Catégories d'archives: 2015 04 10 Asie Centrale

Tout d’abord un très grand merci pour vos commentaires sur ce blog et tous ces témoignages d’amitié et d’affection, ils nous font chaud au cœur, dans notre chambrette roulante. Merci à David pour l’itinéraire ajouté au blog, qui rend le parcours plus lisible.

 

Vendredi 3 avril  Jour 17      Astrakhan – Frontière Kazakhe 

Première pluie du voyage, qui ne nous contrarie pas trop le matin pour faire nos emplettes, sauf lorsqu’on doit traverser les rues. Il ne semble pas y avoir d’égouts et l’eau forme des lacs en bords de trottoir, infranchissables. Il nous faudra souvent remonter toute la rue pour trouver un passage à gué…  

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 Puis direction Est vers le Kazakhstan. Nous pensions franchir la frontière ce soir, mais nous perdons une heure pour quitter la ville, le pont sur lequel nous comptions étant encore en travaux (il l’était déjà en 2013 selon l’expérience de nos amis Braillard…) Long détour pour trouver le bon passage. La  route franchit ensuite de nombreux bras de la Volga, qui forme ici un vaste estuaire. Le dernier se traverse par un pont de bateaux, ou, pour les véhicules lourds, par un bac qui nous retarde à nouveau, mais permet de vivre la tombée du jour sur le bord du fleuve. La sortie, boueuse, sera délicate pour deux des camping car.

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 Bivouac à la frontière, parking camions. Altitude -23m

77km Total 5584 

 

Samedi 4 avril Jour 18                Frontière Kazakhe – Quelque part avant Atyrau

Formalités rapides, 1h45 pour les deux contrôles. Les gardes frontières Kazakhes sont particulièrement souriants et Zidane reste le meilleur ambassadeur que la France ait connu, on nous le citera à chaque frontière.

Changement d’heure, +2 par rapport à la Russie,  prise d’assurance (75€) et nous sommes prêts à nous lancer dans la steppe.

Nos espoirs d’une belle route goudronnée tournent court, nous endurerons 25km de route très dégradée où nous ne pouvons, en sautant d’un trou à l’autre, dépasser 15km/h. Cela s’améliorera progressivement et nous pourrons atteindre un magnifique 55km/h.

Paysage de steppe grisâtre, quelques troupeaux de moutons, des chevaux épars et soudain (pas au détour d’un virage, il n’y en a pas), notre premier chameau. J’ai bien peur que nous ne lui ayons pas fait une grosse impression.

Plus surprenant, nous dépassons régulièrement de petits cimetières, manifestement anciens. Il semble qu’il y ait plus de morts que de vivants dans cette région.

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Bivouac à 8km d’Atyrau,  parking d’une station service. Altitude -33m

215 km Total 5799

 

Dimanche 5 avril Jour 19       Atyrau –Beynew

Grande ville au centre moderne, fort animée en ce dimanche de Pâques où les fidèles sortent des églises un rameau à la main, Atyrau ne nous retient que le temps de changer de la monnaie dans une agence bancaire, ouverte à notre surprise ravie.

Nous reprenons la route pour une longue journée de conduite sur une fort belle route, dans une steppe aride où l’argile affleure. Monotonie rompue par des champs pétrolifères dont le mouvement de balancier des mécanismes de pompage constitue la seule animation d’un paysage vide.

Puis, en s’approchant de la Caspienne, le paysage évolue, de nombreuses lagunes bordent la route qui forme digue  (vasières corrige Agnès, les lagunes c’est joli !)

Nous atteignons Beynew au soir, curieuse agglomération qui semble une ville de pionniers et où aucune construction ne dépasse un niveau. Les quelques bars et magasins n’ont pas de vitrines, seulement quelques fenêtres, sans doute pour les protéger du vent. Pas de trottoirs, les rues latérales ne sont pas goudronnées, boueuses donc à chaque pluie.

Signe de modernité, chaque bar fait Karaoké et l’hôtel devant lequel nous nous parquons a une connexion wifi.

Repas du soir dans cet hôtel où nous goutons la cuisine Kazakhe (riche..) et faisons ami-ami avec les serveuses.

Altitude -40m

532km Total 6331

 

Lundi 6 avril Jour 20      Beynew – Frontière Ouzbekhistan

Plein de gazole avant de prendre la route. Ici, comme souvent en Russie, il faut payer d‘avance et donc estimer au plus juste son besoin en carburant pour partir réservoir pleins. En zone urbanisées les stations service sont bien plus fréquentes qu’en France, par contre, dans la steppe…

La journée démarre fort : Le contournement de Beynew se fait par une chaussée en dalles de ciment présoviétique, le treillis métallique est à nu et il faut avoir l’œil pour ne pas embrocher ses pneus sur un fer à béton. Naturellement on roule au pas. Puis 80km de piste, heureusement sèche car le temps s’est remis au beau, pour gagner la frontière, en 3h30 …

Une centaine de camions, que nous dépassons avec une satisfaction coupable, attend le passage. On y verra même un convoi exceptionnel d’ une quizaine de véhicules hors gabarit transportant des éléments d’installations pétrochimiques. On imagine dépasser ça sur la piste !

Nous sommes en tête et le garde frontière, devant le portail, m’invite gentiment à rebrousser chemin et nous remettre dans la file. Je ne veux pas comprendre et attend l’arrivée d’un officier, qui libère le passage. Cela nous servira de leçon, nous ne devrons plus être en tête aux postes frontières, notre camion ressemble trop à un camion !

1 heure pour le contrôle kazakhe, aussi sympa qu’à l’entrée (Zidane !)

Côté Ouzbèk, bien plus rustique, tant dans les équipements que dans les manières. Une première chicane pour entrer, difficilement négociée, puis 4 heures de formalités, dont l’essentiel d’attentes, sans savoir pourquoi ni où s’adresser.

Lorsqu’on s’occupe enfin de nous, un garde vérifie le PTAC du camion puis m’entraine dans un bureau en m’indiquant : Vous devez payer 400$, c’est un camion. Je passerai 20mn dans ce bureau, au milieu de 5 ou 6 gardes frontières, en brandissant mon permis de conduire indiquant que je n’ai pas le poids lourd, que j’ai le droit de le conduire, donc ce n’est pas un poids lourd ! C’est un peu scabreux, mais, avec la complicité d’un des gardes qui parle un peu anglais et intervient, en finesse, je le comprends, pour plaider ma cause, le chef se laisse fléchir.

Il nous faudra encore attendre la fouille, la plus complète qu’on a connue (nous avons même dû ouvrir les boites de purée en sachets, expliquer les pastilles de chocolat de Francis…), avec un des deux gardes qui mime un  mal aux dents, (une boite de Doliprane lui rendra sa belle humeur, il retentera le coup avec les autres véhicules), pour pouvoir enfin quitter le poste frontière.

Change, 3800 sum pour 1€, aux changeurs « clandestins », puis prise d’assurance (18€). Le bureau de l’agent est un container en bord de route qui contient une table, une chaise, une imprimante et une ampoule pendant du plafond, le tout alimenté par un groupe électrogène et chauffé par un antique poêle en fonte où l’on brûle, je suppute, des bouses.

Un rideau dissimule une table avec de la vaisselle et, sans doute, un lit.

Après le change, il faut trouver de la place pour stocker les billets, vu les cours, les liasses s’empilent ! 

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Bivouac sur place.

93km Total 6424

 

Mardi 7 avril  Jour 21      Frontière – Quelque part avant Nukus

Nous craignions de devoir rouler quelques centaines de km sur une pite aussi pénible qu’au Kazakhstan. Excellente surprise, c’est du goudron. De nombreux mauvais passages au début, mais la route s’améliorera rapidement jusqu’à devenir, en fin de journée, une autoroute. L’altitude redevient positive pour atteindre 150m

Paysage de steppe inchangé, la route évite les villages et les bâtiments abritant les installations de compression de gaz que l’on aperçoit régulièrement, tous sur le même modèle, déjà vu en Russie, et file droit sur le plateau. Sinon, rien…

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En arrivant sur Qo’Ng’Rot , après deux virages (les premiers depuis des centaines de km), la route plonge vers la vallée de l’Amou Darya. Changement de décor : Premiers arbres, premières cultures, des rizières, premiers villages et premiers signes de vie : Des enfants en uniforme, noir pour les garçons, rose et bleu pour les filles, rentrent de l’école, des troupeaux traversent et mieux, empruntent l’autoroute.

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Même dans les rizières, d’énormes engins enfouissent des gazoducs.

Partout, les terres sont recouvertes d’une couche blanche de sel, apporté par le vent de la mer d’Aral, à une centaine de km au nord.  

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 Nous aurions souhaité nous rendre à Mo’ynoq, ancien port de pêche aux épaves de chalutiers ensablés, mais cela aurait nécessité une journée de piste pour l’aller-retour. Dommage que nous ne puissions, sur place, constater les dégâts dus à l’assèchement de cette mer de 70 000 km² , consécutif à la canalisation de l’Amou Darya et du Syr Darya pour irriguer les cultures de coton de l’Ouzbekistan destinées à l’industrie textile soviétique. Nous franchirons à maintes reprises soit l’Amou Darya (ou l’un de ses bras) soit le canal Lénine, assurant la dérivation, dont le débit surpasse de très loin le cours du fleuve.

 L'Amou darya

Bivouac dans la cour d’un café/restaurant à la salle à manger de style stalinien vaste comme un gymnase, nous dinons d’un bol de soupe de nouilles, après avoir visité les cuisines et les frigos pour nous faire expliquer la carte. (En fait c’était soupe de nouilles ou soupe de nouilles…) 

333km total 6757

 

Mercredi 8 avril Jour 22   Nukus

Nous souhaitons compléter nos réservoirs : Un routier biélorusse nous avait prévenus que l’on ne trouvait pas de gazole en Ouzbekistan. De fait, dans toutes les stations services, dont la plupart sont fermées, les pompes diesel sont encapuchonnées. Nous stoppons à quelques km de Nukus dans l’une d’elle. Le préposé comprend notre besoin, appelle sur son portable un correspondant anglophone qui m’explique qu’on ne trouve pas de gazole, que seul des privés en vendent, et que l’on peut nous conduire à un endroit où l’on nous vendra du gazole, 1.5 $ le litre. Je ne commence même pas à négocier et répond qu’on va réfléchir.

Un véhicule part en éclaireur pour trouver l’hôtel Nukus, dont nous savons qu’il peut nous accueillir dans sa cour.

Il nous faudra un long moment pour nous faire comprendre, nous faire accepter et négocier le prix : 12000 sum par personne (~3.5€). Nouvelle discussion pour le gazole, et l’on nous trouve un fournisseur à 3600 sum le litre, ~1.13 €, soit le double du prix payé en Russie et au Kazakhstan.

Le carburant nous sera livré dans la cour de l’hôtel par une équipe transportant des jerrycans dissimulés dans le coffre d’une voiture. Mafia ouzbèque ou simple marché noir ? Il leur faudra 3 rotations pour nous livrer le besoin des 5 véhicules, le paiement s’effectuera sous le contrôle du préposé de l’hôtel et nous nous quittons très bons amis.

On nous expliquera plus tard que tout le gazole est réservé aux machines agricoles pour la culture du coton.

A cette occasion nous sommes initiés à la notion de taux de change flottant : A la frontière nous avions obtenus entre 3800 et 3900 sum pour 1 €, selon le changeur ; en banque on n’en obtient que 2700€ ! Mais là on a un certificat tamponné et on ne risque pas de finir au trou..

Sortons des sordides considérations matérielles : D’un seul coup le printemps est là, les premiers arbres sont en fleur, les jardins reverdissent et il commence à faire chaud. Nous allons bien vite remballer la couette d’hiver !

 

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Nous pouvons enfin aller en ville pour nous rendre au musée Savitsky en traversant une zone où alternent Ministères, (Nukus est capitale de la république de Karakalpakie) Organismes publics et banques. Tout près, des maisons traditionnelles en pisé sont abattues et l’on y construit des alignements d’immeubles.

Au niveau vestimentaire, les jeunes femmes sont très européanisées, jupes courtes, mais la couleur qui domine est le noir, les garçons portent le « world code » : sweet à capuche, jeans et Nikes.

 

Savitsky, peintre, tombé amoureux de la région, y entreprit la collecte des œuvres des peintres et sculpteurs bannis pour non-conformité au Réalisme Soviétique et exilés à Nukus. Il constituera une collection de plus de 80 000 pièces qu’abrite ce musée dont il devint le dirigeant.

Ensemble unique de pièces : selon la conservatrice, «  Le Guggenheim de New York possède 3 œuvres de Koudriashof, nous en possédons 280 »

Musée quasi vide, le prix, 25000 sum / p, l’explique sans doute, personnel pléthorique que l’on sent fier de la qualité du fond, et visite trop rapide car arrivés à une heure de la fermeture, mais éblouissement de couleurs, de formes, de thèmes de ces impressionnistes russes. Ce musée est un joyau au milieu de nulle part.

Le bâtiment, bien que récent est trop petit,  seules 2500 pièces sont exposées. Une extension est quasi achevée dans un magnifique bâtiment. L’argent du gaz n’est pas toujours mal employé dans cette république indépendante de Karakalpakie, qu’une décision de Moscou dans les années 30 rattacha à la République d’Ouzbekistan. 

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      Nous sommes dans l’impossibilité d’utiliser notre messagerie hotmail. Le système de contrôle d’accès de Microsoft est kafkaiën : Il bloque la messagerie à chaque fois qu’il détecte un nouveau point de connexion, et nécessite 24h pour la procédure de déblocage. Entre temps nous avons changé de point de connexion, et il bloque la messagerie de secours !!!

Pour nous contacter, merci d’utiliser les nouvelles adresses:  agnes.guilluy49@gmail.com   ou    patrice.blanc52@gmail.com

Jeudi 9  avril  Jour 23      Nukus – Citadelle D’Ayaz Kala 

Paysage de steppe, qui retrouve des couleurs lorsque nous nous rapprochons de rivières, canaux d’irrigation ou de lacs.

 

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Nous quittons l’axe principal pour visiter les sites archéologiques au NE de Bo’ston.

Déjeuner près des ruines de Chilpik Kala, dont il ne reste que des pans de muraille d’argile et quelques vestiges de salles voutées. Constructions uniquement en briques de torchis, qui ont mal résisté au temps

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Nous nous enfonçons un peu plus dans la steppe, pour atteindre les citadelles de Toprak Kala et d’ Ayaz Kala où nous avons prévu de passer la nuit. Elles se méritent car il faut gravir les hauteurs sur lesquelles elles sont perchées pour découvrir ces forteresses d’argile, qui valent plus par ce qu’elles racontent de leur passé que par leur architecture ou leurs décorations. Du sommet de leurs murailles, en fixant la steppe, on ne peut s’empêcher de revivre la dernière scène du film « Le  Désert des Tartares », et guetter la ligne de cavaliers sur l’horizon.

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L’apparition d’une fuite, goutte à goutte, de gazole depuis le réservoir de réserve et le constat qu’elle provient d’une soudure sur le flanc intérieur me conduit, sur les conseils de Guy, à décider de le vidanger et de faire la réparation sur place. Un des employés du site, qui s’est couché avec moi sous le camion, m’amènera alors deux tubes d’araldite qu’il recommande, par signes, pour l’opération. Il possède par ailleurs  des jerrycans vides, qu’il nous prête. Je constaterai vite qu’il sait ce qu’il fait, lui laisserai prendre la main et il nous posera, à l’aide de bandes de toiles, un emplâtre très propre après avoir bien préparé et décapé le champ opératoire. Au remontage, des bandes de feutre de yourte protègeront la zone sensible du frottement des entretoises qui avait blessé la soudure.

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Soulagés, on s’offre une petite soirée à la yourte restaurant.

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Bivouac près du groupe de yourtes qui sert d’hôtel aux rares touristes désireux d’y passer la nuit en cette saison. 

N  42° 00,730 E 061° 01,390

168 km Total 6925  

Vendredi 10 avril Jour 24          Ayaz Kala – Khiva

Samedi 11  (J25) Dimanche 12 (J26)  Khiva 

Arrivée à Khiva en fin de matinée, un petit tour au bazar en attendant le guide qui doit nous accompagner pendant ces deux jours. Il nous aidera à trouver le bivouac ad hoc. Nos contraintes sont simples : Accès à l’eau, à l’électricité, à internet et enregistrement à l’OVIR, office contrôlant l’immigration. Ce dernier point implique automatiquement un parking d’hôtel. A Khiva, ou Xhiva, ce sera l’hôtel Aminxon.

Il est tenu par une famille dont le fils ainé, 10 ans assure de fait la fonction de chef réceptionniste : Il est fort débrouillard et le seul anglophone de la famille. En Ouzbekistan en effet, à partir de 7 ans, les enfants apprennent le russe et une seconde langue.

Khiva est une ville étrange, la seule qui ait peu souffert de destructions lors de sa conquête par les russes : La disproportion en armement était telle que les envahisseurs n’ont eu que peu de coups de canon à tirer pour détruire la porte principale et pénétrer dans la ville.

Cette cité, entourée de murailles de pisé, protégée par l’UNESCO, qui comptait 75 moquées et plus de 15 medersa (université coraniques) fut la capitale du trafic d’esclave pour toute l’Asie centrale. Elle est aussi la ville natale d’un des grands mathématicien et géographe de l’âge d’or arabo-persan, Al Ghorzmi, d’où provient le mot « algorithme ».

 Son centre historique est  un lieu hors du temps, où les medersa sont devenues des hôtels et les nombreux palais du gouverneur des musées. Haut lieu touristique, elle attire également les Ouzbèques et reste, par superstition, un lieu privilégié pour s’y marier. Nous y flânerons, en cherchant l’ombre (il fait 36°), entre le bazar, le minaret bleu, le harem et la mosquée Juma aux 218 colonnes en bois, qui nous rappellera la mosquée de Cordoue.

Partout des gens curieux des étrangers, des inconnus nous saluent, la main sur le cœur ; les photos sont acceptées, voire recherchées et les sourires ne sont pas économisés. De nombreux groupes d’écoliers, ou de retraités se mêlent, en cette fin de semaine, aux familles et aux cortèges de mariage. Pour ces derniers, la coutume veut que les mariées baissent la tête lors du cortège. Est-ce dû au fait que la plupart découvrent leur époux ? Les plus chanceuses l’auront rencontré une ou deux fois….

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 Bivouac Hôtel Aminxon  N 41° 378.330   E 60° 363.89

Km 112 Total 7037

Lundi 13 Jour 27 Khiva- Jasli

Quelques infos sur notre ordre de marche, assez routinier : Départ à 8h30, ordre des véhicules immuable, nous avons donc la belle carte qui figure sur l’arrière du véhicule d’Antoine et Brigitte en ligne de mire, 4 jours sur 5, en effet nous prenons la tête à tour de rôle.

Le véhicule de tête, naturellement, assure la navigation sur les cibles GPS que nous avons enregistrées lors du court briefing quotidien. Agnès est devenue une experte en navigation et jongle avec ses deux GPS pour nous annoncer les stations service ou les aires de stationnement. Malheureusement les talkies walkie ne fonctionnent pas aussi bien que prévu et la communication est difficile entre les véhicules,nous circulons donc toujours à vue. Pause déjeuner d’1h30, recherche du bivouac à partir de 17h30.

Ce jour donc, 80km de route très dégradée en 3h, puis, miracle, traversée du désert rose de Kyzylkoum par une belle autoroute sur 200km où nous sommes bercés par le bruit des pneus sur les joints de dilatation (autoroute béton, technique allemande !), pour terminer, grosse frustration, par 70km de route terrible. Aucun avertissement avant la fin de l’autoroute, seule une voiture de police factice, comme on en voit depuis la Russie, vise à faire ralentir les conducteurs. Dans ces conditions, pas étonnant que de temps en temps un poids lourd continue tout droit : Nous en vîmes un, moteur par terre, pour avoir voulu franchir un merlon de terre barrant la chaussée, qui s’arrêtait là…

 

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Nous n’atteindrons pas Boukhara vu l’état de la route et stoppons au cœur d’un village très « post soviétique » où alternent polyclinique neuve et immeubles abandonnés. Ne manque pas la statue à la gloire du kolkhozien méritant !

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Excellent accueil et bivouac face à une boulangerie dont l’odeur nous titille l’imagination, nous aurons du pain frais demain matin..

N 40° 7.8942 E 63° 27.228

Km 366 Total 7585

Mardi 14 Jour 28 Jasliq – Boukhara

Nous poursuivons sur la mauvaise route qui nous sépare de Boukhara. L’autoroute est en construction et nous zigzagons entre les engins de chantier. Arrivée en fin de matinée. Le guide, Asro, jeune ouzbèk d’une trentaine d’année, est au rendez vous. Il nous aide à négocier l’accueil dans le parking de l’hôtel Asia : 10€ par véhicule et par jour, « all inclusive » : gardiennage, eau, électricité, wifi, enregistrement OVIR et toutes les commodités de l’hôtel. Il faut juste déplacer deux bus et une dizaine de véhicules pour nous permettre l’accès.

Et nous pourrons également nous faire approvisionner en gazole « hors commerce ».

Km 104 Total 7689

Mercredi 15 J29 Jeudi 16 J30 Vendredi 17 J31 Boukhara

Boukhara comporte peu de constructions très anciennes, car elle fut détruite par Gengis Khan, qui n’en n’épargna que deux : Le minaret de la mosquée Kalon, tant il fut impressionné par sa hauteur de 47m, et le mausolée d’Ismaïl Samani, du X° siècle, qui fut enfoui par les habitants sous une montagne de sable pour le dissimuler.

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Oasis et ville sainte perdue dans le Kyzylkoum, Boukhara comptait 114 bassins servant à l’alimentation des habitants, autant que de sourates du Coran, ce qui entraina de nombreuses épidémies ( l’eau contaminée, pas le Coran…). L’adduction d’eau réalisée par les soviétiques s’accompagna du comblement de la plupart de ces bassins dont ne subsistent que ceux qui jouxtent les monuments. Leur présence, cependant, donne un caractère très serein à la ville historique, en rénovation continue, bien que l’accroissement du nombre de touristes étrangers doive laisser craindre une rapide dégradation de l’atmosphère : les marchands du temple y sont bien plus nombreux et plus entreprenants qu’à Khiva.

Le cœur de la ville se situe sur le Liab-i Haouz, place construite au XVII° autour d’un bassin, encadrée par la Medersa Nadir Divanbegi, aujourd’hui un hôtel, et par l’hospice du même nom, qui recueillait les derviches mendiants. Elle est ornée de muriers centenaires. On y flâne, prend le thé ou déguste les pâtisseries des vendeurs ambulants, telle cette jeune personne qui s’imposa dans le groupe, le guide échouant 3 fois à l’écarter, et nous vendit des crêpes au miel fort reconstituantes.. Dans le bazar, la pause thé s’accompagne de parties d’échecs ou de jacquet.

 

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Les habitants et les touristes Ouzbèk, eux, restent curieux des étrangers, nous prennent en photo et nous demandent même de poser avec eux. Cela nous permet en retour quelques portraits intéressants.

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Visite des nombreuses medersas et mosquées, de la synagogue, des caravansérails et des hammams. Boukhara en comptait 20 : 14 pour hommes, 3 pour les femmes, 3 pour les juifs. Il est vrai que les caravanes comportaient peu de femmes et qu’une étape après des semaines de désert devait voir affluer les candidats au décrassage..

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Retiendront notre attention, la citadelle et son palais royal, le Tchar Minar et ses 4 minarets bleus, la mosquée de l’Emir et enfin le mausolée de Bakhaoudin Naqchband où les pèlerins s’escriment à arracher des fragments d’écorce d’un murier sacré, en guise de porte- bonheur, ou à se masser les parties de leur corps qui les font souffrir  contre les branches, en espérant un soulagement.

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Demain, départ pour Samarkand, nous devrions y être dans deux jours.

             Samedi 18 Jour 32    Boukhara-Shakhrjsyabz  

Direction sud est vers Qarshi, que nous atteindrons pour déjeuner après 170km de mauvaise route. A l’approche de la ville le paysage désertique change progressivement et nous traversons une steppe verdissante où apparaissent les premières nappes rouges de coquelicots.

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 Elle se transforme ensuite en un vaste plateau où alternent pâturages, céréales et vergers. Qu’ils soient en pleine maturité, près des villages, ou jeunes plantains dans la plaine, tous les arbres ont le tronc blanchi à la chaux. Région fertile où nous percevons à l’est, les premiers contreforts montagneux, il nous faut y faire attention aux nombreux troupeaux de moutons bruns qui envahissent la route. De même, en ville, les carrioles des gitans qui récupèrent les déchets constituent des obstacles inattendus, surtout lorsque l’âne, épuisé, s’effondre au milieu du trafic et refuse de se relever.

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Pause  près d’un monument aux morts  pompeux avec ses vitraux à la gloire des soldats tombés pour la patrie, aujourd’hui très négligé ; l’étoile soviétique qui en couronnait la flèche a été démontée, ne subsiste que le croissant islamique. En escaladant le tumulus, nous  assisterons à la cueillette des coquelicots, qui sera suivie de la séance de pose devenue une habitude lors de tout contact avec les habitants. Nous n’avons jamais été autant photographiés !

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N 38° 51.007’  E 65° 46.950’ 

 Après G’uzor, la route remonte plein nord et longe, dans le lointain, la ligne de crêtes. Halte à Shakhrjsyabz (Chakhrisabz) ville natale de l’Emir Timour (Tamerlan, nom jamais utilisé ici car il signifie Timour le boiteux)

 Nous atteindrons avec difficulté le point de bivouac prévu, la  zone étant un vaste chantier. On a manifestement entrepris d’y  réaliser un grandiose parc mettant en valeur les vestiges du palais Ak Saraï (Palais blanc) qu’y fit bâtir  Timour pendant 24 ans, à la fin du XIV° siècle.

Que veut-on faire de Timour dans l’histoire officielle de l’Ouzbekistan, lui qui reste en Occident comme l’un des  symboles, après Attila et Gengis Khan, du conquérant sanguinaire ? Il soumit toute l’Asie centrale, de l’Ukraine à l’Iran, du nord de l’Inde à l’ouest de la Chine et sous ses 35 ans de règne, 1 million de personnes auraient péri.

Ne subsistent aujourd’hui de ce palais que les portes monumentales, décorées de majoliques bleues, une mosquée et un mausolée, mais une partie de l’enceinte ainsi que l’emplacement du centre de l’édifice, symbolisé par une gigantesque statue du conquérant, en laissent imaginer les dimensions hors normes. C’est bien le Versailles Ouzbèk.

Bivouac en bordure du parc.

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N 39° 04’ 392    E 66° 49’ 114  Altitude 624m

Km 305 Total 7994 

Dimanche 19 Jour 33     Shakhrjsyabz – Samarcande 

84 km et le col de Takhtakaracha, 1700 m d’altitude, nous séparent de Samarcande. L’état de la route, la raideur de la pente, avec de nombreux passages à 12%, puis la traversée de la vieille ville (les GPS ignorent les périphériques qui nous auraient conduits directement aux avenues pénétrantes) expliquent les 3h30 qu’il nous faudra pour les franchir.

Direction le parking de l’université, situé derrière l’hôtel Afrasiab , aujourd’hui rebaptisé « Kuk Sarai» où nous avons rendez vous avec notre huide. C’est à  500m du Registan, cœur de la ville, endroit idéal pour la découvrir. Petit reconnaissance tranquille du centre ville l’après midi. En première impression, c’est bien la plus belle ville de la route de la soie.

Plusieurs visites de voitures de police sur le parking, les agents se montrent serviables et curieux de notre périple. L’un d’eux nous fait comprendre qu’il est en charge de surveiller la zone et qu’on pourra dormir tranquilles… Puis petit rituel de remplissage des réservoirs au jerrycan, notre guide nous a trouvé un fournisseur à 3700 soum/l.

Estimant l’avoir mérité, nous nous offrons un petit apéro du pays : Une terrine de la ferme de la Garriguette, accompagnée d’un rosé Ventaillac bien frais. Il faut savoir faire une pause….. 

Km 84  Total  8078 

Lundi 20 J34    Mardi 21 J35    Mercredi 22 J37  Samarkand 

Les panneaux accueillant les visiteurs nous donnent la réponse : Emir Timour est bien le héros national, le père de  l’Ouzbékistan, et Samarkand sa ville. Il l’a façonnée pour magnifier son règne et tous les  édifices, medersas, moquées, mausolées, construits entre 1370 et la fin du siècle suivant y sont le fruit de ses décisions ou de celles de ses descendants en sa mémoire.

Le plus marquant est naturellement le Registan, ensemble magistral de trois medersas encadrant une place où se tenait autrefois un important bazar, (ce qui donnera l’occasion de réaliser notre première photo panoramique grâce à « Windows live »),

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A ne pas manquer également la mosquée de Bibi Khanoum, femme chinoise de Timour, le mausolée du Gour Emir où il repose avec deux de ses fils et deux de ses petits fils et la nécropole Chah-i-Zinda, vaste ensemble d’une trentaine de mausolées qui abritent les tombes de ses proches.

Tous ces sites, dont certains sont somptueusement décorés intérieurement de mosaïques ou de majoliques à dominante bleue, sont concentrés dans un périmètre où les avenues piétonnières, les jets d’eau, les  parterres de gazon fleuris  rendent la promenade très agréable.

Question subsidiaire et prosaïque, pourquoi les jardiniers sont ils tous des hommes alors que le nettoyage et l’entretien des routes n’est assuré que par des femmes, toutes portant des foulards enveloppants et des gilets orange ?

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Le nouveau petit musée, qui jouxte l’observatoire d’Ulug Beg, petit fils de Timour, mérite la visite. Ne subsiste de l’observatoire, bâtit sur la colline la plus haute de la ville, que le support du gigantesque sextant qui en constituait l’instrument principal.

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Cependant le musée éclaire, grâce à de nombreux documents d’époque et de superbes miniatures, le rôle éminent que joua ce monarque dans les sciences de son temps : Astronome, il était l’égal d’un Haley ou d’un Tsycho Brahé et ses tables de déclinaisons furent éditées dans toute l’Europe au XVII°, il fut aussi philosophe et poète. Il et administra  l’empire de son grand père pendant un règne de 40 ans, guerroyant de temps en temps aux frontières mais, sans doute plus attiré par les sciences que part la politique, il suscita la vindicte des religieux et finit assassiné sur l’ordre de son fils, alors qu’il entamait un pèlerinage vers la Mecque 

Dans ces sites historiques ou redevenus religieux, nous sommes toujours frappés par le nombre de visiteurs ouzbek. Les anciens portent la coiffe carrée noire caractéristique des régions d’origine turkmène, et les ainées des vêtements brodés de motifs de couleurs vives. Pour elles, le foulard est de rigueur. C’est aussi souvent le cas pour de plus jeunes qui les accompagnent, ce que nous n’avions pas noté plus au nord, dans les régions à dominante Tadjike.

Au-delà de la coiffe, impossible cependant pour nous, et nous le regrettons, de distinguer sur leur physique ou leur costume un Kazakh d’un Ouzbek, un tadjik d’un Turkmène, un Kirghize d’un Pachtoune. Ce pays a subi tant d’invasions et de brassages qu’on ne peut, dans une ville moderne de cette taille, espérer retrouver des communautés qui auraient conservé les costumes traditionnels. Cela sera peut être différent quand nous nous enfoncerons dans les montagnes du Tai Shan.

Nous retiendrons cependant à quel point cette histoire bouleversée a impacté l’identité même des populations : Boukhara parle perse, Samarkand Turkmène. L’écriture a été persane, ensuite arabe, puis cyrillique, elle est, depuis l’indépendance en 1991, latine.

Dans les cimetières, les stèles de style soviétique, caractères cyrilliques et photos des défunts médaillés, voisinent avec les coupoles des mausolées musulmans.

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Les Ouzbèk ont bien du mérite à cultiver un sentiment national, il est compréhensible que Timour les y aide… 

Nous finirons la journée par le bazar. Outre les fruits secs, les fruits et légumes locaux ou importés, on y trouve des pains ronds, conservés chauds dans des couvertures, à l’aide de brouettes ou de voitures d’enfant.

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 Nous y achèterons des raisins secs à un vieillard que cela comblera de plaisir. Il tiendra, pour nous remercier, à jouer avec nous à « Je te tiens par la barbichette », barbichette qu’il a fort bien taillée. Agnès est passée la première, ça l’a un peu perturbée et nous ignorons toujours le sens de cette petite cérémonie.

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Nous transférons nos véhicules vers la cour de l’hôtel « Kuk Serai». Les tarifs augmentent, 50 000 soum par véhicule et par nuit. 

N 39° 39.1422’  E 66° 58.0824’  Altitude 730m

 

 Jeudi 23 avril Jour 38     Samarkand 

Quartier libre, alors encore quelques unes, pour la route…

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Avant quitter Samarkand, n’oublions pas la rubrique culinaire: Les deux piliers de l’alimentation sont le plov, et les tchaklik.

Le plov, cousin local du riz pilaf, est un délicieux riz au gras (bien gras, ½ l d’huile par kg de riz) dans lequel sont cuites des lanières de légumes variés, carottes, poivrons, agrémenté de raisins secs et garni, parcimonieusement, de viande de mouton. La coriandre souligne le tout.

Les tchaklik sont des brochettes. Nous privilégierons les brochettes de poulet, de qualité très inégale suivant les restaurants,  éviterons les boulettes de viande hachée et fuirons celles constituées exclusivement de morceaux de graisse de mouton. Difficile de commenter, aucun de nous n’a tenté l’expérience.

On trouve aussi dans les bazars des stands où la 3° génération de coréens déportés sous Staline s’est fait une spécialité de productions de salades de chou, de carottes et de légumes conservés au vinaigre. Très rafraichissant!

Et pour répondre à l’angoissante question Nespresso : Notre précédente cafetière fonctionnait sans problème sur l’onduleur 220V. Nous en avons installé une neuve, plus compacte, fixée à une cloison du coin cuisine, un vrai perco de bar !    Testée sur le secteur avant le départ, tout baignait mais, à la première mise en service sur l’onduleur, impossible de la faire fonctionner, sans doute un réglage différent de capteur.   Et Georges Clooney est aux abonnés absents…..

Nous avions 900 capsules dans la soute…Agnès a trouvé la solution : On décapsule, on utilise un tamis à thé sur lequel on verse l’eau bouillante, et on sirote du café turc au lieu de l’expresso napolitain. Et en plus, c’est couleur locale… 

Vendredi 24 avril Jour 39 Samarkand Tashkent 

Petit débat avec le réceptionniste de l’hôtel qui veut nous imposer une taxe au-delà du tarif convenu, réglé par un coup de fil à sa responsable. Quelques aller retour dans la ville pour trouver la bonne direction et nous quittons Samarkand à l’heure où les jardiniers lancent les arrosages des pelouses, où les petits retardataires en uniforme courent vers l’école, le cartable tressautant au bas du dos, et où les chauffeurs de car donnent le dernier coup de chiffon sur leurs chromes avant de charger leur plein de touristes. Quant aux nôtres, du moins pour ceux qui en ont, difficile de les distinguer tant nos véhicules sont maculés.

Une route à 4 voies, de moyenne à bonne, dans une région de grandes cultures, avec une forte activité sur les bas côtés,  contourne le saillant du Kazaksthan. Par la voie la plus directe, il faudrait traverser deux frontières pour rejoindre Tachkent ! Staline, encore lui, a fait très fort dans son découpage de frontières, pour exacerber les dissensions nationales.

Long parcours ensuite pour atteindre le centre ville via de larges avenues, à travers des quartiers en pleine rénovation. Circulation très dense et trajet qui se termine par un jeu de piste, l’avenue devant nous mener au parking prévu étant barrée par un cordon de police.

Sur place enfin, des policiers nous recommandent de choisir plutôt un parking voisin : « better security.. ». Nous comprendrons pourquoi plus tard : Il jouxte le bazar des bijoutiers… Nous y passerons deux nuits, la 3° sera dans le parking de l’hôtel Uzbekiston, enregistrement OVIR oblige…

N 41° 19.094’ E 69°16.944’

Km 334    Total 8412 

Samedi 25 avril Jour 40   Dimanche 26 avril Jour 41    Tashkent 

Ville russe….

Larges avenues, immenses esplanades, barres type HLM, hôtels 5 étoiles proches du cœur administratif, la Place de l’Indépendance, qui serait, avec ses 12ha, la plus grande place du monde. Plus un parc qu’une place d’ailleurs, qui entoure le parlement, le sénat et les ministères.

Métro aux longues stations emmarbrées, interdites de photos car elles doivent servir d’abri en cas de conflit nucléaire.

Visite sous un soleil de plomb, il fait près de 40°. Seuls dignes d’intérêt, le monument aux morts de la  « Guerre contre le fascisme » où sont gravés sur des plaques de cuivre le nom de tous ceux qui ne sont pas revenus, et la statue de la mère triste (la mère du soldat inconnu..) au pied de laquelle une flamme ne s’éteint jamais. Cette statue, qui avait un visage slave à l’époque soviétique, a été remplacée par un nouveau bronze qui arbore aujourd’hui des traits ouzbèks. De même, la statue de Lénine qui trônait au centre de l’esplanade a fait place à un globe terrestre mettant en valeur la carte du pays. A ses pieds, la statue de la mère heureuse, un nouveau né dans les bras.

Non loin, une statue équestre de Timour, toujours présent.

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 La ville ouzbèke se caractérise par des habitations beaucoup plus basses, encore en pisé , à l’exception du  marché Chorzu  aux nombreux pavillons, avec au centre une gigantesque coupole en dentelle de béton abritant des centaines de stands fréquentés, grâce à la station de métro du même nom, par toute la ville. Les prix y sont plus intéressants que ceux du marché dit « russe » qui voisine notre parking, dans la ville moderne.

Visite ce dimanche du joli musée des arts décoratifs, dans le quartier des ambassades. Il  occupe l’ancienne résidence d’un diplomate tsariste, Alexander Polotsev, et rassemble tapisseries et céramiques contemporaines, d’inspiration traditionnelle.

Orage cette nuit et pluie continue depuis, la température a chuté de 35° hier en fin de journée à 10° aujourd’hui. Ce pays ne connait pas les nuances!

Demain départ vers la vallée de Fergana, via le col de Kamchick.

 

 

 

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Quelques photos de Tashkent avant de reprendre la route.

 

Lundi 27 avril   Jour 42  Tachkent – Kokand 

La vallée de Fergana, en réalité une très vaste plaine encadrée par les massifs du Fergana au nord, du  Tian Shan  au sud est et du Pamir Alai au sud, est une pointe de flèche plantée par Staline dans le Kirghizstan. On y accède par la hampe de la flèche en remontant la vallée de l’Angren puis en franchissant le col de Kamchick.

Notre trajet  longe la rivière dans cette vallée encaissée, où on a malgré tout trouvé l’espace pour construire une 2×2 voies et une voie ferrée, puis s’élève vers le col, à 2272m. Dès le premier contrôle passé, on aperçoit les premiers sommets enneigés.

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Fort trafic et longue, très longue montée à 12% où il est impossible de relancer sur les faux plats en raison de l’état de la route et des nombreux camions citerne oranges transportant, en convoi, des produits chimiques destinés sans doute aux nombreuses industries extractives de la région (charbon, or, uranium).

 Le franchissement du col se fait par deux tunnels qui le rendent plus facile, la vision de l’ancienne route qui serpente sur le piton voisin laisse imaginer que ce devait être un vrai bonheur…

A l’entrée des tunnels, on gagne sa place à la régulière, comme à la descente des ferries à Tunis : C’est le plus gros qui passe ! Ensuite on fait ce qu’on peut, en doublant à droite si nécessaire.

Tunnels sévèrement protégé par l’armée : Ils constituent un verrou stratégique qui contrôle l’accès à la vallée, agitée il y a une dizaine d’années par des poussées de fièvre islamique.

Cette région, qui ne représente que 5% de la surface de l’Ouzbékistan, rassemble un tiers de sa population. Nous y traverserons en effet, après une longue descente, une succession ininterrompue de villages bordant les champs de coton qui viennent d’être ensemencés.

Nuit à Kokand, dans un petit parc après une promenade dans la ville où malheureusement le palais du Kahn est fermé, vu l’heure, et où nous nous contenterons de la medersa Narbutabey.

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Le gardien d’un chantier voisin nous y offrira thé, galette et biscuits. 

244km   Total 8656  

Mardi 28 avril   Jour 43   Kokand Andijon 

Etape touristique avec visites d’ateliers de céramiques à Rishtan et de la fabrique de soieries Yodgorlik à Margilan        ( N 40° 28.518’ E 71° 42.995’) On y pratique le traitement des cocons, le filage, la teinture puis le tissage, traditionnel ou mécanique, et la fabrication de tapis. L’activité semble malheureusement en déclin, moins de 10% des métiers mécaniques étant en production, et un grand nombre hors d’état.

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Bivouac à Andijon où nous nous faisons expulser du parking de l’aéroport après une longue négociation, puis détourner lors de notre tentative d’aller vers le stade de la ville. Courtoisement mais fermement, les policiers  nous invitent à nous diriger vers la frontière, à une trentaine de km.

Pas de parking acceptable sur les premiers kilomètres et nous faisons demi-tour. A ce 2° essai les policiers se laissent fléchir et nous accédons, à la nuit, à un parking situé au milieu d’installations sportives. Passage signalé car, dans la minute, arrivée de la police, enregistrement des passeports, et une voiture veillera sur place toute la nuit. 

N 40° 44.840’   E 72°21.120’

Km 174    Total 8830 

Mercredi 29 avril Jour 44   Andijon - Osh 

Matinée cool avec courses dans l’agréable bazar pour y dépenser nos derniers soums. Nous y trouverons même de la charcuterie préparée par un couple de russes, qui s’empressèrent de nous faire goûter leur production, les clients devant être rares dans le secteur.

Départ à 13h escortés par la voiture de police, sirène hululant, qui bloque les ronds points et les feux rouges pour nous donner le passage, grands signes pour les remercier de leur sollicitude et nous gagnons la frontière par une route souvent coupée de chantiers. Longue attente, formalités ouzbèkes fastidieuses, avec scan des véhicules grâce à un monstrueux camion allemand flambant neuf. Un des douaniers connait les noms des joueurs du PSG, moi pas !

Bien plus rapide côté kirghize où nous n’avons pas besoin de visa, pour un séjour inférieur à 15 jours. Ce qui ne gâche rien, la policière est charmante.

Le tout prendra cependant 3 heures.

Bivouac immédiatement après la frontière.

N 40° 34.181’   E 72° 45.847’

Altitude 925m

47km total 8877 

L’ Ouzbékistan nous laissera le souvenir d’un pays aux habitants extrêmement chaleureux et accueillants, avides de contacts, curieux des étrangers. Nous n’aurons jamais été autant filmés ou photographiés, mêlés à tous ces groupes ou familles que nous auront croisés.

Un merci particulier aux 4 guides de l’agence Katia qui nous ont fait découvrir les beautés des étapes Ouzbèkes de la route de la soie, Khiva, Boukhara, Samarkand et Tachkent, ils ont été parfaits, tant par leurs connaissances, leur pratique du français et leur esprit du service, indispensable pour nous faciliter la résolution des petits soucis logistiques qui sont le lot de ce type de périple. Leurs journées ont été longues ! 

Pour info pour les futurs voyageurs, la prestation de 10 jours de guides a coûté 400 €, soit 80€ par véhicule. 

 

Jeudi 30 avril jour 45  Frontière Ouzbekistan/ Kirghistan – Osh 

Nous avions l’intention de nous installer dans le parking de l’hôtel Osh, mais celui-ci est bondé. On nous y orientera cependant sur l’immeuble du Croissant rouge, en face, qui dispose d’un parking clos et sécurisé. Rencontre du jeune Deputy Manager, qui parle un américain parfait, puis de la Directrice, qui accepte de nous accueillir au prix de 500 som par nuit et véhicule (~8 €), payables d’avance. Change à la banque voisine, et nous nous installons, selon le rituel habituel : branchement électrique, repérage des robinets d’eau, des toilettes et points de vidange, code wifi au bar de l’hôtel en face.

Nous resterons 5 jours à Osh, notre visa Ouzbèke ayant été limité au 30 avril et l’entrée en Chine prévue le 7 mai. 

N 40° 31.277’  E 72° 48.045’

Altitude 990 m

10km  total 8887

  Vendredi 1° mai au lundi 4 mai –  jours 46 à 49     Osh 

Le Kirghizstan est un pays de montagne, 40% de sa superficie dépasse 3000 m, dont les ¾ en permanence sous neige et glaciers. C’est aussi un pays sans ressources, la production industrielle s’étant effondrée des 2/3 à la suite de l’indépendance en 1991, qui doit gérer des infrastructures insuffisantes et des problèmes de communication insurmontables. Le gouvernement mise sur un tourisme sportif et écologique pour faire rentrer des devises, en s’appuyant sur son formidable potentiel de montagnes, mais le pays reste encore bien isolé.

L’économie se rétablit  lentement, même si tout montre, à Osh, la 2° ville du pays, les difficultés du quotidien. Ajouté à la lourdeur de l’urbanisme soviétique, le délabrement des bâtiments, la vétusté des équipements, (les parcs d’attractions  font penser à ces mini golfs de stations balnéaires passées de mode, où les couches de peintures vives cherchent à masquer l’abandon ) et l’entretien déficient des chaussées en font, il faut l’admettre, une ville très laide.

L’intensité du trafic automobile doit cependant laisser espérer un dynamisme retrouvé. 

Osh est dominée par un piton, le trône de Salomon, lieu de pèlerinage musulman car le prophète Mahomet y aurait prié, dont l’ascension permet de découvrir un panorama sur la ville, et la chaine du Pamir Alai, plein sud. Mais lequel est le pic Lénine ?

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A la descente, surprise de voir des femmes en pèlerinage pratiquant le toboggan sur une dalle inclinée. Est-ce le frottement des vertèbres qui y a creusé un sillon, où la forme du rocher qui a suscité cette coutume ? Par signes, on nous indiquera que c’est bon pour la santé. J’essaierai donc, et j’apprends alors qu’il faut le faire 3 fois ! Comme mes initiatrices, je le ferai sur le dos, sur le ventre, mais pas la tête en bas, pas fou !!

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Après ça, un petit réconfort, le bière est fraiche et les spaghetti al’dente.. 

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Un des hauts lieux  se situe au bazar de Jayma, dont on dit que c’est un des plus fabuleux d’Asie centrale. Découvert un jour de pluie, notre impression est plus mitigée, même si il rassemble dans le même lieu légumes de saison, fruits secs, galettes, fleurs et plants, étals de bouchers, gargottes diverses, vendeurs de souvenirs, de vêtements et coiffes traditionnelles ( le standard pour les hommes étant une espèce de haut de forme en feutre blanc, brodé de noir), smartphones et gadgets électroniques. On y a même trouvé une salle de billard !

Les échoppes y sont constituées de centaines de containers maritimes découpés en 2 ou 3 tronçons. L’investisseur qui aurait placé son argent dans des containers en espérant un retour rapide aurait des hauts le cœur en visitant cet endroit !

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Mais le Kirghizstan, c’est d’abord la montagne et une rapide négo (2500 som pour 4, soit 40€) nous permettra une ballade de la journée en taxi vers Papan, à une cinquantaine de km d’Osh, où nous pourrons crapahuter (un peu..) et pique niquer au bord du lac. La région est belle en cette saison, le ciel s’est dégagé, et les poulinières sont en liberté dans des pâturages où les clôtures sont rares.

 

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Et si certains viennent après nous, le téléphone de Maks, notre chauffeur, qui parle anglais, est le 07 73 53 57 23.

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Dernier jour à Osh, en ce 70° anniversaire de la fin de la seconde guerre, nous assisterons face à la statue de Lénine qui, ici, n’a pas été jetée à bas mais simplement déplacée, à une étrange cérémonie : Un troupe de (vrais) soldats, armée de (faux) fusils simule des épisodes de la guerre. Des ados, portant au bout de perches des maquettes d’avions, croix gammées et étoiles rouges, représentent les combats aériens.

Pas grand succès, la place est vide. 

Départ demain pour Sary Tash puis mercredi pour la frontière. Prochaine connexion internet : Kaschgar, en Chine, point de convergence des itinéraires nord et sud de la route de la Soie.

Nous vous envoyons cet article de Chine, où nous venons de constater que Google était bloqué par les autorités. L’adresse de messagerie gmail indiquée précédemment est donc invalide. Merci de nous contacter grâce à la partie commentaires de ce blog.  Encore mille merci pour vos messages qui nous font un immense plaisir et maintiennent le lien avec vous tous, Malheureusement nous ne pouvons répondre à chacun, nous le ferons de vive voix à notre retour.

Agnès et Patrice

Mardi 5 mai   Jour 50    Osh  -  Sary Tash 

Départ assez tôt, les conditions météo sont très changeantes et nous ne souhaitons pas être pris par la pluie ou la neige dans le col. Très bonne surprise, la route est excellente, le trafic réduit et il faut seulement se méfier des troupeaux qui se rendent aux pâturages.

Longue montée régulière, facile, dans de belles gorges où dévalent des torrents grossis par les récentes pluies, puis ça se corse sur les 30 derniers km lorsqu’on quitte la vallée pour attaquer la montée du col de de Taldyck . Nous rencontrons les premières neiges sur les bas côtés, le camion grimpe régulièrement la pente sévère et nous atteindrons le sommet à 3615 m plus aisément que nous ne le redoutions.

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Passage du col, descente brutale, pied gauche calé sur le frein d’échappement, qui nous fait perdre 800 m d’altitude et on attaque immédiatement un 2° col, dont l’altitude n’est pas indiquée sur les cartes. C’est un gentil celui là, le panneau indique « 40 let Kirghistan 3550m ».

Nouvelle descente qui nous conduit directement à Sary Tash. Ce petit bourg, habité essentiellement par des éleveurs, est situé à l’intersection de la routes menant au Tadjikistan, au sud, une fois franchie la chaine du Pamir, avec l’A 972 menant en Chine, plein est.

Nous nous installons au point de bivouac qu’avaient utilisé Joel et Josette Braillard il y a 2 ans, leurs photos nous avaient fait rêver : Devant nous, la  face nord enneigée de la chaine du Pamir Alai , derrière la face sud, déjà verdissante, du massif que nous venons de traverser.Entre ces lignes parallèles, un plateau de quelques kms de large, sillonné de rivières coulant Ouest Est, que longe l’une des plus belle routes du monde, quasiment sans virages sur près de 80km, zone de pâtures pour les troupeaux qui constituent la richesse du pays.

 

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Bivouac malheureusement perturbé vers 21h par l’arrivée de la police qui nous invite à nous installer dans le village, face à leurs locaux, l’endroit serait mal famé. Difficile de contester et nous les suivons donc, vers un bivouac nettement moins romantique.

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 N 39° 42’ 45.1’’   E 73° 16’ 05.7’’

 Alt 3156 m

200 km Total 9100 

Mercredi 6 mai  Jour 51   Sary Tash  Nura 

Journée peu chargée, nous en profitons pour rejoindre Sary Moghol, plein ouest, d’où la vue sur le pic Lénine (7162m) serait exceptionnelle. Trop nuageux hélas pour en voir le sommet, mais les troupeaux de yacks, eux, se prêtent à la photo, les plus jeunes nous feront même quelques cabrioles.

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Demi tour ensuite direction est, après déjeuner, pour rejoindre la frontière en longeant le plateau.

Les deux massifs se rapprochent, le plateau se rétrécit et la route commence à serpenter dans une vallée enneigée. Nous finirons l’ascension du col, à 3790 m, en évitant les congères, sur une route qui reste très belle et fréquentée exclusivement par des poids lourds, chargés de charbon où de bétail. 

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De nouveau des descentes très brutales, des raidillons sympathiques, un poste de contrôle flegmatique et arrivée sur Nura, village frontière sans âme, constitué de préfabriqués depuis sa reconstruction après sinistre.

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On nous intime de faire demi tour car il est trop tard pour passer en Chine (ce que nous ne souhaitions pas, notre guide ne nous attend que demain et il est interdit de séjourner dans la zone frontière.

Nous rebroussons chemin pour nous installer à 7km près du poste de contrôle. Ils aimeraient bien nous voir aller encore plus loin, mais nous restons fermes et nous installon dans un terrain vague, à proximité. 

N 39° 39’ 81’’  E 73° 48’ 834’’

79 km  Total 9179

Alt 2987 m