Lundi 12 novembre.  Jour 63.  La Paz

Nous montons à El Alto pour récupérer le véhicule, le responsable d’atelier nous ayant confirmé que le remontage des injecteurs était terminé et que le véhicule fonctionnait. Par contre, à notre arrivée, il nous informe que le pot catalytique n’a pas dû être nettoyé correctement et nous invite à décider : continuer dans ces conditions, avec le risque de nouveaux colmatages (les véhicules en Euro 5 ne sont décidément pas faits pour la Bolivie), ou supprimer la colonne de catalyse. La décision est vite prise : on supprime et nous remettrons en configuration d’origine à notre retour. Le pot qui avait été démonté pendant le week-end est dans un autre atelier et il n’y a plus qu’à lancer l’opération : tronçonnage, démontage de la charge, soudure du pot et remontage sur le véhicule sans rebrancher les sondes. Mais cela prendra l’après- midi, trop tard pour repartir.

Nous sommes un peu dépités mais pas vraiment surpris. Bonne nouvelle cependant, après un essai de conduite par le responsable d’atelier, le véhicule nous est rendu, bon pour le service.

Nous dormirons donc dans la cour de l’atelier, pas seuls : deux vieux combi VW sont également là, l’un ayant le moteur démonté. Ce sont les montures de deux jeunes couples argentins qui visitent le continent. Ils sont là depuis un mois, le temps d’achever la réparation et, en attendant, ils vendent des pizzas et des gâteaux sur le trottoir. Pas vraiment notre projet…

Mardi 13 novembre.  Jour 64.  La Paz / Puno

Nous sommes ravis de repartir, après trois semaines à La Paz, où nous ne pensions rester que quelques jours. Cela ampute sensiblement le programme à venir..

On se jette dans la circulation de l’avenue du 6 de Marzo, avec ses deux files de collectivos qui monopolisent les deux voies de droite, quand, à un feu rouge, un type nous fait signe que notre roue avant droite est desserrée, puis quelques mètres plus loin, un autre, puis un troisième, nous font le même signe pour la gauche !

On se dit, furieux, que le garage Ford, à qui nous avions confié la tâche d’inverser roues avant et roues arrière pour rééquilibrer l’usure, ont bâclé le travail. On essaye, difficilement, de gagner le bas-côté, et on reçoit l’aide de l’un de ceux qui nous ont signalé le problème, qui fait dégager la place.

Un meccano est sur le trottoir, et on n’y voit pas malice, car nous sommes dans le quartier des garages, et on est même soulagés en se disant qu’on a évité un accident. Un de ses collègues le rejoint, et nous propose de nous guider dans leur atelier, quelques rues plus loin.

On s’engage donc dans les petites rues transversales puis nous garons en bord de trottoir, pas d’atelier en vue, mais ils inspectent la direction et rapidement, ressortent de sous le véhicule et nous montrent une pièce, la rotule ? dont le coussinet est endommagé. Proprement assommés par cette succession de pannes, on n’a pas pris soin de vérifier si les roues se désaxaient, ni de s’interroger sur un diagnostic aussi rapide.

Ils nous indiquent qu’ils peuvent faire la remise en état,  les pièces étant disponibles. Et un type se pointe peu après, cotte de chef d’atelier avec les écussons ad hoc et une trousse contenant un jeu de pièces, qu’il nous détaille, nous garantit, et nous propose de monter sur le véhicule pour remplacer l’ensemble endommagé.

Mais pour cela, je devrais maintenir fermement le volant en bout de course pendant toute l’opération, moteur en marche afin de bénéficier de l’assistance à la direction, pour que les meccanos ne risquent pas de subir de graves blessures aux mains en cas de retour de volant. Résultat : je ne vois pas ce qu’ils font et ne peux vérifier s’ils changent tout le kit. A ce stade d’ailleurs, je ne me pose même pas la question, il faut croire qu’à 4000m, le cerveau manque d’oxygène.

En moins de 30 mn les pièces sont remplacées, je peux constater que la partie visible est neuve et on nous en montre des anciennes (?), effectivement en triste état. Le chef d’atelier, qui n’a pas quitté le véhicule pendant le travail et avec qui nous avons entretenu une très courtoise conversation présente sa facture.

Et là, on réalise le piège ; il nous demande 2600 $ !

Longue discussion pour parvenir à la ramener à 1000 $, ça fait encore très mal.

Pendant que je reste au véhicule, Agnès devra faire la tournée des DAB, en compagnie d’un des meccanos, pour rassembler le montant en bolivianos qui viendra compléter notre solde de dollars et d’Euros que nous réservions à des usages bien plus justifiés. Elle en reviendra très essoufflée.

Nous repartons et ce n’est qu’après quelques kilomètres que nous finirons par nous convaincre qu’il s’agit d’une arnaque très bien montée : le nombre d’acteurs qui nous a convaincu que nous avions un problème, nos soucis précédents qui ont entamé la confiance dans notre véhicule, le stress de la circulation sur une avenue au trafic infernal, la fatigue de trois semaines à une altitude de 4000m, nous ont empêché de raisonner et de simplement vérifier, de visu, la matérialité de l’avarie.

J’ai hésité à raconter cet épisode, peu glorieux, mais il pourra être utile aux éventuels lecteurs qui viendraient à circuler dans ces contrées…

Nous prenons la route vers le Nord- Ouest, repassons devant Tiwanaku puis atteignons le poste frontière de Desguadero. Complexe frontalier intégré flambant neuf, qui pourrait traiter des dizaines de véhicules, mais nous sommes seuls et les fonctionnaires des deux pays sont plongés dans leur smartphone.

Passage rapide et nous entrons au Pérou. Dans la petite ville frontière, pas moyen de retirer du cash, nous avons atteint les plafonds avec nos misères matutinales. Pas non plus d’agence d’assurances. Il nous faudra en trouver une à la prochaine ville, Puno, la police Generali établie pour l’Argentine et le Mercosur ne couvrant pas le Pérou. Par contre la station -service en sortie de ville, qui ne prend pas les cartes, accepte le paiement en Bolivianos, c’est déjà ça, et se sucre naturellement au passage.

On longe le lac Titicaca, pas vraiment envie de s’arrêter, le Nikon reste dans son étui, et nous arrivons à Puno en fin de journée, pour nous garer dans la cour du bel hôtel « Pousada del Inca » qui accepte les camping-cars au fond de son parking.

S 16° 31’ 10.9’’   W 68° 10’ 0.02’’ Altitude 3830m

Km 266 Total 9153

Mercredi 14 novembre, jour 65. Puno / Sicuani

Nous trouvons assez vite, merci Ioverlander, la minuscule agence de « La positiva ». Une assurance au tiers pour un mois nous coutera la modique somme de 26 sols, soit 7€. Il vaut mieux ne pas s’en priver, même si cela n’est pas obligatoire pour les séjours inférieurs à un mois. Les DAB sont nombreux, mais ne dispensent que de faibles sommes et il nous faut multiplier les retraits, heureusement que les frais sur la master-card d’Agnès sont proportionnels et sans forfait, ça n’est pas le cas des cartes Visa !

Direction Cusco, à travers l’altiplano. Longue route, plutôt monotone, une fois quittées les rives du lac Titica et ses élevages de truites, dans un paysage assez désolé, parsemé, de temps en temps, de groupes de maisons en adobe et où la seule activité semble être l’élevage bovin.

Première halte à Juliaca pour y faire le plein de provisions. Sur le parking du supermarché, je remarque des traces grasses sous le véhicule. J’en recherche l’origine : il s’agit de gazole, qui fuit au niveau des têtes d’injecteurs, sans doute mal serrées au remontage. Nous sommes maudits..

Heureusement nous étions passés, à l’entrée de la ville, devant un garage Ford. On y fonce et là, ils seront au top : prise en charge immédiate, problème identifié dans la seconde et resserrage effectué en 20 mn, ils n’accepteront qu’un pourboire !

On reprend la route jusqu’à Sicuani, pour faire halte dans le parking de l’hôtel Wilkamayu, très mignon, et où on appréciera une bonne bière vespérale.

S 14,26109°   W 71,22407°

Km 273 Total 9426

Jeudi 15. Jour 66   Sicuani / Cusco

Une fois franchi les cols, le versant pacifique des Andes est bien plus vert et riant que le versant est. Les vallées, peuplées de nombreux villages, sont consacrées au maraichage et à de petites cultures de maïs, les arbres se multiplient, essentiellement des eucalyptus.

Nous choisirons, pour atteindre le camping « Quinta la la », sur la recommandation d’overlanders, de ne pas traverser Cusco et de contourner par le Nord, par Saysaywaman, en évitant le dédale de petites rues qui en fait son charme et le cauchemar des conducteurs. Cela rajoute une vingtaine de km par une route dont la première portion sera extrêmement raide, mais peu fréquentée, qui permet par contre de surplomber la ville et d’être impressionnés par le site, cuvette où s’est développée la cité, ensuite longe des vestiges incas, puis nous mène à 200m du camping.

Un chemin pavé, un portail, et derrière : le refuge. C’est ici que nous espérons pouvoir laisser notre véhicule lors de notre prochain retour en France.

Accueil efficace par Milagros, la propriétaire, avec qui nous avions échangé plusieurs messages parfois contradictoires au cours de la préparation du voyage et qui, dans un anglais convenable, nous communique les informations nécessaires pour les séjours dans le camping. Elle nous rassure très vite sur les possibilités d’hivernage, les documents obligatoires et le fait qu’elle nous guidera pour les formalités visant à prolonger notre autorisation temporaire d’importation. Nous constatons par ailleurs que 4 véhicules, 3 français et 1 américain sont en dépôt. Cela ne vaut pas « UY storage » car c’est un parking extérieur, dans l’herbe, mais c’est clos avec une présence permanente et Milli maitrise la question. Un gros souci de réglé.

Dans le camping, quelques autres véhicules de passage, en majorité allemands, aux équipages pas très liants. Ou bien nous ne sommes pas dans le bon état d’esprit..

Les formalités dureront plusieurs jours et nous devrons donc être à Cusco au moins une semaine avant notre départ. Nous décidons alors de reporter la visite de la ville à la fin de notre séjour et de gagner, au plus vite, des altitudes plus propices à nous faire récupérer une forme moins essoufflée, car nous sommes toujours à 3600m. Nous partirons demain pour Nazca, et ses géoglyphes.

S 13° 30’ 58.65’’   W 71°57’’ 25.01’’

Km 155  Total 9308

Vendredi 16 novembre. Jour 67    Cusco / Cuycuhua

Redescente sur Cusco, contournement par le nord, puis on gagne la route de Lima. Elle se révèlera superbe tout le long du trajet, excellent revêtement, et étonnamment peu fréquentée pour une route qui relie les deux principales villes du pays.

Après un parcours d’altiplano, la route enquille une vallée puis franchit une ligne de crêtes par une série de cols : abra Willque (3730m), abra Sorllaco (4006m), abra huashuccash (4300m), abra Condorcensa (4390m), avant de redescendre vers Abancay, à 2400m.

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Traversée de la ville intéressante : des travaux sur l’avenue traversante ont justifié d’une déviation poids lourds, en fait une mauvaise piste à la signalisation peu visible. Devant nous, un semi -remorque qui l’a loupée est arrêté en plein centre-ville, nez face à la barrière de chantier. Il ne peut tourner ni à gauche, ni à droite, et sans doute pas reculer. Heureusement, nous avons la place de passer, compatissons et, sans grands remords, l’abandonnons à son sort.  Il y est peut-être encore.

Sortis de là, défilé des écoles dans la zone de travaux ! ça ne fluidifie pas, mais ils sont bien mimi.

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Nous nous engageons dans une seconde vallée, bien plus encaissée et remontons les gorges, sans forcer, la pente est douce. Nous bivouaquerons sur le parking d’un hôtel, fort isolé en plein milieu des gorges et vide en cette saison, avant d’attaquer la deuxième série de crêtes : nous voulons dormir à basse altitude.

S 14° 12’ 35.2’’   W 73° 19’ 08,6’’     Altitude 2800m

Km 303 Total 9611

Samedi 17 novembre. Jour 68  Cuycuhua / Nazca

Longue journée de route. Sortis des gorges, en 50 km et par une série de lacets spectaculaires, nous gagnerons 1400m d’altitude, pour atteindre une région de hauts plateaux parallèles, séparés par  plusieurs cols. Sur 120km, nous évoluerons en permanence entre 4200 et 4600m. Plateaux quasi déserts, quelques pauvres villages, des enfants aux joues rouges, dans la steppe des alpagas et, au plus haut, des lacs glaciaires puis une réserve de centaines de vigognes.

DSCN7348

Puis, en 75 km, dégringolade de 3600m. La route est toujours aussi belle, le paysage aussi désert, et les poids lourds plus nombreux.

Arrivée, à Nazca, ville à la civilisation pré inca, haut lieu de de tourisme au milieu de nulle part et qui n’existe que grâce aux géoglyphes.

DSCN7395

Bivouac à l’hôtel San Marcello.

Demain, nous survolerons les fameuses lignes de Nazca.

S 14.83247°   W 74,95779°

Km 363   Total 9974   Altitude 600m (enfin !) Pour l’instant, la voiture tourne bien et nous avons retrouvé notre souffle..

Un commentaire pour “2018-11-18 Cusco

  1. jeannette le 20 novembre 2018 à 0 h 08 min a posté:

    vous voici quand même sortis de vos ennuis mécaniques . On vous souhaite une fin de voyage plus sereine . Vous devez être fatigués physiquement et moralement par ces soucis et l’altitude . Ménagez vous quand même …. vos filles et petites filles ont besoin de vous retrouver en forme …
    bises à tous les deux

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