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Mardi 19 novembre Jour 35   Puerto Pizzaro / Guayaquil

Un petit tour, tôt, sur le débarcadère où les pêcheurs débarquent leurs prises. Une partie part directement vers le bâtiment voisin pour regroupement et expédition, l’autre est vendue « au cul des barques » à des ménagères ou des restaurateurs qui négocient âprement les belles pièces, le reste est débité en filets pour vente immédiate. 3,5€ le kg de filets de rougets, c’est tentant. Nous en prenons une livre, pour un essai de ceviche maison : il vaut mieux tester sur place, si on veut éviter de mauvaises surprises à nos futurs convives…

Les déchets de découpe, têtes, arrêtes et peaux s’empilent sous les étals, sont chargés ensuite dans des taxis benne, pour expédition vers les bassins d’élevage de crevettes, qui jalonnent la route sur des kilomètres: après les bananes, dont l’Equateur est le premier producteur mondial, les crevettes constituent le deuxième poste du commerce extérieur du pays.

Retour vers Tumbes, nous venons de réaliser que la monnaie équatorienne est le dollar américain (belle préparation de voyage..) et que les locaux n’acceptent pas les gros billets. Les distributeurs de Scottia Bank délivrant des sols ou des dollars, autant se prémunir. On en profitera pour entrer en Equateur avec le plein de gazole.

Notre guide nous prédisait un frontière chaotique, envahie de changeurs clandestins et autres personnages douteux. Il n’en fut rien : deux complexes immigration / douane combinés distants de 5km, avec dans chacun des fonctionnaires des deux pays côte à côte, échangeant en franche coopération, le premier consacré aux entrants au Pérou, le second aux entrants en équateur. Pas d’attente pour les voyageurs, même pas une visite du véhicule. Par contre, au premier complexe, un grand nombre de réfugiés vénézuéliens, essentiellement des jeunes dont de nombreuses mères avec des enfants, qui ne peuvent pénétrer au Pérou, attendent dans le calme, avec l’espoir, on l’imagine, d’un permis de séjour.

Plusieurs ONG ou institutions internationales les assistent dans de grandes tentes. Agnès, qui souhaite faire un don, aura beaucoup de mal à convaincre les jeunes bénévoles de l’accepter ; le règlement l’interdit. Finalement l’une d’entre elle cèdera, avec reconnaissance, les besoins sont si grands!

265 km jusqu’à Guayaquil. Je ne pensais pas que nous pourrions  y parvenir dans la journée, mais, à part deux ou trois difficiles traversées de villages, qui semblent encore moins coquets, c’est peu dire, qu’au Pérou, la route est bonne, souvent à quatre voies, et traverse d’immenses bananeraies, puis des rizières qui s’étendent jusqu’au pied des collines, à l’est.

L’arrivée sur Guayaquil sera elle aussi étonnement aisée, par une autoroute offrant une vue magnifique sur le delta du rio Guayas qu’elle franchit par deux ponts successifs pour irriguer le cœur de ville, aux belles avenues. La circulation, dans cette ville de 2,5 millions d’habitants est dense, mais rien de comparable à ce qu’on a connu à La Paz ou à Lima.

Nous gagnons facilement l’hôtel Livingstone où nous pouvons nous installer dans la petite arrière- cour.

Petite précision sur la façon dont nous sélectionnons nos bivouacs : Agnès recherche, généralement sur l’application Ioverlander, exceptionnellement sur « le lien amsud » les endroits potentiels, que nous choisissons sur la base des commentaires de précédents voyageurs. A partir des coordonnées, le Garmin et OSM font le reste. Problème : quand les deux applis de navigation divergent. Le Garmin ayant tendance à privilégier les raccourcis scabreux, dans ces cas-là, on s’en méfie et on fait confiance à OSM.

Si nous n’avons pas d’autres solutions, les points recommandés étant trop éloignés pour être atteints avant la tombée du jour, car nous ne roulons jamais la nuit, une station-service, ou la Plazza de Armas d’un village, toujours bien éclairées, font l’affaire.

S 02° 09’ 29.2’’  O 79° 53’ 34.9’’ Niveau de la mer    30° à 17h

Km 287 Total 5198

 

Mercredi 20 et jeudi 21 novembre Jours 36 & 37 Guayaquil

On a décidé de s’offrir notre petit Noël à l’avance : un séjour aux iles Galapagos. Le réceptionniste de l’hôtel nous ayant recommandé deux agences susceptibles de nous proposer la formule ad hoc, nous y passerons la matinée, pour finalement retenir une option « 5 jours – 4 nuits », qui nous permettra de décoller dès vendredi matin pour les îles.

Le retour en taxi nous permettra de confirmer qu’ici, effectivement, on n’aime pas les gros billets. Et « gros » peut parfois commencer à 5 dollars. Mieux vaut de munir de monnaie.

Sur le Malecon, la promenade est agréable, l’ensemble a été récemment rénové mais ne semble pas un grand succès commercial car de nombreux locaux sont vides. Cependant il offre une belle vue sur le rio, ses rives et, au fond, sur les favellas du Cerro Santa Rosa.

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La traversée du mercado, ensuite sera étonnante : des dizaines (on aurait envie d’écrire : des centaines, tellement ils sont nombreux, étals à touche-touche), des dizaines donc, de marchands de mobiles, Samsung et Huawei règnent en maitre. Comment sélectionner un vendeur ?

Avant de rentrer, un petit tour au « Palacio Crystal », ancien marché couvert construit par une entreprise bruxelloise sur les plans de Gustave Eiffel , et achat d’un chapeau pour remplacer celui abandonné aux tortues marines.

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Visite ensuite du joli musée municipal, retraçant l’histoire préhispanique et de ses nombreuses ethnies, puis celle de la conquête par les conquistadores. Ici aussi, les peuples soumis aux incas, bien naïfs, donnèrent un coup de main aux espagnols pour se libérer du joug. Mais, avec le recul, facile de juger…

On ne résiste cependant pas à la tentation de faire partager le plaisir de la découverte des plus belles pièces.

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On y apprendra que Guayaquil, site idéal à l’embouchure de cet estuaire, (delta ? le rio s’y divisant en deux branches), fut fondé en 1538 par le capitaine Francisco de Orellana, natif de Trujillo, en Espagne et compagnon de Pizzaro.

C’est lui qui, en 1541, à la tête de la 1° expédition en Amazonie, découvrit l’Amazone. Servit-il de modèle à Werner Herzog pour son personnage halluciné de Aguirre, dans « La colère de Dieu ? ». Quoiqu’il en soit, ces types étaient décidément hors du commun : après avoir traversé l’Atlantique sur des coquilles de noix, franchi l’isthme de Panama, soumis les ethnies côtières, exterminé les incas, fondé des villes, gravi les cordillères andines, ils avaient encore l’énergie de se lancer dans l’exploration de l’Amazonie. Quand on connait le terrain, et les conditions climatiques, ça laisse rêveur. Des crapules, certes, à l’aune de nos critères moraux d’aujourd‘hui, et poussées par la soif de l’or, mais des crapules déterminées…

Guyaquil devint rapidement, grâce à sa position entre Lima et Quito, et à ses chantiers navals, le 1° port du pacifique sud, suscitant la convoitise des corsaires français, anglais et hollandais, qui l’attaquèrent à de nombreuses reprises. L’assaut le plus marquant fut celui des corsaires français Grognard et Picard en 1687. Leurs équipages pillèrent la ville, enlevèrent les pensionnaires d’un collège, réservé à l’époque à la progéniture des hidalgos, et les emmenèrent sur l’île de Puna où ils s’entretuèrent pour leur possession, dans tous les sens du terme.

Relâchées et, ayant vu le loup, suivant la délicate expression de nos grand mères, certaines donnèrent naissance à des enfants que, cruels, les habitants dénommèrent « piratillos »..

 

En fin de journée, nous récupérerons notre linge à la lavanderia, puis on se mitonnera un petit rizotto aux fruits de mer, arrosé d’un chardonnay d’Icca, bien sec…

Retour le lendemain à l’agence pour récupérer les billets d’avion, puis promenade jusqu’au barrio de Las Pena, dont les maisons colorées escaladent la colline. Dans ses rues basses, les maisons de bois, toutes classées, abritent ateliers d’artistes et galeries. Plus haut, le quartier a gardé son caractère populaire.

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Du haut de la colline, belle vue sur la ville, et sur l’estuaire, d’où surgissent les pylônes des télécabines qui bientôt permettront de traverser le rio et une partie de la ville, autre beau projet de Poma. Cette entreprise a manifestement bien géré la fin de la grande époque de l’« or blanc ». Les stations alpines étant maintenant toutes équipées, elle a su se diversifier vers les installations urbaines et les marchés à l’export, soutenue par l’Agence Française de Développement, comme l’indiquent les panneaux d’info sur le chantier.

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Finalement, et contrairement aux affirmations du guide « Lonely Planet », Guayaquil est une belle ville, aérée et où il est agréable de flâner.

Vendredi 22 novembre Jour 38 . Iles Galapagos 

Le vol de 7h est annulé, départ reporté, à 11h55 et ce sera finalement 12h30. Pas d’embarquement possible sans régler la taxe d’accès aux îles, 20$ chacun, et un contrôle, fort théorique des bagages, la préposée au détecteur à rayons X étant occupée sur son smartphone. Vol sans problème sur Avianca, compagnie colombienne et arrivée à l’aéroport de Baltras, sur l’île du même nom. Contrôle d’immigration, on n’a pourtant pas changé de pays, paiement du droit d’entrée dans le Parc National des Galapagos, 100$ par personne, puis d’un ticket de bus, 5$ par personne. La machine à cash fonctionne bien.

Accueillis par un chauffeur de taxi, nous prenons avec lui un bus qui nous mène, en une dizaine de minutes, sur cette île inhabitée et à la végétation étique, jusqu’à un embarcadère, pour traverser l’étroit bras de mer, le canal d’Itabaca, nous séparant de l’ile de Santa- Cruz.

Le taxi, un pick- up, comme quasiment tous les véhicules des Galapagos, mettra ensuite une quarantaine de minutes, par une route tracée directement nord – sud, franchissant l’élévation centrale de l’île, sans aucun virage, à travers un versant nord à la forêt sèche, puis un versant sud à la végétation tropicale, pour atteindre Purto Aroya, la capitale de Santa-Cruz, deuxième île de l’archipel par ses dimensions, mais la plus animée.

Le chauffeur nous dépose à l’hôtel Palmeras, bel établissement un peu vieillot, avec pour instruction d’embarquer dans le bus qui passera nous prendre à 15h30. Juste le temps de déjeuner dans la salle du restaurant de l’hôtel, où nous semblons être les seuls clients. Steak et riz aux lentilles, Agnès adore.. (A propos, si vous n’aimez pas le riz, mieux vaut ne pas venir en Amérique du sud)

L’excursion de l’après-midi sur les hauteurs sera à dominante géologique, pour donner un aperçu de l’origine volcanique de l’archipel : 22 îles et une centaine d’îlots, sur une surface totale de 8000km², avec Isabela, la plus grande, composée de 6 volcans. Cette origine, outre la nature basaltique des sols, a laissé d’autres traces : « los gemellos », les jumeaux, deux dépressions d’une centaine de m de profondeur, de forme circulaire pour l’une, ellipsoïde pour l’autre, résultant de l’effondrement de la croute durcie de la lave qui s’était formée au-dessus de zones lacunaires lors des éruptions successives.

Plus spectaculaire, ce tunnel de 400m de long, de 5 à 6m de diamètre, avec des passages dans ses salles de près de 30m de haut, et une zone, très courte, où il faudra ramper. Ces tunnels, dont certains longs de plusieurs km, étaient les chenaux d’écoulement de la lave au sein du magma plus visqueux qui se solidifia en l’état, à la fin de l’éruption.

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L’excursion se terminera dans une ferme où se rassemblent des tortues terrestres, belles bêtes de plus d’un mètre de diamètre et pouvant atteindre, au bout d’une centaine d’années, 200kg pour les mâles.

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Herbivores, on les verra brouter gentiment. Elles ont besoin de trous d’eau où se prélasser en compagnie, seules leurs narines émergeant de l’eau boueuse. Essentiel pour leur régulation thermique et l’élimination des parasites : allez vous gratter le ventre avec une carapace !

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Ici, la tortue règne en maitre, même dans les corsos fleuris.

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De retour à l’hôtel, diner seuls, face à notre riz aux lentilles, ça n’est vraiment pas la haute saison….

Mais c’est vendredi soir, on ne va pas se laisser abattre: c’est la fête dans les rues de ce quartier très animé, et les spectacles enfantins attirent la foule, même si pour certains des jeunes acteurs ; ça a plutôt l’air d’une corvée.

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Les tours operators sont rodés, un agent passe le soir à hôtel nous confirmer le programme du lendemain : ce sera Sante-Fe, petite île à une heure de navigation au sud-est de Puerto Aroya.

 

Samedi 23 à mardi 26 novembre   Jour 39 à 42   Iles Galapagos

Pour embarquer dans le bateau qui nous mènera à Sante-Fe, ancré à moins de 50m, il faut prendre un bateau taxi, payant naturellement.

Peu cher, ½ $ par personne, mais on y voit, là encore, que toute l’économie de l’archipel repose sur le tourisme, qui assure plus de 90% des revenus en faisant vivre commerces, restaurants et hôtels, croisiéristes, chauffeurs de taxi, équipages de vedettes ou de bateaux taxis, sociétés de transport et guides. Au-delà du fait que seulement 3% de la surface est affectée aux activités « humaines », agriculture comprise, réservant de fait 97% aux espaces classés en réserves naturelles, le filon touristique est exploité au maximum. Et nous sommes en basse saison ! Fort heureusement, ici, on a su éviter la dérive « disneyland » que l’on a pu rencontrer ailleurs (les chutes du Niagara, et leur affligeant environnement !)

Il n’est ainsi pas possible de visiter une réserve, sans être accompagné par un guide local, les guides des agences de voyage n’étant pas accrédités. Peu de risques d’être en manque toutefois, 800 personnes exercent ici cette profession, sur une population totale de 40 000 résidents sur les quatre iles habitées, population ayant doublé en quinze ans.

Sur le bateau, notre guide, donc, nous attend. Jeune, sympa, sportif, il a tous les atouts pour encadrer les participants à la journée, que nous découvrons : un couple de japonais, un hong-kongais, un allemand, un américain et deux équatoriennes. Et comme équipage, le skipper, sur son siège perché, et un matelot cuisinier.

Nous passons en revue les bateaux de croisières dans la rade. Il y en a près d’une centaine, enregistrés aux Galapagos, du simple voilier à l’hôtel de luxe, puis la vedette se lance dans la traversée vers Santa-Fe.

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Le cuistot lance des lignes, mais les prises se décrochent des hameçons et la seule bonite capturée, trop petite, sera rejetée à la mer. Heureusement, des pièces pêchées la veille nous attendent dans la glacière, elles seront bien vite préparées.

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Au bout d’une demi-heure, le japonais manifeste des signes de malaise, il souffre et semble avoir des difficultés à respirer. Sa compagne ne semble pas très inquiète, ce qui n’est pas le cas de la plus âgée des équatoriennes, infirmière. Le guide décide de rentrer pour l’emmener à l’hôpital. Demi-tour donc, de toute la puissance des 400 CV, et là ça secoue un peu.

Au port, une petite demi-heure d’attente et notre guide revient accompagné, à notre grande surprise, de la japonaise : cela ne devait pas être aussi grave, ou bien elle est particulièrement détachée..

Et c’est reparti, à grande vitesse pour rattraper le temps perdu, vers Santa Fe, où notre première halte sera une plage de rêve, en bordure de mangrove.

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Nous y ferons connaissance de notre premier iguane marin, se chauffant au soleil entouré de crabes rouges.

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Plutôt pataud lorsqu’il se déplace sur les blocs de lave pour brouter des algues, il est capable d’une pointe de vitesse si nécessaire, tricotant alors de ses pattes torses pour s’éloigner de l’importun. Dans l’eau, il devient un nageur exceptionnel, capable de rester immergé jusqu’à 20mn et d’atteindre une dizaine de mètres de profondeur.

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Le déjeuner est confirmé : poisson grillé au barbecue.

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Le temps reste correct : nous sommes à la fin de la saison sèche, la «garua »,  le courant de Humboldt remontant de l’antarctique rafraichit les côtes et maintient la température ambiante autour de 25°. A partir de fin novembre les courants s’inverseront et le courant chaud de Panama viendra accélérer l’évaporation des eaux de mer qui se condenseront sur les reliefs en pluies quotidiennes, dans une atmosphère à plus de 30°. Cette saison des pluies,  verra les « Palos santos », arbres constitutifs de la forêt sèche, enfin verdir, et l’ensemble de la végétation exploser durera jusqu’en avril.

Nous réembarquons pour une côte rocheuse. Distribution de l’équipement de « snorkling » (je hais les anglicismes..), et c’est parti pour une longue séance d’observation de la faune sous- marine, avec masques, tuba et palmes.

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L’eau est fraiche, mais les combinaisons nous protègent, et l’endroit est bien choisi : des bancs de poissons de toutes couleurs, quelques solitaires, et l’éclair brun d’un lion de mer qui file sous nos palmes. Malheureusement mes boitiers d’appareils photos ne sont pas prévus pour cela, et notre première expérience de gopro s’étant révélée infructueuse, il faudra se contenter de ce que l’on voit de la surface, lorsque le cuistot rejette des déchets de poisson

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Retour vers Puerto Aroya, avec quelques coups de soleil, et ça roupille sec à bord…

Au port de pêche, les lions de mer se prélassent, attendant que les pêcheurs aient terminé de trier leur pêche, qui fut bonne.

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Le lendemain, excursion pédestre le matin avec un guide, vers Tortuga bay. Cette très belle plage de sable, où la baignade est interdite en raison des courants était, jusqu’à l’apparition du phénomène « El nino », il y a une trentaine d’année, la zone de prédilection des tortues marines, descendant du Costa Rica, pour leur ponte annuelle.

Le refroidissement des eaux dû à « El  nino » entrainant la mort des coraux, qui étaient à l’origine de la production du sable coquiller, combiné à l’augmentation du niveau de l’océan dû au réchauffement climatique, les petites dunes en bord de plage ont disparu, et les migrations  de tortues ont cessé, ne laissant que quelques individus sédentarisés.

Les iguanes marins, par contre, sont là, et en nombre.

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Les plus petits se confondant avec les blocs de lave, il faut prendre garde à ne pas leur marcher dessus, surtout lorsqu’ils vivent un épisode romantique…

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Sur les rochers bordant la côte, un fou aux pattes bleues, espèce endémique de cette île. Sans que l’on sache pourquoi, sur d’autres îles, les pattes sont rouges…

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L’après- midi, nous retrouverons le même guide, à l’anglais excellent, qui nous fera visiter la station « Darwin ». Il s’agit en fait d’un centre d’étude et de reproduction de tortues terrestres, ayant pour but de sauver des espèces en voie de disparition et de recoloniser les îles.

Les îles Galapagos ont été crées par des éruptions volcaniques successives il y a 7 millions d’années pour la plus ancienne, Santa Cruz, jusqu’à il y a1 million d’années, pour Isabella, la plus récente.

Transportées par les vents et les courants, la flore s’y est progressivement installée, et l’humus développé, couvrant le substrat volcanique à des taux allant jusqu’à 90% de la surface sur les iles les plus anciennes, à seulement 10% pour les plus récentes, qui conservent donc un aspect fort désolé. Quand cela n’a pas été aggravé comme à Baltra, lors de construction d’une base américaine en 1943 qui s’accompagna, jusqu’au départ des 8000 soldats qui l’occupaient en 1947, par la destruction totale de la végétation !

Les premières tortues furent transportées, il y a trois millions d’années, depuis le continent sur des radeaux naturels, troncs ou branchages arrachés de la côte lors de tempêtes, et colonisèrent, à l’abri des agressions d’origine humaine, les diverses iles, où elles développèrent, évolution et isolement aidant, des caractéristiques spécifiques adaptés aux ressources locales. 15 espèces, dont la plupart sont endémiques sur l’une des îles de l’archipel, ont été recensées, que l’on peut regrouper en deux catégories :

Celles ayant des carapaces en forme de dôme, un cou court et rétractile, des pattes courtes, qui se développèrent sur les côtes, à la végétation plus riche et qu’elles pouvaient aisément brouter.

Celles aux carapaces en forme de selle, au long cou non rétractile, aux longues pattes, qui se développèrent sur les pentes des volcans, où elles étaient capables d’atteindre les parties des cactus qui constituaient leur ordinaire. En captivité, les espèces se mélangent sans problème.

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Le règne des tortues fut bouleversé par l’arrivée des premiers navigateurs, corsaires, boucaniers et pirates divers, qui firent de l’archipel à partir du milieu du XVI° siècle, une base de repli, et un garde-manger. Les tortues étant en effet capable de subsister sans boire et sans nourriture pendant plusieurs mois, elles constituaient une réserve de viande sur pieds idéale, que l’on embarquait sur les navires pour les longues traversées.

Et ces joyeux drilles ayant débarqué avec eux chèvres et bovins, qui concurrençaient les tortues dans la recherche de nourriture et écrasaient les nids, chiens et rats qui dévoraient les œufs, et parasites divers, provoquèrent une fonte violente des effectifs.

Elle fut parachevée au XVIII° et au XIX° siècle par l’exploitation industrielle, l’huile de tortue servant à l’éclairage public, à Guayaquil par exemple, et les carapaces à la fabrication d’objets tels que peignes, boites, manches, aujourd’hui moulés en polymères « plastiques »

Deux espèces ont totalement disparu au cours de cette période, où les experts estiment qu’entre deux et trois cent mille tortues ont été exterminées.

Le rôle de la « Station Darwin » est donc de favoriser le repeuplement : le taux de reproduction des œufs n’étant que de 3% en milieu naturel, les œufs sont collectés sur les lieux de ponte, placés en incubateur pendant 4 mois, et les bébés- tortues, dont le taux d’éclosion atteint alors 95%, recensés individuellement, espèce par espèce, avant d’être élevées dans des terrariums jusqu’à l’âge de deux ans. Elles sont alors relâchées dans la région spécifique à leur espèce.

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Intéressant de noter qu’une incubation à 28° produit des mâles, à 29,5° des femelles…

Nous pourrons admirer, dans une enceinte climatisée pour protéger sa « momie », « George le solitaire », grand mâle mort en 2012 et dernier spécimen d’une espèce qui s’est éteinte avec lui. Les efforts de croisement ont été vains, les hybrides étant de toutes façons infertiles, mais sa semence est congelée, un jour, qui sait ?

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Plus chanceuse, l’espèce qui s’était développée sur les pentes du volcan Cerro Azul, dont il ne restait que 18 spécimens et qui furent évacués à dos d’homme avant une éruption volcanique. Sexuellement actifs, ils purent produire en captivité 200 rejetons.

De même, afin de préserver une espèce de l’ile Florida qui ne comptait plus de mâle capable de se reproduire, les gestionnaires de la station purent obtenir du zoo de San Diego, en Californie, le rapatriement d’un mâle, naturellement dénommé Diego, qui put engendrer suffisamment de petits pour sauver l’espèce. On vous le présente ici. Agé d’une centaine d’années, il n’est plus très frétillant..

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Nous visiterons le lendemain, sur Isabella, un centre de même type, abritant 700 tortues et qui, depuis sa création, en a relâché 2200. Mais celui- ci ne vas pas collecter les œufs dans le milieu naturel, ils sont pondus sur place. Et, pour l’anecdote, sachez qu’après la ponte de 4 à 20 œufs au fond d’un trou dans le sable d’une trentaine de cm de profondeur, la femelle le referme, puis urine et défèque dessus afin d’éloigner les prédateurs, puis l’abandonne. Aux petits, 4 mois plus tard, de se débrouiller seuls…

Notre séjour se terminera par une journée sur Isabella, qu’il faut mériter, le trajet de deux heures se faisant dans un bateau rapide, propulsé par 750CV, un tape cul interminable.

Isabelle, belle endormie, aux 5 volcans actifs, aux plages de sable blanc, aux vasières riches en oiseaux divers, à la « Concha Perla », crique propice à la plongée nous accueillera donc, mais je n’aurais pas la chance d’y observer tortues marines, bébés requins et raies mantas supposés fréquenter les lieux, seuls quelques poissons sans attraits daignèrent s’y montrer, insuffisant pour motiver les lions de mer qui, sans vergogne, squattent pontons et  passerelles.

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On pourra cependant y voir, dans le centre de reproduction, notre premier, et dernier, iguane terrestre, bien seul dans son enclos.

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Et un dernier regard sur la forêt de cactus qui ont réussi à s’établir entre les blocs de lave.

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Retour un peu plus pénible par la même vedette, le vent ayant forci. Sur les 25 passagers, un seul sera malade, mais il le sera pour 25…

Le trajet vers Guayaquil se fera sans problème particulier, avec une organisation du voyagiste toujours aussi efficace. Nous aurons eu chaque soir un contact avec l’agent local pour préciser le programme du lendemain, et les guides ou chauffeurs de taxi chargés de nous accompagner ou de nous transporter se seront toujours présentés à l’heure, s’efforçant de nous faciliter le séjour et s’attachant à nous fournir tous les commentaires nécessaires pendant les visites.

Un regret, sans doute dû à l’image que nous avions, et nous ne devons pas être les seuls, d’iles abritant des reptiles dignes de Jurassic park . En fait les iguanes terrestres ne sont visibles que sur certaines îles, et leur taille ne dépasse pas 1,20m. Pour les découvrir, il faut soit séjourner beaucoup plus longtemps, au minimum une dizaine de jours, pour pouvoir se rendre dans les îles qui les abritent, soit, et c’est la solution idéale pour les plongeurs, effectuer une croisière de dix à 15 jours qui permet d’accéder à tous les « spots » intéressants, et de visiter les iles inaccessibles autrement que par mer, mais ce n’est plus du tout le même prix…

Cerise sur le gâteau, de retour à l’hôtel Livingstone, nous constatons que le contenu du compartiment congélateur est dégelé, et que, vu le poisson qu’il contenait, toute la cellule sent le nuoc-mam ! Et pourtant, le véhicule est branché sur le secteur et le chargeur de batterie fonctionne. Quelqu’un aurait il débranché en notre absence ?

Pendant que je me rends à la lavanderia, Agnès se cogne le nettoyage du frigo, dont le compresseur ne fonctionne pas. Et la tension baisse, l’éclairage perd son éclat..

Je ne comprends pas où se situe le problème, jusqu’à ce que je me décide à mesurer la tension du secteur : c’est du 110V.

J’ai vraiment zappé beaucoup de choses dans la préparation de ce 3° séjour. Il nous faudra rouler pour recharger les batteries.

Enfin,, pour reprendre l’argument de Jean François : si on veut éviter les ennuis du voyage, il faut rester chez soi…..

Mercredi 27 novembre Jour 43  Guayquil / Cuenca  

La sortie de la ville sera aisée. Décidément, Guayaquil nous aura séduit. Nous traversons la plaine côtière sur une soixantaine de km, à travers les rizières et les champs de canne, puis prenons la route de Cuenca et attaquons les choses sérieuses. En 130 km, nous passerons du niveau de la mer à une altitude de 4000 m et la température chutera de 20°.

Après avoir franchi l’ « Abra Très Cruces » à  4140m, nous resterons bloqués une heure dans un bouchon au milieu de la descente, nous ne saurons jamais pourquoi. Au bout de la descente, Cuenca, de son vrai nom Santa Ana de los rios de Cuenca, fondée en 1557 par Hurtado de Mendoza, vice-roi du Pérou et né dans la Cuenca catalane.

3° ville d’Equateur, elle est classée au patrimoine mondial de l’Unesco et capitale de la fabrication des panamas, le fameux chapeau tissé avec des feuilles de paja toquilla, un petit palmier cultivé sur la côte.

Après avoir laissé notre véhicule dans le parking qui sera notre point de chute pour la nuit, le long du rio Tomebamba qui traverse l’agglomération, nous irons faire une première visite de cette jolie ville à la belle place coloniale, le parque Calderon et prendrons café et tarte tatin à la pâtisserie « El frances », tenue, devinez par qui ? : un jeune compatriote. Nous visiterons ensuite le très riche, par ses collections, musée des cultures aborigènes, fondé par un ancien ministre de la culture.

On y admirera les artefacts des civilisations pré incas qui peuplaient ce qui est devenu aujourd’hui l’Equateur, depuis les cultures valdivia et tolita, de -500 à +500 après J.C., jusqu’aux cultures puruha, mantena et canarie, cette dernière implantée dans la région, de +500 à +1500 après J.C.

Il faudrait tout montrer, on se bornera à quelques spécimens d’extraordinaires poteries anthropomorphes.

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Bivouac au « Parque de la Madre », le long du rio.

S 02° 54’ 15.6’’     O 79° 00’ 09.4’’ Altitude 2550m

Km 199 Total 5397

Jeudi 28 novembre Jour 44  Cuenca / Calpi  

Bien plus que la cathédrale de la Inmaculada Conception, construite en pierres blondes et achevée seulement en 1960 sur un des pans de la plazza de armas pour remplacer l’ancienne cathédrale, située en vis-à-vis et devenue trop petite, c’est l’ensemble de l’ « Eglisia de Todos los Santos » et son couvent associé qui constituent l’un des attraits de la ville .

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L’église actuelle a été construite en 1820 autour des fondations de la première chapelle, bâtie en 1534. Endommagée par un incendie en 2006, elle a été rénovée à cette occasion et les travaux révélèrent la présence sous-jacente d’un temple inca, lui-même bâti sur un lieu de culte canari. Certains lieux semblent prédestinés à la spiritualité.

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Intéressante visite guidée de ce couvent, qui n’abrite plus que 5 religieuses et a la particularité, vu son implantation au flanc d’un coteau surplombant le rio, de ne pas posséder de cloitre. On y remarquera son énorme four à bois, toujours en service, et qui assurait les ressources de la communauté par son activité boulangère, puis la pièce dédiée à l’élevage des cuys. On admirera surtout le   jardin botanique, aux mille espèces, plantes, arbres et arbustes à usage médicinal, culinaire ou ornementales et y ferons la connaissance d’ « hermana Celina », religieuse menue âgée de 108 ans, qui jardine encore en s’appuyant sur sa canne….

Les pièces principales du couvent ont été rénovées, elles abritent aujourd’hui une école hôtelière, et les élèves s’activent en cuisine.

Nous quitterons la ville par une belle route de montagne dont la pente dépasse souvent les 10%, à travers une région très cultivée, aux vallées verdoyantes.

En route, on se laissera tenter par le porc grillé en bord de route, mais pas par les cuys qui rôtissent à La Colita.

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Le village est remarquable car c’est ici que fut consacrée la 1° église équatorienne, le 15 août 1534.

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A l’embranchement de la route menant au parc Chimborazo, nous nous installerons pour la nuit dans une station Primax.

S 01° 39’ 02.70’’    W 78° 43’ 50.10’’     Altitude 3040m

Km 259  Total 5656

Vendredi 29 novembre Jour 45   Calpi / Banos

Nous attendrons que les nuages se lèvent un peu, beau prétexte pour un embryon de grasse matinée, puis prendrons la route du centre d’interprétation du volcan Chimborazo.

6310m, le plus haut sommet du pays est toujours enneigé. Eteint depuis 1500 ans, il symbolise l’Equateur puisqu’il est représenté sur les armes du pays. Mesuré en 1736 par La Condamine, exploré en 1802 par Humboldt, il ne fut vaincu qu’en 1880 par Whymper et les frères Carrel.

La route est belle, très vite dans les nuages, et nous mène à l’entrée du centre, à 4300m d’altitude. On n’y voit pas à 50m.

Un crétin nous annonce que le centre est fermé et on s’apprête, frustrés, à faire demi- tour. Voyant des bus arriver, on se renseigne à nouveau : le centre est bien fermé, mais pas les boutiques, où Agnès , vu la température, s’offre une paire de gants, ni l’accès au refuge Carrel et au volcan.

Nous attendrons de nouveu sur le parking du centre que le temps se lève, puis nous nous déciderons à prendre la piste de 7km qui mène au refuge, à 4870 m d’altitude.

Là, nouvelle attente que les nuages se dissipent, en vain.

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Retour donc vers le centre d’interprétation, autour duquel pâturent les vigognes. La réintroduction de 200 bêtes au-dessus de 4000m, il y a une trentaine d’années, a été un succès,  puisque le cheptel atteint aujourd’hui 5000 têtes,

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Nous décidons de prendre la route contournant le volcan par l’ouest, la vue en serait magnifique.  La route est belle, bien meilleure que prévu, mais le volcan reste masqué. Les neiges du Chimborazo, ça ne sera pas pour cette fois. Dommage..

Nous piquons vers le nord, pour une halte à Banos. Peu intéressés par les thermes, plutôt par la route des cascades.

Les points de bivouac qu’Agnès avait repérés, hôtels aux grands parkings, sont fermés. Elle trouvera finalement une solution au camping Montano, au pied du volcan Tungurahua.  Celui- là, haut de 5023m, est actif depuis 1999 et se manifeste régulièrement avec ses dernières éruptions en 2014 et 2016, mais là encore, les nuages nous en masquent le sommet.

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Les propriétaires, un jeune couple, très sympa, gèrent ce gite pour routards avec une seule place de stationnement, à l’entrée un peu délicate. La menace que fait planer le volcan ne semble pas les inquiéter.

S 01° 23’ 48.72’’    W 78° 25’ 44.64’’

Km 166  Total 5822

Samedi 30 novembre  Jour 46   Banos

Des bus réguliers, tous les quart d‘heures, font la route des cascades. Route encaissée dans les gorges  menant vers l’Amazonie. Plusieurs tunnels, dont l’un, en sens unique, n’est pas plus large que celui du métro londonien, émaillent le parcours. Le chauffeur fonce, on dirait qu’il veut battre son record à chaque passage.

On va jusqu’à la cascade la plus spectaculaire, et la plus éloignée, le « Pailon del diablo », tellement encaissée que les photos en sont impossibles!

En remontant de la gorge, halte devant un stand proposant à la dégustation des larves de chonta bien frétillantes : « un plat exotique et populaire connu pour ses qualités curatives de la toux et de l’asthme. Le traditionnel maito de chonta est préparé avec ces larves enveloppées de feuilles de bijao et grillées, ou en brochettes. On le mange avec de la banane ou des yucas » (traduction : Barbara)

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On va être honnêtes, malgré notre goût pour les expériences culinaires exotiques, on n’a a pas goûté.

Au retour, le bus croise, à fond la caisse, un poids lourd dans un tunnel. On espère que notre chauffeur n’a pas fermé les yeux, nous si…

A Banos, c’est la fête pour célébrer le 75° anniversaire de la création de la commune. Toutes les institutions défilent avec chars et groupes folkloriques, le défilé durera plus de 1h30.

Très chaude ambiance

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Dimanche 1° décembre  Jour 47   Banos / Quilotoa

Pluie toute la nuit mais ça se dégage le matin. On revient sur nos pas jusqu’à Ambato, grande ville sans charme étendue dans sa vallée, puis on remonte vers le nord sur la très belle autoroute à 2×4 voies qui mène à Quito. On la quitte au niveau de Latacunga pour aller vers l’ouest sur la R30. Halte à Pujili, au très actif marché en ce dimanche. Courses de fruits et légumes et achat de porc rôti, on y a pris goût.

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On continue jusqu’à Quilatoa, village de la communauté indigène qui gère l’accès à la magnifique caldera du volcan du même nom.

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S 00° 52’09.2’’    O 78° 55’02.1’’    Altitude 3940m

Km 169  Total 5991

Lundi 2 décembre Jour 48  Quilotoas / Pedernales     

Beau soleil, mais une légère couche de nuages masque les volcans jumeaux Illinizas, de l’autre côté de la caldera. Vers le sud, le Chimborazo reste invisible. On n’attendra pas qu’il se montre.

Route vers le nord, jusqu’à Sigchos, où nous espérons que la belle route se prolongera pour nous permettre de traverser le massif vers le nord sans revenir vers la vallée menant à Quito, cela nous ferait gagner près de 100km dans notre route vers la mer.

Déception, dès la sortie du village, le goudron s’arrête. Pas question de s’engager sur cette piste de 70 km, qui s’annonce pleine de trous pour l’ascension d’un col à près de 4000m. On rebrousse chemin, et le trajet se révèlera excellent sur le premier tiers, la route vient d’être refaite dans sa partie la plus accidentée, acceptable sur la deuxième portion, et bon sur la fin. Il traverse un paysage grandiose, bien plus riant, dans cette région équatoriale, que tous les sommets andins que nous avons parcourus jusqu’ici.

Nous sommes frappés par l’intensité de activités agricoles, les versants, même les plus pentus, sont travaillés à la main, les pâturages viennent combler les surfaces non cultivées, les laiteries sont nombreuses le long de la route et les serres horticoles ou affectées au maraichage se multiplient à l’approche de la vallée.

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Une trentaine de km sur l’autoroute nous rapprochent de Quito, puis nous bifurquons plein ouest à la hauteur de Aloag. Montée très raide sur cette belle 4 voies, mais dès les premiers lacets on est dans les nuages. On y restera pendant toute la montée, puis pour toute l’interminable descente.

Après Santo Domingo, le paysage change, les espèces tropicales dominent, bananiers, palmiers à huile, avocatiers et nombre d’arbres que nous ne savons identifier. A l’approche de la côte, le relief, que nous imaginions plutôt plat reste extrêmement accidenté, formé de pitons et de profondes gorges, que la route évite en suivant les lignes de crêtes. Les hameaux se succèdent, et les cases en bois sur pilotis contrastent avec les constructions en adobe de l’intérieur.

Arrivée en fin de journée à Pedernales, où la station Primax accepte que nous squattions un coin de parking.

Nous avons franchi la ligne, Pedernales est un poil au-dessus de l’équateur, sans grands attraits après avoir été ravagé par un séisme en 2016.

N 00° 04’ 25.4’’   O 80° 02’ 13.2’’

Km 370  Total 6361

Mardi 3 décembre Jour 49  Pedernales / Mompiche

But de l’étape du jour : atteindre Monpiche, petit village de pêcheurs aux longues plages de sable, isolé sur la côte au sud d’Esmeralda. Il faut juste, au préalable, pouvoir retirer de l’argent, car nous ne détenons que des coupures de 100 $ alors qu’ici, les magasins refusent tous les billets de plus de 20 $. A la 1° banque, dès 8h30, pas de D.A.B. et 200 personnes font la queue pour être reçus aux guichets, on oublie. Heureusement un distributeur équipe la seconde, et nous délivre les précieuses coupures.

Route agréable, traversant les collines côtières et dominant les innombrables bassins d’élevage de crevettes qui ont été creusés au détriment des mangroves, et que l’on quitte pour une courte portion de bitume dévalant vers Mompiche.

Le village est bien tel que l’on l’attendait, plus havre de routards que station balnéaire. Les « hospedajes » en bambous bordent la plage et les planches de surf en décorent les abords, les rues sableuses deviennent boueuses dès la première averse, les barques de pêcheurs attendent la marée et les caïpirinhas sont à 10$ les trois.

Notre véhicule passe tout juste sous le portique de la Casa Coral, petit gite fort sympa face à la mer, où nous avons décidé de nous poser pendant deux jours.

N 0,50631     O – 80,02370

Km 88   Total 6449

Mercredi 4 décembre Jour 50   Monpiche  

Comme prévu, ça sera une journée détente : sur la terrasse de la Casa Coral, échanges autour d’un café avec les jeunes routards qui font halte au gite. Ils sont impressionnants de décontraction, se déplaçant en bus, qui avec sa guitare, qui sa planche de surf.

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Puis ballade sur la plage en attendant, avec les pélicans, le retour des pêcheurs, et achat de poissons.

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De retour de pêche, on prépare déjà les filets pour le lendemain.

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A 4km du village, l’île Portete : pour l’atteindre, un petit tour en moto taxi, puis une traversée d’une centaine de mètres, qu’on pourrait presque faire à pied à marée basse.

Dans la montée, la moto s’arrête : le câble d’alimentation est simplement enroulé autour de la tête de bougie, sans écrou. Pas étonnant qu’il saute. Et comme la batterie est naze, il faudra pousser pour redémarrer. A l’arrivée, quand le chauffeur demandera, gonflé, un pourboire en plus du prix convenu, je lui en demanderai un pour avoir poussé.

Sur l’île, côté Pacifique, une longue plage de sable blanc ourlée de cocotiers, comme dans les pubs d’agences de voyage, côté continent, une rangée de paillotes abritant des gargotes, pas encore très fréquentées.

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Décidément, le ceviche équatorien est différent de ceux que l’on a apprécié jusqu’ici en Argentine, au Chili ou au Pérou : le poisson, ici, est précuit en petit cubes et non simplement confit dans le jus de citron, l’accompagnement est moins riche en oignons doux, épices et aromates, le tout baigne dans un bouillon qui nous fait regretter nos expériences précédentes. Mais, bon, c’est toujours mieux que le sempiternel poulet frit ou le bœuf trop cuit.

Au retour, une fois franchi le bras de mer, arrêt sur la Playa negra. Le sable y est d’origine volcanique, d’un beau noir mat.

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Jeudi 5 décembre Jour 51  Monpiche / Mindo

Pour revenir vers le centre du pays, plutôt que d’emprunter le trajet aller, nous choisissons de suivre la côte vers le nord jusqu’à Esmeralda, avant de repiquer vers le sud-est, un peu plus long , mais nous évitera le déjà-vu. La route est fort accidentée, dans un paysage de cultures tropicales toujours aussi denses.

De nombreux camions transportent les régimes de noix de palmistes vers une huilerie dont on perçoit les effluves.

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Les régimes seront égrenés, les noix triturées, pour en extraire l’huile de palme, puis les noyaux pressés pour obtenir l’huile de palmiste.

La variété de palmier à huile qui est cultivée ici est différente de celle exploitée en Asie, les produits sont plus riches en acide gras insaturés et leurs compositions se rapprochent de celle de l’huile d’olive. L’huile de palme est utilisée localement pour la friture, et pour l’export dans des usages alimentaires et cosmétiques. L’huile de palmiste est davantage utilisée dans les cosmétiques.

Nous découvrirons également le mode de séchage des fèves de cacao, le plus écolo qui soit : le soleil, et le moins hygiénique qu’on puisse trouver ; en bord de route, dans les gaz d’échappement.

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La route serpente entre 1000 et 2000m d’altitude, c’est le royaume de la forêt tropicale humide, ou « forêt de nuages », nous prendrons l’habitude de ne voir le soleil que le matin.

En arrivant aux abords de Mindo, de nombreuses résidences de vacances, bien à l’abri de leurs murs d’enceinte, jalonnent le parcours. Nous sommes à moins de 100km de Quito, l’endroit est manifestement prisé des citadins.

Mindo est un petit village en bord d’un rio aujourd’hui bien limoneux, qui prend un grand essor touristique avec ses « routes du chocolat » et du café, ses points d’observation d’oiseaux et de papillons.

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Notre point de chute sera le « Bicok lodge », un gite à l’esthétique et aux aménagements très réussis, créé par un couple de voyageurs français qui ont ici posé leurs sacs. Nous n’aurons pas la chance de les rencontrer.

N 00° 02’ 58.9’’     W 78° 46’ 26.8’’

Km 336  Total   6785

Vendredi 6 décembre Jour 52   Mindo / Quito

Lever tôt, car les oiseaux s’observent entre 6 et 7 heures du matin.

La terrasse de l’hôtel Descanso, qui surplombe un arpent de jungle très apprivoisée, permet l’observation des colibris qui viennent s’y nourrir de l’eau sucrée qui leur est abondamment fournie chaque matinC’est pour eux moins fatiguant que de pomper le nectar des fleurs, car comme chacun sait, le colibri ne se pose pas pour se nourrir.

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Et, après l’effort, notre athlète récupère en faisant un peu la gueule..

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Et bien, nous pouvons démentir cet adage : sur les abreuvoirs, le colibri se pose pour se nourrir !

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Mais il sait aussi attendre le bon moment, perché sur des brindilles.

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Une fois rassasiés, les colibris retournent sous les taillis. Il est alors temps pour nous d’aller faire un tour du côté de la « route du chocolat ». En fait un établissement combinant arboretum, chocolaterie et hostal.

Nous y parcourrons le cycle complet, que je retranscris sous le contrôle de Francis Boom, Docteur es Chocolat de l’ Université de Cargill les Mouscron : depuis la cabosse qui se récolte toute l’année et dont on extrait les fèves, suivie  d’une semaine de fermentation, au cours de laquelle les fèves sécrètent une huile , à usage cosmétique et aromatique, puis une semaine de séchage, une torréfaction entre 120 et 140°, et un broyage pour obtenir la pâte de cacao.

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Un pressage permettra de séparer le beurre de cacao de la poudre de cacao, matières de base pour l’industrie agro- alimentaire. La pâte pourra aussi être mise en œuvre artisanalement après conchage et addition de sucre, de lait et de composants divers pour obtenir le produit qui comblera l’amateur.

Nous aurons droit à une dégustation où tout nous plaira, sauf le chocolat au piment…

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En direction de Quito, plein nord, la route est toujours fort vallonnée, sous la pluie ou dans les nuages, et parfois les deux.

Quito, deuxième capitale la plus haute du monde après La Paz, détruite sur ordre du général inca commandant la place pour éviter sa prise par les espagnols, refondée par ceux ci en 1534, et qui y détruisirent les derniers témoignages de l’histoire précolombienne, non sans avoir pillé ce qui était récupérable, Quito donc, compte aujourd’hui près de 3 millions d’habitants.

L’entrée dans la ville sera aisée grâce à des artères pénétrantes bien dégagées, puis par la très longue avenue « Mariscal Sucre ». L’arrivée par la voie d’accès, extrêmement pentue, qui monte à la gare de départ du téléphérique sera plus sportive : Impossible de grimper, même en première, sans passer en 4X4 vitesses lentes.

Nuit sur le parking du téléphérique, que nous escomptons emprunter le lendemain jusqu’au volcan. Il pleuvra des cordes toute la nuit.

S 0° 11’ 30.18’’    W 78° 31’ 4.32’’

Km 101  Total 6886

Samedi 7 décembre  Jour 53   Quito

Temps si couvert que la montée au volcan est illusoire. On se translate vers le centre, pour aller s’installer au Parque Carolina, grand parc très aéré, aux parkings gardés. On y prendra un taxi pour se rendre dans la ville coloniale.

Tout le centre se structure autour de la Plazza Grande, qui, malgré son nom, n’est pas la plus belle ni la plus grande des places d’armes que nous aurons admirées jusqu’ici.

Notre première visite sera pour l’église de la Compagnie de Jésus, à la façade baroque et à l’intérieur d’une richesse étonnante. Ayant nécessité 150 ans de travaux avant d’être achevée en 1706, peu de temps avant l’expulsion des jésuites d’Amérique du sud en 1767, ce serait l’église la plus couverte d’or de tout le pays.

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Les photos y étant interdites, on se contentera d’une photo faite en douce, sans viser..

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Comment les jésuites en sont-ils venus à cet étalage de dorures, quand on a en mémoire l’extrême simplicité des églises visitées dans les zones de mission au Pantanal bolivien, en Argentine ou au Paraguay ? Est-ce en raison d’une compétition avec les franciscains dont le monastère proche abrite une église, terminée en 1580, et dont la richesse est éblouissante ?

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Le cloitre de ce monastère, par contraste, est d’une absolue simplicité.

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La visite de la résidence du général Sucre, puis du musée de la ville, termineront cette première journée à Quito.

S 0° 10’ 42.96’’  O 78° 29’ 4.20’’

Km 6   Total 6891

Dimanche 8 décembre Jour 54  Quito / Ibarra

Avant de prendre le chemin de la Colombie, matinée consacrée à la visite de la « Capilla  del hombre Guayasamín », située sur les hauteurs, face au vocan Pichincha, sur les pentes duquel se déroula la bataille qui sonna le glas de la domination espagnole sur le pays.

Dernière demeure du peintre Osvaldo Guayasamin (1919-1999),qui abrite son atelier, elle est devenue un musée grâce à l’exceptionnelle collection d’art précolombien et d’art religieux colonial qu’il y avait rassemblé.  Nous aurons la chance d’être accompagnés par une guide russe francophone établie en Equateur et formée aux Beaux Arts, qui nous fera partager sa passion pour les œuvres du maitre et pour ses collections.

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La Capilla, bâtiment moderne conçu par le peintre et ayant pour but de valoriser les cultures aztèque, maya et inca, en contrebas de la maison s’inspire de l’architecture inca.  Terminée peu après la mort du peintre, elle est gérée par la même fondation familiale que la maison .

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Elle abrite quantité d’œuvres, au style inspiré de Goya, du Greco et de Picasso. Hanté par la souffrance, la domination coloniale et ses dizaines de millions de victimes, indigènes ou africains déportés, traumatisé par les horreurs des dictatures qui ont sévi sur le continent, Guayasamín, métis devenu porte voix de ces ombres, fit de son œuvre une arme de combat contre les oppressions.

Nous n’en montrerons que deux exemples : Ce tableau de femme, symbolisant le métissage caractéristique de l’Amérique latine,

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Et celui-ci, le condor andin terrassant le buffle espagnol.

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Départ vers la frontière colombienne en début d’aprè-midi . Très belle route, souvent à 4 voies dans un paysage d’alpes suisses où l’on remarque lors des traversées de village, une  évolution ethnique couplée à une paupérisation évidente.

Manifestement l’Equateur, comme  ses voisins, est loin de s’être débarrassé de la stratification en castes, forme d’apartheid social régnant pendant la période coloniale, telle que nous l’avons découverte dans une des salles  du magnifique musée de la Ciudad : Espagnols de souche / Criollos (descendants des précédents nés sur place) / Métis blanc-indien /Indiens / Métis blanc-noir / Métis indien-noir / Noirs (descendants d’esclaves razziés en Afrique). Chaque population y avait même son clergé spécifique. il faut bien garantir les bonnes mœurs, quand même !

Bivouac dans une station- service

N 00° 23’ 01.6’’   O 78° 06’ 33.8’’   2260m

Km 123 Total 7014