges, sans forcer, la pente est douce. Nous bivouaquerons sur le parking d’un hôtel, fort isolé en plein milieu des gorges et vide en cette saison, avant d’attaquer la deuxième série de crêtes : nous voulons dormir à basse altitude.

S 14° 12’ 35.2’’   W 73° 19’ 08,6’’     Altitude 2800m

Km 303 Total 9611

Samedi 17 novembre. Jour 68  Cuycuhua / Nazca

Longue journée de route. Sortis des gorges, en 50 km et par une série de lacets spectaculaires, nous gagnerons 1400m d’altitude, pour atteindre une région de hauts plateaux parallèles, séparés par  plusieurs cols. Sur 120km, nous évoluerons en permanence entre 4200 et 4600m. Plateaux quasi déserts, quelques pauvres villages, des enfants aux joues rouges, dans la steppe des alpagas et, au plus haut, des lacs glaciaires puis une réserve de centaines de vigognes.

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Puis, en 75 km, dégringolade de 3600m. La route est toujours aussi belle, le paysage aussi désert, et les poids lourds plus nombreux.

Arrivée, à Nazca, ville à la civilisation pré inca, haut lieu de de tourisme au milieu de nulle part et qui n’existe que grâce aux géoglyphes.

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Bivouac à l’hôtel San Marcello.

Demain, nous survolerons les fameuses lignes de Nazca.

S 14.83247°   W 74,95779°

Km 363   Total 9974   Altitude 600m (enfin !) Pour l’instant, la voiture tourne bien et nous avons retrouvé notre souffle..

Dimanche 18 novembre et lundi 19. Jour 69 et 70. Nazca / Huacachina

Pas de problème pour trouver un avion pour survoler les « lignes de Nazca ». Dans la rue principale, les vendeurs des agences vous assaillent pour vous proposer toutes les excursions possibles dans la région, quelqu’en soit le moyen de transport. Le survol est indispensable pour admirer les géoglyphes, peu visibles du sol, à un coût raisonnable, 80 à 90$ par personne suivant la taille de l’avion, et on vous amène à l’aéroport. Sur place, 6 compagnies se disputent les amateurs, la concurrence permet de maintenir les prix. Nous embarquerons donc dans un Cessna de la compagnie Aeroparacas, réputée la plus sûre.

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Et c’est parti pour découvrir ce qui reste un mystère archéologique : dans une plaine aride de 500 km², à une vingtaine de km au nord de Nazca, ville nichée en plein désert, plus de 800 lignes droites, 300 figures géométriques telles que triangles et trapèzes, 70 dessins gigantesques d’animaux et un humanoïde ont été tracés par des civilisation pré inca qui s’étaient établie dans la région entre 900 AV JC et l’an 600 de notre ère.

J’aurais les plus grandes difficultés à réaliser des photos à peine acceptables : l’absence totale de contraste, la présence des vitres de l’appareil, les trous d’air rendront les mises au point complètement aléatoires. J’ai donc dû les retravailler, en sacrifiant le rendu des couleurs et la luminosité pour obtenir des figures visibles. Mille excuses pour cela. Et, pour essayer de me faire pardonner et faciliter l’interprétation, une vue d’ensemble des principales figures :

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Tout d’abord des exemples des figures géométriques :

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Un singe très expressif avec sa queue en spirale :

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Un colibri au bec disproportionné

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Coupé par la route Panamericana tracée en 1937, un lézard de 130m de long et un arbre :

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Et l’« astronaute», un humain à la tête en forme de bocal qui serait un prêtre à tête de chouette. Contrairement aux autres figures, tracées sur le plateau, il a été figuré sur un affleurement rocheux, dans un style beaucoup moins pur. Epoque différente ?

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Pour ceux qui le souhaitent, nous ramenons un beau livre, avec des photos prises par un pro, sinon, cherchez sur internet, vous trouverez tout, en mieux…

Aucune unanimité sur les auteurs de ces dessins, Paracas et Nazcas, puis Huaris, descendus des plateaux et qui leur succédèrent, ni sur les techniques qui leur permirent de tracer des figures aussi rectilignes et des dessins aux lignes aussi pures, alors que le résultat ne se distingue que du ciel, encore moins sur les motivations de ce travail titanesque.  Selon Maria Reiche, mathématicienne allemande qui consacra sa vie à l’analyse de ces géoglyphes, il s’agissait d’un calendrier astronomique destiné à l’agriculture et bâti à partir de formules mathématiques, mais cette thèse reste controversée. Pour d’autres, plus nombreux, elles seraient liées au culte de l’eau et de la fertilité, ce que je trouve personnellement plus convaincant, eu égard à l’aridité de la région.

Belle transition d’ailleurs vers le deuxième centre d’intérêt de Nazca : les aqueducs qui permettaient de contrôler l’écoulement des nappes phréatiques et de les diriger vers les cultures, grâce à un extraordinaire système de puits, qui nous rappellera ce que nous avions vu en Chine. Une différence majeure cependant : vu la nature des sols, les puits permettant d’accéder au niveau de la nappe ont été construits en spirales, étayés de galets, afin de pouvoir accéder aisément, pour le contrôle et l’entretien, au niveau du flux.

Ces puits, creusés par les femmes, sont distants d’une vingtaine de mètres et disparaissent lorsque la profondeur de la nappe permet un écoulement à l’air libre. Dans le lointain, le Cerro Blanco, la dune la plus élevée d’Amérique du Sud avec ses 2700m d’altitude.

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Avant de quitter Nazca, une visite au Musée ethnographique nous permettra de remarquer quelques belles pièces aux motifs pleins de dérision.

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En quittant la ville, un mirador offre une vue en plongée rapprochée des figures de l’arbre, des mains et du lézard, et met en évidence la technique utilisée : un très léger décapage de la couche superficielle des cailloux noircis, presque vernis par le soleil, faisant apparaitre le substrat de gypse blanchâtre, surligné, telle la « ligne claire » de Hergé, par le feston de cailloux noirs écartés par l’opération.

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Route au nord, nous ferons un bref arrêt sur le site des géoglyphes de Palpa, tout proche, où, sur le flanc d’une colline, a été immortalisée une famille royale.

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Nous rejoindrons Huacachina, après une longue traversée dans le désert jusqu’à l’oasis de Ica, pour un bivouac dans l’Eco camp.

S 14° 05’ 19.8’’   W  75° 45’ 48.8’’   Altitude 429m

Km 164 Total 10038

 

Mardi 20 . Jour 71. Huacachina/ El Chaco– Presqu’île de Paracas

Huacachina est située dans une zone de dunes, entre l’oasis d’Ica et la mer. La présence d’une lagune a permis d’y développer une micro zone touristique.

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Elle attire les amateurs de surf sur les dunes ou de ballades en buggy. Une soixantaine de ces engins, croisement du buggy de Steve Mac Queen dans « L’affaire Thomas Crown » (Ah ! la partie d’échecs avec Faye Dunaway …) avec les monstres de « Mad Max », attendent le chaland.

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En bord de dune, se niche, très intelligemment aménagé, l’ « Eco Camp ». Une douzaine de paillotes, quelques emplacements de parking, une piscine, et c’est un endroit de rêve pour une halte cocooning.

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Nous reprenons la route vers le nord, la « Panamericana Sur » le long de l’active oasis d’Ica ,pour gagner après une longue portion dans le désert, où sont curieusement implantés de nombreux élevages industriels de poulets, la presqu’ile de Paracas, triangle de terre faisant saillant dans le Pacifique qui abrite une réserve naturelle, et une petite, mais cossue, station balnéaire à l’abri de sa rade : El Chaco, où débarqua San Martin en 1820.

Dès notre arrivée, nous réservons des places pour la ballade vers les Iles Balestas, puis partons faire le tour de la presqu’île. Notre première halte sera, qui s’en étonnera, pour un resto de poissons, dans la baie de Lagunillas. Ici, c’est le bout du monde : des barques de pêche, 4 restaurants, et rien d’autre. Notre véhicule se retrouve en terrain connu: le désert péruvien est le plus aride du monde, et les plages ne sont pas très fréquentées…

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Retour à El Chaco, sans avoir vu la queue d’un animal. Ce sera pour demain ?

Bivouac sur la place voisine de l’embarcadère pour les iles.

S 13° 49’ 53.1’’   W 76° 14’ 50.1’’

Km 126   Total 10584 (recalé)

Mercredi 21. Jour 72. El Chaco – Islas Balestas

Dès 7h45 nous sommes parés pour embarquer, par fournées de 40, dans les vedettes rapides qui nous conduiront aux « Islas Balestas », haut lieu de la biodiversité et autrefois exploitations de guano (savez vous qu’il y eu une guerre à la fin du XIX° siècle entre le Chili et le Pérou, d’une part, et l’Espagne, pour la possession d’iles inhabitées mais dont les gisements de guano produisaient 200 000 tonnes exportées chaque année vers l’Europe ?)

Mais auparavant, halte sur la dune qui fait face au port de El Chaco, pour y découvrir ce qui reste un autre mystère de la région : un gigantesque candélabre de 130 m de haut, tracé dans le sable, dont la présence a été relatée pour la 1° fois par un voyageur en 1863. L’aridité du climat, moins de 20mm de précipitations par an, et l’absence de vent sur ce versant protégé, en assure la conservation.

Qui et quand l’a t­-on tracé : des conquistadores ? des marins ? des prêtres ? et quelle en est la signification ? A chacun sa vérité.

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On ne débarque pas sur les îles, aujourd’hui protégées en tant que réserve naturelle, et depuis que l’exploitation du guano a cessé, les oiseaux sont les maitres des lieux. Près de 250 000 y nicheraient, les espèces les plus spectaculaires en étant les pélicans et les pingouins.

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Quant aux pingouins, ils constituaient un mystère pour les naturalistes, peu accoutumés à la présence de ces oiseaux marins dans des zones tropicales. C’est de Humboldt que vint la lumière : il mit en évidence la présence d’un courant marin froid remontant les côtes péruviennes extrêmement favorable au développement des anchois et donc de leurs prédateurs. Il en fait, au passage, toujours du Pérou le premier exportateur de farines de poisson. (By the way, c’est pour ça qu’il y a des élevages de poulets ?)

Ce courant froid, et ces pingouins, y gagnèrent leur identité : le courant de Humboldt, et les pingouins itou, bien différents des pingouins de Magellan et des pingouins « rois » que nous avions admiré en Patagonie.

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Grégaires, ils ne semblent pas faire un pas l’un sans l’autre.

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C’est l’heure du bain, ils s’engagent dans la pente. Pas envie de se casser la gueule, ils regardent où ils mettent les palmes..

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Les deux plus hardis sont déjà en bas, et surveillent les trainards.

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Ça ne suit pas, mais, marre d’attendre, ils plongent…

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Sur les rochers, les lions de mer n’ont pas, eux, d’angoisses existentielles : les femelles et les petits se prélassent.

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Et les mâles font ce que savent faire les mâles ; ils font les beaux !

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L’après- midi, nous pousserons vers ce qui sera,  à 70km, le point le plus au nord de ce voyage, l’hacienda San José . Nous n’irons pas en effet, jusqu’à Lima, ce sera pour le prochain séjour.

Les premiers bâtiments de cette hacienda, dont son église, furent bâtis en 1688, et dédiés à l’exploitation de canne à sucre et la production de miel. A son apogée, couplée à l’hacienda proche de San Regis, elle exploitait, le mot n’est pas trop fort, 4000 esclaves d’origine africaine.

Somptueuse, son ambiance, bien qu’elle soit aujourd’hui transformée en hôtel, renvoie à la propriété de Di Caprio, dans « Django unchained »

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On ne pourra s’empêcher de penser, en visitant les sous- sols qui abritaient les cellules où étaient enchainés, maltraités et punis les esclaves désobéissants ou fuyards, où ils étaient parqués pendant les visites des inspecteurs des impôts afin d’échapper à la taxation, où les plus beaux spécimen assuraient un devoir de reproduction, de penser donc au cynisme et à la bonne conscience des hidalgos résidant un étage au- dessus, et se préparant à la messe dans leur somptueuse église au retable en ébène importé d’Espagne.

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Comble du cynisme : les esclaves devaient parcourir depuis la côte 25 km dans un tunnel de moins de 80 cm de large et de 1m60 de haut, non éclairé naturellement, pour atteindre, sans être vus, la plantation et éviter ainsi aux planteurs la taxation « per capita ».

Retour à El Chaco. Bivouac inchangé

Km 128  Total 10712

Jeudi 22. Jour 73. El Chaco / Nazca

Nous retraverserons l’oasis d’Ica, aux cultures d’asperges mais surtout aux splendides vignobles, et visiterons le domaine de Tacama, premier domaine viticole du Pérou

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Premier par son ancienneté d’abord, il fut fondé en 1540 par un compagnon de Pizzaro pour éviter l’importation de vin de messe, par sa qualité ensuite : bénéficiant d’un climat exceptionnel, il a par ailleurs profité de l’expérience de nombreux œnologues français dans les années 70. La notion d’appellation contrôlée n’existant pas au Chili, ils eurent la possibilité d’y tester plus d’une centaine de cépages pour y sélectionner les plus adaptés, cultivés très haut, comme toujours en Amérique du Sud : on y vendange les bras en l’air !

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Aujourd’hui le domaine produit, sur 300 ha, 5 cépages de blanc et une quinzaine de rouges. Le Pisco, gloire locale, résulte lui de la distillation, simple ou double, de 5 cépages spécifiques. J’en sirote en écrivant, pas un Pisco sour, il faudrait shaker et blanc d’œuf, mais façon capirihnia, c’est plus simple et ça fait autant d’effet…A la vôtre ! ( cependant, je ne trinque pas avec Michel, qui vérifie mes calculs de kilométrage. Tu n’es rien d’autre qu’un « flies fucker » !)

Retour pour le bivouac à l’Hôtel San Marcello, à Nazca

S 14.83247°   W 74,95779°

242km  Total 10964

Vendredi 23. Jour 74.  Nazca / Chala

La conduite sera pénible, mais dans un paysage splendide : des montagnes russes de 0 à 300m avec un revêtement parfois fatigué et des camions poussifs dans les montées. Peu de villages, pas plus en montagne que sur la côte. Nous descendrons jusqu’à un port de pêche, apparemment très actif, pour y acheter du poisson, mais, déception, on n’y pêche que des algues, expédiées par camions entiers, sans doute vers des usines de production d’amendements agricoles.

Dans les villages, tous les restaurants et les nombreuses gargottes servent du poisson, mais ils doivent certainement absorber toute la production locale, impossible de trouver un point de vente. On se contentera d’un déjeuner à Chala dans un beau resto de poissons, face au port, dont la pêcherie est fermée, et on y appréciera un plat d’écrevisses à la nage, à la sauce subtilement citronnée.

Bivouac en sortie de ville près de l’hôtel « Puerto Inca », bâti au fond d’une petite baie dont les côtes recèlent sur chaque rive, des vestiges de village incas.

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Une promenade dans les ruines nous permettra de constater que le sol présente de nombreux orifices, chacun constituant l’accès supérieur et unique d’une pièce de faibles dimensions, de forme circulaire, vraisemblablement à usage de greniers.

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S 15,83395°   W 74,31350°      Temp 31° à 8h

191km   Total 11145

Samedi 24. Jour 75   Chala / Mollendo

Route toujours aussi époustouflante, qui serpente en corniche entre les dunes et la mer. Belle deux voies et toujours les camions qui peinent dans les montées et vous poussent dans les descentes. On se permet quand même une petite halte pour un déjeuner d’écrevisses frites, il faut varier les plaisirs..

Très bonne surprise à La Punta ; les 100km de piste qui rejoignent Mollendo et évitent un détour de 200km ont été remplacés par une superbe route, au standard international, il y a même des voies lentes pour les camions dans les montées ! Cela nous permettra d’arriver au « Santuario Nacional » de Lagunas de Mejia, réserve ornithologique en bord de mer, ¼ d’heure après la fermeture, mais les rangers auront la gentillesse de nous laisser entrer pour y passer la nuit.

Bivouac au cœur du parc, face aux lagunes.

S 17,13228°      W 71,88172°   Temp 21° à 7h

Km 378   Total  11523

Dimanche 25. Jour 76 Mollendo

Longue ballade dans la réserve, qui héberge des centaines d’espèces, résidents ou migrateurs mais il est trop tôt en saison et les migrateurs ne sont pas encore là.

On y verra en abondance ce curieux oiseau à tête rouge que nous ne saurons identifier, des « oysters catchers » au long bec rouge qui, pour tromper l’adversaire, se nourrissent de moules, et une multitude de petits crabes qui se précipitent dans leur trou à la moindre vibration.

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Nous profiterons du marché du dimanche à Mollendo pour, enfin, nous approvisionner en poisson et, surprise ? en écrevisses.. On se les préparera, tout simple, plongées dans l’eau bouillante avec un brin de chimichurri.

Mollendo est une ville un peu décevante : comme d’hab le « Lonely Planet » est un brin trop laudateur et les maisons coloniales en bois du centre- ville ne valent pas le détour.

On s’installe sur la plage près de l’hôtel Meija, à quelques km du centre de Mollendo, hôtel pas si accueillant que ne le qualifiaient les commentaires sur Ioverlander. L’après-midi, on bulle, puis tente une baignade mais l’eau est fraiche et les rouleaux découragent vite les amateurs de natation cependant, promis, demain j’enlève le bas…

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Le soir, on pourra quand même, bien au sec, jouir d’un magnifique coucher de soleil.

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S 17,05076°   W 71,97262°

Km 32   Total 11555

Lundi 26 novembre. Jour 77. Mollendo Arequipa

Très long détour vers le nord-ouest dans un paysage toujours désertique pour nous rendre à « Toro Muerto ». Ce lieu tirerait son nom de l’extrême aridité de la région qui aurait causé la mort de nombreuses bêtes lors de transhumances, mais il est surtout connu pour son site de pétroglyphes : A quelques kms du village de Corire-Uraca, dans une zone aujourd’hui inhabitée dominant l’oasis, plus de 2000 dessins, géométriques ou zoomorphes furent gravés ou piquetés sur des blocs de tuf volcanique disséminés dans une pente sableuse.

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Dans cette pente, la marche est malaisée et les pétroglyphes mal signalés : il faut les rechercher, et les mériter !

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Destinés à accompagner des rituels en l’honneur de Pachamama, la terre mère, leur élaboration put être datée à partir de différents objet, textiles, céramiques, retrouvés sur place et démontrant trois périodes d’occupation du site : 200- 300 de notre ère, 1000- 1300 et après 1350.

D’une grande richesse d’inspiration, puisqu’on peut y voir chiens, jaguars, condors, reptiles, batraciens et quelques humains, les lamas y sont sur- représentés, sans doute parce que ce site représentait une étape importante, en raison de la présence d’un point d’eau, pour les caravanes de lamas qui traversaient la cordillère

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Partis tôt le matin, nous effectuons la visite soleil au zénith. L’endroit est trop inhospitalier pour y rester plus longtemps et nous décidons de pousser jusqu’à Arequipa où on pénètre vers 16h30, ravis d’une longue soirée pour une première découverte de la ville dont François et Josette ont vanté la beauté. Erreur, des travaux sont en cours sur la 4 voie qui traverse la ville, et comme les chauffeurs de poids lourds se moquent des déviations comme de leur premier PV, la police de la route semblant par ailleurs assez absente, ils sont contraints de faire demi-tour sur la 4 voie une fois arrivés au chantier, puis d’emprunter des petites rues parallèles. Il nous faudra 1h30 pour faire 2km..

Arrivée donc en fin de journée au « Mercedes Hostal », belle demeure classique qui reçoit des voyageurs dans sa zone camping, et excellent accueil.

S 16,40033°   W 71,54233°

Km 372 Total 11927

Mardi 27 novembre et mercredi 28. Jours 78 & 79.  Arequipa

La ville d’Arequipa, entourée d’une chaine de volcans, fut détruite par des séismes et des éruptions volcaniques en 1600, puis de nouveau soumise à des tremblements de terre en 1687, 1868, 1958, 1960 et 2001.

Le volcan El Misti, le plus proche, la domine et rappelle à tous la menace latente.

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Belle obstination que celle des habitants qui, depuis les fondateurs Aymaras, s’acharnèrent à la reconstruire. Peu de bâtiments très anciens subsistent, mais le cœur historique, autour de sa place d’armes, a été rebâti après le séisme de 1868 dans un matériau superbe, le sillar, une roche volcanique claire, et dans un style néo colonial baroque.

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Chaque immeuble nous offre sa belle façade et nous ouvre son splendide patio ; cela en fait la plus belle ville que nous ayons vu jusqu’ici en Amérique du Sud, et où il est agréable de flâner.

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Trois des cotés de la Plaza de Armas sont bordés par des bâtiments à colonnades, la quatrième étant occupée par la plus grande cathédrale du pays, qui, curiosité, est l’une des rares basiliques au monde autorisée à déployer le drapeau du Vatican. (si quelqu’un sait pourquoi, n’hésitez pas…)

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L’esplanade, face à la cathédrale, est le lieu privilégié des manifestations politiques, des évènements religieux et de fêtes profanes. Lors de notre passage, nous resterons perplexes devant un rassemblement de jolies jeunes femmes en robes de mariée. S’agit-il d’un enterrement de vie de jeunes filles, du bal des debs locales ou d’un rituel consacré à la fertilité ?

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Renseignements pris, naïfs que nous sommes, il s’agissait du tournage d’un spot publicitaire…

Construite en 1656, et rebâtie à plusieurs reprises depuis, l’une des deux tours s’effondrant à moitié lors du séisme de 2001, la cathédrale est de construction classique, et présente quelques éléments intéressants ; de grandes orgues offertes par la Belgique et qui, endommagées pendant le transport jouèrent faux pendant plus d’un siècle, une belle chaire  au piédestal démoniaque offerte par la France, et de curieuses auréoles ornant les statues du Christ.

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Joyau d’Arequipa, village dans la ville, le couvent de Santa Catalina, fondé en 1580 par une riche veuve, dona Guzman, en dévotion à Ste Catherine de Sienne, occupe 2 ha en plein centre- ville. A son apogée, au XIX° siècle, il abritait 170 nonnes et une population totale de 450 personnes. Entrées à 12 ans et vivant au sein du cloitre des novices, dans des appartements qu’on n’oserait appeler des cellules, les jeunes filles, au bout de 4 années de silence et de formation, pouvaient prononcer leurs vœux et intégrer alors le cloitre des orangers ou le cloitre majeur, ou bien quitter le couvent au déshonneur de leur famille.

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La règle de St Dominique, en vigueur ici, était bien plus libérale que celle qui nous avait été décrite au Carmel de Santa Teresa, à Cochabamba. Si les principes de sélection de la dizaine de novices qui intégraient le couvent étaient identiques, secondes filles de noblesse espagnole richement dotées, seules les exigences de chasteté et d’isolement leurs étaient communes puisqu’ici, foin de silence et de pauvreté : les nonnes vivaient dans des maisons, qui pouvaient regrouper d’une à trois religieuses et leurs servantes, maisons financées par les familles qui devaient également une dot annuelle de 100 pièces d’or.

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Heureusement, le Vatican veillait : en 1871, une réforme mit fin à ce régime de luxe et de volupté, les maisons fermées et les nonnes rassemblées dans des dortoirs, aujourd’hui transformés en musée. Plus de cuisine individuelle, un réfectoire avec lecture des évangiles. Non mais !

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S’agissait-il d’un retour au dogme, ou d’une adaptation aux nouvelles conditions économiques, la noblesse espagnole ayant déserté le pays lors de l’indépendance, tarissant les recrutements de novices fortunées ? Sans doute un peu des deux, tant il est clair que les institutions qui survivent, l’Eglise comme les autres, sont celles qui savent marier idéologie et pragmatisme.

Et on vous épargnera la description des musées visités, notamment celui dédié à Juanita, la « jeune fille des glaces », sacrifiée dans les années 1450 au sommet du Nevado Ampato, vous avez déjà eu droit aux momies incas à Salta…

Jeudi 29 et vendredi 30. Jours 80 et 81. Chivay

Quartier libre pour notre véhicule, nous nous embarquons dans un minibus pour une excursion vers le canyon de Colca. Dûment chapitrés par le guide sur le mal des montagnes, car nous aurons à franchir le col de Patopampa à 4910m, nous faisons provisions de bonbons à la coca et aurons droit, à la 1° halte à Patahuasi, à une infusion de ladite feuille. Goût de diurétique et effets douteux…

Pampa de Toccra, à une altitude de 4300m, les vigognes s’ébattent, protégées au sein de cette réserve.

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Ces vigognes sont capturées pour la tonte, puis relâchées car elles ne se domestiquent pas. Et, pour info, une bête « produit » 150g de laine tous les trois ans, laine qui s’échange 1200€ le kg !

Et en reperdant un peu d’altitude, les troupeaux d’Alpagas referont leur apparition.

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Au col, belle vue sur la chaine de volcans : Ubinas (5675m), El Misti (5822m), Chachani (6075m), Ampato (celui de Juanita, 6310m), Sabancaya (5976m), Hualca Hualca (6025m), Mismi (5597m) et Chucura (5360m).

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Seul le volcan Sabancaya est actuellement actif et se manifeste par des émissions régulières.

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A ces altitudes, une seule plante subsiste, la llareta, dont la croissance annuelle se mesure en mm et qui pourrait vivre des millénaires (notez le conditionnel, le doute m’habite..)

Halte pour l’après midi à Chivay, minuscule capitale de la région, et où l’on semble fier de ses traditions puisque de nombreuses statues de danseurs ornent les rues du bourg.

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Détail intéressant et là, je pompe texto le Lonely Planet : « les habitants descendent de deux groupes ethniques rivaux, les Cabanas et les Collagas, qui se distinguaient autrefois par des déformations crâniennes différentes et qui se reconnaissent aujourd’hui à la forme de leur chapeau et à leurs vêtements brodés ; à l’extrémité est du canyon, les chapeaux blancs en paille tressée des femmes s’agrémentent de dentelles et de paillettes, à l’ouest, ils sont en coton brodé à calotte ronde ». Aujourd’hui, en ville, tout ce petit monde se côtoie, chapeaux de coton, chapeaux de paille mêlés.

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Le lendemain, nous remonterons une partie du canyon de Colca, long d’une centaine de km, et dont la première partie est jalonnée d’une série de villages, qui abritaient les agriculteurs qui firent de cette vallée, au prix d’efforts colossaux pour y aménager des milliers de terrasses, un haut lieu du maraichage et de l’élevage bovin.

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Et naturellement la domination espagnole jalonna également la vallée d’églises, bastions de l’évangélisation.

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Et dans ces églises, aux décors chirrugueresques, (je ne m’en lasse pas..), même les saintes sont vêtues traditionnellement.

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Tôt le matin, avant l’ouverture de l’école et devant le parvis d’une de ces églises, nous assisterons à un spectacle qu’on aurait aimé trouver charmant, si les ados qui se produisaient ne montraient pas, par leur absence de sourire et d’enthousiasme, à quel point ils se sentaient contraints de s’y plier.

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Le but ultime de cette excursion sera le mirador des condors, point où la différence d’altitude entre le fond de la gorge et la crête qui la surplombe atteint 3500m, ce qui en fait, à 150m près, le second canyon le plus profond du monde. Les condors sont bien là, planant vers le ciel et portés par les thermiques.

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La ballade se terminera par quelques emplettes auprès des artisans locaux, qui nous permettront, à nouveau, d’admirer les parures locales.

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Demain, nous quittons Arequipa pour remonter vers le lac Titicaca, que nous avons négligé à notre entrée au Pérou, encore un peu bousculés par nos récentes misères mécaniques.

Samedi 1° décembre. Jour 82  Arequipa /Puno

Sur les 100 premiers km, rien de nouveau, nous empruntons le même trajet que pour nous rendre à Chivay, puis obliquons vers le nord pour rejoindre Juliaca, sur les rives du lac Titicaca. Mais avant, il faut passer un col 4528m. Par chance, moins de camions, la route est peu fréquentée, et au niveau du col, un beau lac, avec quelques flamands roses.

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La traversée de Juliaca sera difficile en raison d’importants travaux : on y bâtit un viaduc en plein centre, une autoroute doit traverser la ville. On s’en sort quand même et effectuons un petit retour en arrière sur la route menant à la Bolivie, avec pour objectif Puno, point de départ vers les « Islas Uros »

Lac Titicaca, un nom que tout le monde connait. Parce qu’il nous faisait rire quand nous étions enfants ?

Ou parce qu’il s’agit, comme le Baïkal, d’une vraie mer intérieure, perchée à 3880 m d’altitude et aux dimensions hors normes : 190 km de long, 80 km de large à son maxi, alimenté par 25 rivières et partagé entre deux pays, la Bolivie et le Pérou, avec une profondeur moyenne de 100m et 300m au plus profond.

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Ou enfin parce il évoque ces îles flottantes que leurs habitants rejoignent dans des embarcations de roseau.

C’est ce que nous sommes venus chercher ici, et nous longeons la rive sur quelques km pour atteindre un hameau et y rechercher Roger, dont l’indispensable application Ioverlander nous indique qu’il accompagne, dans sa barque, les voyageurs sur les iles, évitant la foule des tours operators.

Stop devant l’église et nous sommes vite repérés par la famille de Roger qui nous confirme sa disponibilité et nous invite à nous garer en face, de l’autre côté de la voie ferrée qui longe le lac, sur le terrain de foot, pour y passer la nuit. Rendez- vous demain 9h, pour embarquer.

S 15,31684°   W 69,99143°

Km 339   Total 12256

Dimanche 2 décembre. Jour 83  Isla Uros

7h30, on frappe à la porte. C’est Roger, que nous ne connaissions pas encore, qui vient nous inviter à déplacer la voiture : c’est dimanche, donc tournoi de foot. Les joueurs se changent, on installe les filets et les lignes de touche ont déjà été rafraichies à la chaux, sauf à l’endroit où nous sommes garés, on gêne !!!

A 8h30, Roger revient avec une perche, son réservoir d’essence et un baluchon. Les barques sont là, à moins de 20 m du terrain de foot. Peu de fond et beaucoup de vase, il faut se dégager à la gaffe, dans un beau contre jour.

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Engagés dans un chenal, et il nous faudra une demi-heure de navigation entre les roseaux, plus exactement les « totoras » pour atteindre le large.

Roger, qui se présente comme un Uros, est en fait un métis Aymara. La dernière des Uros « pur jus » a quitté cette terre en 1959 et sa langue a disparu avec elle. Les Uros étaient une tribu qui s’était réfugié, il y a des siècles, dans le labyrinthe des chenaux et des îles flottantes, pour se protéger de l’agressivité des Collas et des Incas. Ils y survécurent grâce à la pêche et aux totoras, roseaux comestibles qu’ils utilisèrent pour construire leurs embarcations et leurs habitations.

La vue se dégage, et nous pénétrons dans une vaste lagune bordée de ces îles qui font l’attrait, (l’attraction ?) de cette région.

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Nous longerons une série d’îles où accostent les vedettes de touristes, par palanquées de 40, et où les attendent de pied ferme des vendeuses de souvenirs.

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Les embarcations en roseau sont bien là, mais, accouplées, elles ne servent plus qu’à trimballer les touristes

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Heureusement Roger nous apportera un peu plus d’authenticité. Il nous mène à son île, où il réside régulièrement. Auparavant, nous passerons devant l’école, flottante naturellement

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Nous touchons enfin terre, façon de parler, chez Roger.

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Et là, grâce à ses explications, nous comprendrons ce que sont ces îles flottantes : les touffes de roseaux qui bordent les canaux et couvrent une partie des rives du lac ne sont pas enracinées au fond du lac, mais dans une couche de tourbe constituée par la décomposition de leurs racines, couche qui peut atteindre trois mètres et flotte sur le lac, comme en témoignent les blocs découpés par Roger.

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Sur ce substrat, les Uros furent contraints d’accumuler en permanence de nombreuses couches de totoras, pour pallier au pourrissement des couches inférieures, maintenir la flottabilité et permettre la construction des cases où ils s’établirent.

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Chaque case a sa fonction : cuisine, chambres, remises, et des panneaux solaires permettent m^me un peu d’éclairage et le fonctionnement d’un téléviseur, mais l’eau courante n’est pas disponible.

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Roger nous permettra d’appréhender la profondeur du lac dans cette lagune ; par un trou, foré dans l’épaisseur de la couche de roseaux et où l’eau affleure, il sondera, et filera 10m avant d’atteindre le fond.

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Chaque île est équipée d’un mirador, qui servait de tour de guet et de relais de communication, aujourd’hui, les touristes s’y prélassent.

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Sensation curieuse lorsque l’on se déplace sur une de ces îles : le sol est souple, élastique, et quand le passage d’une barque sur le chenal provoque une série de vagues, le sol ondule et semble se dérober.

A l’attache, l’embarcation en roseaux vient perpétuer la tradition.

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Nous comprendrons vite ce que contenait le balluchon : les œuvres de la femme de Roger qui, comme la plupart des habitants de ce hameau, tissent et vendent leurs productions sur les iles. Nous satisferons bien volontiers à nos obligations, à 15 sols par personne la ballade, moins de 5€, repartir les mains vides serait un beau manque de savoir- vivre..

Il faut repartir, s’engager de nouveau dans le chenal, non sans avoir salué l’église, flottante bien entendu. Si nous ne tardons pas, Roger pourra voir la fin du tournoi de foot.

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Impression un peu mitigée après cette « croisière » : gros doute sur le fait que le mode de vie traditionnel des Uros soit pérennisé ailleurs que dans les quelques gites qui accueillent les touristes ou dans des iles très éloignées, conviction que les « iliens » vivent en réalité dans les villages qui bordent le lac, où ils trouvent tout ce qui est nécessaire à une vie « normale », et où leurs enfants peuvent être scolarisés correctement, et ne se rendent sur les îles qu’en représentation. Mais au fond, qui pourrait leur en vouloir ?

Retour vers le centre de Puno pour un bivouac sur le parking près de l’ embarcadère pour les iles.

C’est dimanche, tous les restos sont pleins…

S 15° 50’ 18.7’’   W 70° 01’ 25.6’’

Km 46  Total 12302

 

Bonjour à tous.

Nous voilà rentrés à la maison, pour fêter Noël en famille.

Mais notre voyage n’est pas terminé, puisque nous n’avons pas publié le récit de notre dernière semaine péruvienne. Et comme Cusco, la Vallée sacrée et le Macchu Picchu le méritent, ce sera fait sous les prochains jours.

En attendant, tous nos vœux à tous pour une heureuse année 2019, avec une pensée particulière pour les grands voyageurs: Josette et Joël Braillard en Mauritanie, les Benistant en Inde.

Bonne fête de fin d’année

Agnès & Patrice

Lundi 3 décembre. Jour 84   Puno / Sicuani

Nous reprenons nos traces vers le nord-ouest sur ce trajet déjà effectué il y a 3 semaines. 3° traversée de Juliaca, toujours la galère. On aura tout essayé ; la « circonvolucion », défoncée, le centre-ville en travaux, bouché, et, pour cette fois les parallèles à l’axe principal. Mauvaise pioche, on tombe sur un marché. Pour en sortir, au culot, pas d’autre moyen que de prendre une rue à contre sens ; heureusement elle est courte, et ça n’émeut personne.

Halte à Sicuani, où nous avions beaucoup aimé l’hôtel Wilkamayu lors de notre 1° passage, même si le parking, commun avec un brasseur, est bruyant : on y charge des caisses de bière jusqu’à 11h du soir, mais il nous en faut plus pour nous empêcher de dormir.

S 14, 26109°    W 71,22707°

Km 198 Total 12500

Mardi 4 décembre. Jour 85   Sicuani / Cuzco

Route toujours hachée par les travaux sur chaque pont, mais le trajet est bref. On en profitera pour faire une halte dans un « lavadero », dont l’installation est en accès libre,  pour débarrasser le véhicule de deux mois de boue et de poussière, afin de la rendre un peu plus présentable pour l’hivernage.

Arrivée sur les hauts de Cuzco en début d’après midi, avec une très belle vue sur la ville, qui s’étend dans la plaine quelques centaines de mètres plus bas, et a conquis les collines alentour.

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Au camping « Quinta La La », nous aurons la surprise de retrouver un véhicule familier : l’Iveco de Sylvia et Per, compagnons de traversée l’année dernière sur le « Grande America », qui achèvent ici leur dernier grand voyage. Fatigués, ils se limiteront dorénavant à l’Europe. Nous y rencontrerons également Bruno, qui voyage sur son MAN 13 tonnes, et qui nous donnera des nouvelles d’autres voyageurs, membres du CCRSM.

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On se met d’accord avec Milli au sujet de la demande de suspension de l’autorisation temporaire d’importation : en1° étape nous irons à la police jeudi matin, pour solliciter sa visite afin d’obtenir la délivrance du certificat attestant la présence du véhicule au camping, avant de déposer le dossier à la direction des Douanes. Par ailleurs, nous avons décidé de le (et de nous..) laisser au repos jusqu’à notre départ vers la France, les excursions pendant ces dix prochains jours se feront en taxi, bus, train, ou tout autre moyen disponible.

Et comme le camping est situé à deux pas du site inca de Saqsayhuaman, en guise d’apéritif, nous attaquons sa visite, grâce au pass qui permettra de visiter une douzaine d’autres sites sur Cusco et ses environs.

Conçu par le 9° Inca Pachacutec, qui remodela le plan de la ville sous la forme d’un puma, et comprenant une forteresse pouvant héberger 5000 guerriers, un temple et un espace cérémoniel, Saqsayhuaman occupait 3000 ha sur une colline dominant Cuzco. Son sommet fut arasé pour dégager, entre la forteresse et la colline de Rodadero dominée par le « Trône de l’Inca », la vaste esplanade où se tenaient revues et cérémonies destinées à mobiliser le peuple et impressionner les visiteurs.

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La forteresse était ceinturée d’un triple rang de remparts en dents de scie, représentant les dents du puma, mais aussi visant à obliger les assaillants à se présenter de flanc.

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Ils étaient constitués d’énormes blocs polis, assemblés sans mortier et parfaitement ajustés, avec une découpe brisée propre à éviter leur glissement latéral lors de tremblements de terre. On retrouvera cet assemblage sur les fondations de plusieurs immeubles de la vieille ville, caractéristique de la construction inca, de même que les ouvertures en forme de trapèze.

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Et, pour donner une idée de la taille des blocs, car nous avons des lectrices aimant la précision, vous aurez droit à une photo avec personnages (comme pour les cartes postales anciennes, c’est plus cher, mais on ne facturera rien…)

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Km 217   Total 12717

Mercredi 5 au vendredi 14 décembre. Jours 86 à 95. Cuzco et les incas.

Séquence « Alain Decaux raconte » :

100 ans! Il aura fallu moins de 100 ans aux incas, de 1438 à 1532, pour bâtir un empire s’étendant, de part et d’autre des cordillères andines, de la région de Santiago du Chili au sud, à celle de Quito au nord, sur plus de 5000 km,.

Il ne faudra que 3 ans pour le voir disparaitre.

Née sur les bords du lac Titicaca au XII° siècle, la culture inca se développa lentement jusqu’à ce la cité de Cuzco fondée par le 1° Inca Manco Capac dans une cuvette à 3500m d’altitude, fut attaquée par les envahisseurs chankas venus du nord. Le 9° Inca, Yupanqui, qui la défendit victorieusement prit alors le nom de Pachacutec « le transformateur de la terre » et , fort de ce succès, entraina son peuple dans 25 années de conquêtes.

Considéré comme le grand homme du Pérou, pays dont la population comporte, comme celle de l’Equateur 40% d’indiens, il est honoré par un mémorial, surplombé d’une statue qui domine la ville moderne.

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Il entreprit la protection de sa capitale par un ensemble de forts, et développa une stratégie de conquête et de colonisation basée, à l’instar de celle des romains, sur des principes simples : soumission des populations par la « persuasion » et, en cas d’échec, recours aux armes ; assimilation par l’apport de croyances nouvelles, sans toutefois les imposer ; construction d’un réseau de routes et de sentiers irriguant l’empire, jalonnés de fortins tous les 20km et de villes de garnisons pour disposer de « forces d’intervention » aptes à réprimer rapidement tout soulèvement et assurer le contrôle des provinces les plus éloignées,

Cette stratégie, adoptée également par ses descendants, jointe à l’ouverture d’esprit des incas, prompts à assimiler les connaissances des peuples soumis ( Huaris, Chimu, Sican, Chancay, Chachapoyas, Aymaras..) qui leur apporta la maitrise de domaines aussi variés que l’urbanisme, l’architecture, la maçonnerie, l’astronomie, l’agronomie, la métallurgie des métaux précieux et du cuivre, leur permit de coloniser les régions andines de ce que sont aujourd’hui l’Equateur, le Pérou, la Bolivie, le Chili et l’Argentine.

Ils y implantèrent une forme de société basée sur un système de castes, sur le respect absolu de l’autorité détenue par l’Inca, incarnation de Dieu sur terre, et sur la discipline, imposant le travail forcé et permettant le contrôle de la production agricole et des stocks de vivres. Un embryon de politique sociale était pratiqué avec la répartition des surplus aux nécessiteux, mais le tout tenait au prix de la répression féroce des nombreuses révoltes qui émaillèrent la période, le joug inca étant mal toléré par les peuples asservis.

Mais, peuple de montagnes, jamais ils n’eurent accès à ce qui fit la force des civilisations qui, à la même époque, développaient aussi leurs empires : Ming en Chine, Ottomans sur le pourtour méditerranéen, villes hanséatiques, ibériques ou italiennes où se développaient les technologies qui leur permettraient la traversée des océans et la conquête de continents : les Incas ne connaissaient pas la roue, encore moins la navigation, leurs bêtes de somme, les lamas, étaient limitées à des charges de 25kg, jamais il ne maitrisèrent la métallurgie du fer et ignoraient tout de la pyrotechnie et donc des armes à feu. La communication au sein de l’empire, bien que rapide grâce au réseau routier et un système de coursiers susceptible de transmettre une information sur 250km en une journée, était, elle, handicapée par l’absence d’écriture, et l’économie par celle de la monnaie.

Ces faiblesses, criantes, portaient en germe la défaite de la civilisation Inca face à des envahisseurs déterminés, brutaux, maitrisant les techniques de combat dont ils étaient démunis, mais elles ne suffisent pas à expliquer l’effondrement brutal de l’Empire, qui sera vaincu par une poignée de soudards.

Francisco Pizzaro, analphabète mais ci devant marquis de los Atabillos, débarqua aux Amériques à 27 ans, en 1502 (10 ans seulement après Christophe Colomb, il devait être pressé de faire fortune..). Il y guerroya dans des expéditions qui, parties de Panama, atteignirent les côtes péruviennes, jusqu’en 1528, année où il retourna en Espagne pour quémander le soutien de Charles Quint.

Celui-ci lui accorda d’importants privilèges et lui permit d’organiser une 3° expédition : à bord de trois caravelles, accompagné de ses frères, à la tête de 170 hommes et 37 chevaux, il débarque sur les côtes péruviennes en 1532.

Il est accompagné d’un allié redoutable et dont il n’a pas conscience : le virus de la variole, qui véhiculé par les peuplades rencontrées lors de leur progression et précédant les conquistadores, anéantira rapidement des dizaines de milliers de vies indigènes.

Et, pour son malheur, l’empire inca est déchiré : à la mort de l’Inca Huayna Capac, en 1525, ses fils Huascar, basé à Cuzco et soutenu par le peuple, et Atahualpa, qui dirige l’armée du nord, aguerrie par ses campagnes équatoriennes, se disputent le pouvoir. La guerre civile réduit de nombreuses villes à l’état de ruines, voit la victoire d’Atahualpa en avril 1532, et laisse le pouvoir exsangue.

A l’arrivée sur place des espagnols, en septembre 1532, Pizzaro sollicite une entrevue, sans armes. Atahulpa, qui prend les eaux dans la ville thermale de Cajamarca, sur les hauts plateaux du nord, l’accueille avec bienveillance, jusqu’à ce qu’une attaque surprise ne permette aux espagnols de le faire prisonnier, et de « liquider », avec l’aide d’indiens ralliés trop heureux de se libérer du pouvoir impérial, des milliers de guerriers incas seulement équipés de gourdins, de frondes et de casques en vannerie, voire désarmés.

Quel fut le poids de la croyance en le dieu Viracocha, dieu universel qui fut initialement le dieu principal de la cosmogonie inca puis supplanté par Inti, le dieu Soleil, et dont les représentations indiquent une haute stature, un visage barbu à la peau claire et qui, selon la légende, devait revenir sur terre, dans la victoire espagnole ? Sans doute bien moindre que le cynisme (les cyniques diraient ; le pragmatisme) de Pizzaro, qui, non content de se saisir d’Atahualpa sur une trahison, lui fit croire à sa libération contre rançon, 6 tonnes d’or quand même, mais le garda prisonnier malgré le paiement, et lui fit subir le supplice du garrot au bout de huit mois, après avoir mis sur le trône un fantoche, Manco Inca, demi-frère de Huascar, investi Cuzco, le 15 novembre 1533 et installé une garnison à Saqsaywaman pour contrôler la ville.

La dernière tentative de résistance inca eu lieu 3 ans plus tard, quand Manco Inca, décidé à reconquérir l’empire et soutenu par le peuple exaspéré par les exactions espagnoles, assiégea Cuzco à la tête d’une armée de plus de 100 000 hommes, et réussit à investir la forteresse de Saqsaywaman . Les conquistadores frôlèrent la déroute : une percée désespérée par un des frères Pizzaro, Juan, à la tête de 50 cavaliers et au cours de laquelle il périt, retourna la situation. Il faut dire que l’intervention de la Vierge fut déterminante.. (si, si, de nombreuses peintures religieuses en témoignent !) Manco Inca se retira alors à 60km, à Ollantaytambo, puis dans la jungle à Vilcabamba, où il fut assassiné en 1544 par des soldats espagnols.

Les espagnols, une fois la ville pillée et les temples incas détruits pour effacer toute trace de cette culture païenne et récupérer les blocs de pierre en vue de construire la ville coloniale, se tournèrent vers Lima, fondée par Pizzaro en 1535, bien plus propice au commerce.

Il y sera assassiné en 1541, lors de guerres entre conquistadores, pendant que Cuzco devenait une ville provinciale, quasi déserte : la population de l’empire inca, de 10 millions de personne avant la conquête, ne dépassait pas 600 000 survivants.

 

Nous ne détaillerons pas par le menu ces journées qui seront consacrées à la visite de la ville coloniale et de vestiges incas, aux excursions vers la Vallée Sacrée, mais aussi aux formalités administratives pour le véhicule, à sa préparation pour l’hivernage et à quelques périodes de repos, nous sommes en effet encore un peu courts en souffle !

Juste quelques repères :

- Nous admirerons la vaste place d’armes, bordée de maisons coloniales aux arcades ombragées avec, sur un des côtés, la cathédrale, flanquée des églises « del Triunfo » et « Jesus Maria », et sur le pan mitoyen, l’église jésuite. Leur proximité, ou leur antagonisme? fait sens.

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Au centre de la place, l’Inca Atahulpa, martyr des espagnols à 31 ans, continue à montrer la voie…

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- De Qorichanka, qui fut le temple le plus riche de tout l’empire inca et sur les ruines duquel furent bâtis le couvent et l’église San Domingo, ne subsistent que le soubassement du mur d’enceinte et, enchâssés dans le cloitre, des vestiges de maçonnerie.

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Panthéon des rois Incas, aux murs extérieurs dont le faîte était recouvert de 700 feuilles de 2kg d’or chacune, le temple abritait des salles consacrées à la lune et aux étoiles, aux murs tapissés de feuille d’or et d’argent, et un bassin octogonal couvert de 55kg d’or. Le tout fut bien vite pillé et fondu lors de la destruction du temple. Ses vestiges ont néanmoins été bellement rénovés et mis en valeur au sein même du couvent dominicain, ce qui est un exploit, et un intéressant musée y présente la culture et la cosmogonie inca.

-Intéressantes aussi les salles consacrées à l’« Ecole de Cuzco ». Ces artistes, influencés par les œuvres de la Renaissance, notamment celles de peintres flamands et vénitiens qu’avaient importées les jésuites, se consacrèrent bien sûr à des thèmes religieux, mais en y intégrant des apports culturels locaux. Ainsi les Vierges sont-elles toujours représentées avec des robes dont la coupe en triangle et l’ourlet dessinant une rivière symbolisent la Pachamama, la Terre-mère.

Il faudra nous croire sur parole, les prises de vue dans les églises et les musées étant interdites, mais nous aurons la surprise d’y remarquer une crucifixion où la Vierge et St Marc, de part et d’autre du Christ en croix, ont la joue gonflée par une chique de coca …

Nous nous arrêterons également devant une statue de la Vierge, enceinte jusqu’aux yeux. Je ne crois pas que nous n’en ayons jamais vu ailleurs ! Et dans le même registre, à la cathédrale, le plat autour duquel sont rassemblés le Christ et les apôtres pour une Cène de facture très classique, ce plat donc, contient un cuy grillé. Pour ceux qui l’ignorent, le cuy est tout simplement un cochon d’inde, animal dont l’élevage fait encore la prospérité des paysans de la vallée de Sicuani et qui, grillé, constitue un met très recherché (j’ai testé, c’est proche du lapin, Agnès, quant à elle, a refusé l’expérience..)

-L’église St Blas, avec son autel baroque ruisselant de dorures et une chaire extraordinaire, la plus belle du continent, mérite la visite ; cette œuvre d’une vie aurait été sculptée dans un seul tronc par un autochtone ayant été guéri d’une maladie mortelle …

Mais Cuzco, ce ne sont pas que des vestiges et des églises, c’est aussi une ville qui vit, que l’on gagne en dévalant les ruelles où subsistent des cactus sur les murs en adobe (c’est mieux que des tessons de bouteille), où les métiers à tisser, même les plus simples, sont en production, où les jus de fruits sont toujours frais, où les enfants, comme dans tous les pays d’Amérique du Sud, vont à l’école en uniforme british, où les motards de la police, en tenue US,  pour peu qu’on leur demande gentiment de prendre la pose, savent aussi sourire, et où les forces de sécurité marquent le pas à la mode allemande.

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Et, pour les membres de la Protection Civile, le pas de l’oie avec une brouette, bonjour !

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Aux portes de Cuzco, à quelques km (et à pieds !), nous découvrirons Puka Pukara et Tambomashay, bastions avancés et thermes incas jalonnant les parcours touristiques, avant les points d’orgue : la Vallée Sacrée et le Machu Picchu.DSCN7998

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- Edgard, le mari de Milli, nous conduira en taxi dans la Vallée Sacrée et l’excursion commencera par le site de Pisac, son église coloniale et ses superbes terrasses agricoles incas.

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-Nous poursuivrons par les terrasses de Moray, profonde cuvette creusée dans l’argile dont les archéologues pensent qu’il s’agissait d’une station agronomique destinée à étudier les facteurs influençant la croissance des plantes, grâce à des expositions et des hydrologies variées.

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-Antérieur aux incas, car datant de plus de 2000 ans, le site de Salinas, alimenté par un ruisselet qui traverse des couches salines, regroupe près de 3000 bassins où l’on recueille encore le sel commercialisé dans toute la région.

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-Surplombant la vallée du rio Urubamba, la place forte d’Ollantaytambo domine son village, typique de l’urbanisme inca, et est accessible par une série de terrasses, si escarpées que, en 1536 les espagnols ne parvinrent à en déloger Manco Inca qu’au prix de d’assauts répétés. Au sommet, on trouve des constructions à usage guerrier et un temple inachevé dont les blocs mégalithiques le constituant nécessitèrent, pour les acheminer, le détournement du rio.

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Caractéristiques du système inca, les magasins de vivres situés à flanc de montagne étaient faciles à défendre et leur l’exposition déterminait le type d’aliments à y conserver, le versant à l’ombre, dans ces frigos naturels, étant naturellement dédié aux plus fragiles.

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Notre séjour à Cuzco se terminera en apothéose par le Machu Picchu. Et comme nous sommes hors saison, il ne sera pas nécessaire de réserver les billets d’entrée trop longtemps à l’avance, réservation indispensable cependant, l’accès est limité à 2500 personnes par demi- journée. (On notera au passage une organisation hyper rodée, aussi bien à Peru Rail qu’à l’agence du Ministère de la Culture qui délivre les billets : un scan de passeport et on vous crache les billets nominatifs)

Pas de trajet exclusivement routier pour ce déplacement : l’ accès à Agua Calientes, base de départ vers le site , sur les rives du rio Urubamba, n’est possible que par le train qui en descend les gorges, avec deux options : trajet complet depuis Cuzco, plus exactement depuis la gare de Poroy, ou jusqu’à Ollantaytambo, puis deux heures de marche sur les traverses de chemin de fer, aucune route ne desservant Agua Calientes.

Vu notre âge avancé, nous choisirons la 1° option, et en voiture panoramique s’il vous plait, autant profiter du paysage, même si le trajet n’est pas donné : 150€ l’aller- retour pour 95 km (vous avez dit monopole ?)

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Le service sera à la hauteur : pour des voitures de 48 places, et nous ne sommes qu’une vingtaine, 3 employés qui nous bichonnent, avec une petite collation pour calmer les impatiences.

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Et le choix des voitures panoramiques se justifiera grâce aux magnifiques échappées sur les gorges et les sommets qui les surplombent.

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Il nous faudra plus de 3 heures pour arriver à Agua Calientes, le train et ses trois voitures ne dépassant pas 30km, et nous ferons même une marche arrière dans un double aiguillage en forme de « Z » permettant de négocier un passage trop pentu.

Sur place, deux choix à nouveau : les navettes en bus qui permettent, par 8km de lacets vertigineux, de gagner le site à 2430m d’altitude, ou la trace directe par 800 marches. Vous aurez deviné quel fut notre choix.

Dans les deux cas, aperçu somptueux sur les gorges, le rio, et, au fond, Agua Calientes.

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Le site resta toujours ignoré des conquistadores, et on le comprend vu son emplacement. Il ne fut « découvert », par l’historien américain Hiram Bingham qu’en 1911, alors qu’il recherchait la cité de Vilcabamba, tombeau de Manco Inca. Il fut dégagé de la végétation par les équipes américano-péruviennes dans les années 30 à 40.

Nid d’aigle construit au pied du piton du Wayna Picchu, on se perd encore en conjectures sur la fonction du site, qui vu ses dimensions, n’abritait pas plus de 500 habitants, et sur la date de sa fondation qui n’a pu être établie. Fondé par Pacahutec en même temps que le réseau de forteresses protégeant l’empire, puis déjà déserté à l’époque de la conquête ? Construit dans les dernières années de l’ère inca ? La seule certitude est qu’il s’agissait d’un important centre cérémoniel, abritant également des fonctions politiques et administratives, et qu’il était au centre des échanges entre les régions de l’Amazonie et de la cordillère, puisqu’au moins 8 routes d’accès, dont le célèbre « Chemin de l’Inca », y convergeaient.

N’ayant pas la prétention d’écrire un guide de voyages qui décrirait chacun des vestiges, on se bornera à en produire quelques photos, pour laisser rêver les lecteurs.

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Au sommet du Wayna Picchu,peu visibles à l’œil nu, les magasins de vivres.

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Et, pour terminer, dominant la cité, l’Intihuatana, le « poteau d’amarrage du soleil », qui servait à prédire les solstices.

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De retour à Cuzco, nous aurons la confirmation que nous pouvons laisser le véhicule sur place pendant une année. Décollage donc comme prévu ce vendredi 14 décembre pour Paris via Lima et Sao Paulo.

Notre prochain périple nous permettra de découvrir le nord du Pérou, l’Equateur et la Colombie, « mais ceci est une autre histoire »

Excellente année 2019 à tous, et merci pour votre fidélité.

Agnès & Patrice