Lundi 17 septembre. Jour 7 :   Florianopolis / Bara Velha

Tout d’abord un mea culpa et des félicitations. Les animaux vautrés en bord de canaux au nord de Chuy sont bien  des capybaras, plus gros rongeurs au monde, pouvant atteindre 80kg et dont l’espèce est en voie de disparition, et non des loutres. Bravo à Christine et Daniel pour leurs qualités d’observation, on leur garde un badge du WWF.

Confirmation : la ville de Florianopolis est immense et il nous faudra patienter afin que le flux des véhicules se dirigeant vers le centre, en ce lundi matin, se soit un peu tari, avant de pouvoir gagner le centre historique aux rues étroites. Nous cherchons à nous garer près de la place XV de Novembro Quand nous y parvenons, nous sommes abordés par un passant attiré par le petit pavillon français placardé sur l’arrière de la cellule. Il s’agit du Consul honoraire de France à Florianopolis qui nous y souhaite la bienvenue, puis nous quitte après un bref échange. En descendant la rue, quelques pas plus bas, nous remarquerons un joli immeuble en camaïeu de bleus abritant les locaux de l’Alliance française et du Consulat honoraire. Le rencontre n’était pas complètement fortuite..

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Au coin de la place, un parking, dont l’architecte a eu la belle idée de vitrer la façade afin que s’y reflète la cathédrale, qui possède le plus beau carillon de toute l’Amérique Latine (7 cloches, ça reste mesuré..)

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Cathédrale à la fraiche simplicité, bien loin des ors légués en terre hispanique.

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Sur le même angle, le rose pâtissier du « Palacio Rosada », officiellement « Casa Cruz e Souza » nouvellement rénovée. Elle abrite le « Museu Historico de Santa Catarina », malheureusement fermé le lundi.

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Le Mercado Municipal, loge sur une travée des marchands de souvenirs, et dans l’autre des commerces de bouche, essentiellement des poissonniers, qui proposent tous les mêmes produits. Les amas de crevettes crues décortiquées, sont loin d’ouvrir l’appétit et nous ne nous attarderons pas.

Ce joli ensemble, témoignage de l’histoire coloniale, nous décevra un peu, mais son patio, autrefois en plein air et aujourd’hui couvert, est le lieu où l’on peut apprécier la cuisine locale aux terrasses des restaurants qui emplissent ce vaste espace. Il nous servira d’abri le temps d’une bière, accompagnée de « bolhinos de bacalhau », jusqu’à ce que la pluie se soit un peu calmée.

Direction le sud de l’ile. Le trafic est dense et nous évitons la « route gastronomique »  pour rechercher les simples restos de pêcheurs. Peu d’entre eux étant ouverts en cette avant saison, nous continuons donc jusqu’à l’extrême sud pour s’échouer à l’ARANTE, au bord de plage de Pantanao do Sul.  L’établissement ne paye pas de mine mais nous y découvrirons une institution de la cuisine îlienne : fondé dans les années 60, il était devenu le passage obligé des étudiants et des routards qui y laissaient des billets pour se donner des nouvelles ou se fixer des rendez-vous. Conservés, tapissant murs et fenêtres ou suspendus au plafond, il y en aurait plus de 70 000…

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Cachaça et café sucré en accès libre, les huitres espérées ne seront pas au menu, mais un monstrueux plat de moules au poivron les remplacera, il y en a pour 6…

Gros bouchon en fin de journée pour quitter Santa Catarina, on se croirait sur le périf à 18h…

Nous nous engageons sur la BR 101 vers le nord, qui longe encore un peu la côte. Bivouac en bord de plage dans la petite station balnéaire de Bara Velha, ce sera notre dernière vue sur la mer avant le pacifique.

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S 26° 38’ 10.1’’     W 48° 40’ 57.5’’

Km 184 Total 1708

Mardi 18 septembre. Jour 8 :   Bara Velha / Recanto dos Papagayos

Parcours longuet remontant la zone côtière, très urbanisée, chaque vallée de cette région de collines abruptes abrite une agglomération et le standard brésilien des autoroutes est bien éloigné de celui en vigueur en Europe. On y rencontre tout type de véhicules, et les croisements ne sont pas rares, notamment dans les traversées urbaines. Les radars sont innombrables, comme les « lomos », ces dispositifs ralentisseurs qui vous envoient au plafond si vous les abordez trop vite. Vu leur nombre, nous devenons très vites « lomophobes ».

La route s’écarte de la côte et nous attaquons la montée vers Curitiba, perchée sur un plateau à 900m. Dans cette longue montée en courbes paresseuses, des camions, des camions, des camions..

Brève halte à Curitiba, grande ville au centre aéré avec un joli quartier étudiant dans le centre historique, de belles rues piétonnes, mais sans cachet, un musée ethnologique flambant neuf et une cathédrale d’une grande simplicité, comme celle de Florianopolis.

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Les rondes de police nous amusent par la posture des agents, mains dans le dos et marche au pas, lent, il ne faut quand même pas pousser !

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Direction ouest maintenant, nous empruntons un bout de BR 277 pour aller chercher une zone de pique-nique, déserte en cette saison, et dénichée par Agnès grâce à « Ioverlander ». La nuit sera d’un calme absolu.

S 25.465289°     W 49.76829°

Km 254 Total 1962

Mercredi 19 septembre. Jour 9. Recanto dos papagayos / Arapoti

Le parc naturel que nous souhaitions visiter est fermé. Nous entrons dans Ponta Grossa pour une halte logistique, courses et retrait de cash, le tout dans une galerie marchande, avant de poursuivre la route sur le plateau. Vallonné, à une altitude de 900/1000 m, il est dédié aux grandes cultures céréalières et à l’élevage. Les bovins sont d’une espèce déjà rencontrée en Uruguay : efflanqués et à la robe claire, de grise à blanche, ils arborent une bosse sur le garrot qui fait penser à des zébus.

Un orage se déchaine vers 16h, nous imposant, avant Arapoti, un arrêt en bord de route. Nous bivouaquerons ensuite à la 1° station-service.

S 24° 08’ 24.1’’  W 49° 49’ 57.7’’

Km 208 Total 2170

Jeudi 20 septembre. Jour 10 . Arapoti / Presidente Wenceslau

La route vers le nord porte un joli nom : « Rodovia Gobernador Parigot de Souza », jusqu’aux environs d’Ourinhos où elle deviendra la « Transbresiliana » (François, on se calme, on n’est pas au bois de Boulogne), ou, plus prosaïquement, la BR 153.

A une altitude d’environ 900m, le plateau est vallonné, verdoyant avec quelques parcelles de caféiers puis l’immensité des champs de canne à sucre. Nous remarquons que les parcelles de canne sont à des degrés divers de maturité, du semis aux plantes atteignant deux mètres de haut, avec tous les stades intermédiaires. On imagine que, le climat le permettant, les plantations ont été effectuées décalées afin d’étaler la « zafra » dans le temps et faciliter le travail en sucrerie.

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La récolte du coton, elle, est terminée, et on n’a pas, ici, la détestable habitude de brûler sur place les plants, comme nous l’avions constaté, larmoyants dans les nuages de fumée, en Andalousie.

Les balles sont en attente dans les champs, ou stockées devant les magasins.

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Temps doux, à deux jours du printemps, 15/18°, et la pluie s’est arrêtée. On avance…

Bivouac au calme, sur le parking d’une station Aldo.

S 22° 13’ 29.0’’   W 54° 46’ 50.2’’

Km 413 Total 2583

Vendredi 21 septembre. Jour 11. Presidente Wenceslau / Sao Gabriel del Oeste

Beau temps dès le matin, nous partons tôt pour une longue étape vers le « Mato Grosso do Sul ». Contournement d’Ourinhos, puis Nord-Ouest par la BR 270, belle autoroute parfois un peu défoncée par les camions mais dont les abords sont remarquablement entretenus. A propos des camions, ils sont des milliers à sillonner ces grandes artères, bien plus nombreux que les véhicules légers, et souvent imposants : Les doubles remorques sont fréquentes, certaines atteignent trente mètres de longueur, ça ne les empêche pas de foncer et de doubler dans des zones où, en théorie, c’est interdit.

Aux péages, les employés sont souriants, parfois curieux : nous entamerons même une discussion sur la France, les voyages et le Brésil, jusqu’à ce que les klaxons des suivants nous fassent démarrer…Il y en a qui bossent!

Les stations-service sont nombreuses, vastes, et bondées de camions qui y trouvent ravitaillement, sanitaires, wi-fi, mais aussi ateliers de mécanique ou de pneumatiques. Les cafeterias joliment appelées « Lanchonete » permettent le choix de menus, ou d’un buffet libre, pour lequel l’assiette est pesée pour en déterminer le prix. Un coup d’œil sur les choix de nos voisins de table nous montrera une certaine conformité dans le régime alimentaire : le riz arrosé de haricots, recouvert d’un œuf au plat, semble la base commune, la variabilité étant apportée par la viande choisie, steacks , saucisses ou poulet. Le tout en quantités généreuses pour un prix à faire rêver en Europe (exemple de ce jour, deux plats et deux bières pour 9,5€..) Et le tout avec le sourire.

Nous dépassons Presidente Prudente. On notera, au passage, que de nombreuses villes portent un nom de président (de la République ? cela en ferait beaucoup, sans doute aussi d’autres institutions). C’est vraisemblablement d û au fait que la décolonisation brésilienne a été beaucoup moins violente que celle de ses voisins. Ici pas de ces libérateurs, Bolivar, San Martin ou O’Higgins dont nous avions vu les statues orner les places des anciennes colonies espagnoles, ni de ces généraux ou colonels, héros des guerres d’indépendance, qui ont légué leurs noms à de nombreuses bourgades.

Cela s’est fait beaucoup plus simplement : lorsque, en 1807, les troupes de Napoléon marchèrent sur Lisbonne, le prince régent, futur Dom Joao VI, transféra le gouvernement portugais à Rio  de Janeiro et en fit la capitale du Portugal et du Brésil unifiés. L’envahisseur, mis au chaud à St Hélène, le régent devenu roi put revenir à Lisbonne en 1826 en laissant son fils Pedro gouverner le Brésil. Quand  le parlement portugais tenta de rendre au Brésil son statut de colonie, ledit fils dégaina son épée en s’exclamant « Independancia ou morte », s’auto déclara Empereur, et proclama l’indépendance. Impuissant, le Portugal entérina le fait accompli, et négocia une indemnisation…

Nous quittons l’état de Sao Paulo pour passer dans celui du « Mato Grosso do Sul » en franchissant le Rio Parana, large ici de 11 km. Au Brésil, on aime bien voir grand!

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La circulation est plus aisée ensuite, la nationale annoncée sur notre carte étant en fait une belle autoroute, qui traverse une région de grandes cultures où les céréales alternent avec la canne à sucre et l’élevage extensif de bovins. Le temps est toujours au beau et la température atteint 32°, jusqu’à ce qu’un orage, qui nous oblige à nous arrêter un moment, la fasse chuter de 10°.

Notre route s’oriente ensuite vers le nord, nous contournons Campo Grande puis bivouaquons sur un parking de station-service, à Posto San Martin, sous l’enseigne chez « Aldo ».

S 19° 13’ 38.7’’    O 54° 41’ 54.9’’

Km 564 Total 3147

Samedi 22 septembre. Jour 12.  Sao Gabriel del Oeste / Chapas de Guimaroes

Grosse journée de route, nous voulons être ce soir dans le nord Pantanal. Paysage monotone, parfois très plat, sur un plateau dont l’altitude décroit jusqu’à 300m, avant de regrimper ensuite. Nous imaginions passer par la capitale de l’état, Cuiaba, mais à 80km de l’arrivée, un bouchon nous amène à prendre un chemin de traverse. Jackpot, la route est belle, droite, dégagée, et, via Campo Verde, nous conduit directement à notre étape de Chapada dos Guimaraes, petite ville sympa perchée sur le bord du plateau qui domine la vallée du Rio Parana. Cerise sur le gâteau, Agnès nous déniche un amour de petit camping le « Retanto dos passaros » De la place pour trois camping-cars et une vingtaine de tentes et un accueil chaleureux de Jonas et de sa famille. L’alimentation secteur sera la bienvenue, nos batteries de cellule donnent des signes de faiblesse, elles ont mal supporté l’hivernage.

C’est la fête au village, nous en profiterons pour admirer la dextérité des cuisinières versant dans une poêle une louche de poudre de tapioca, qui formera vite, à la chaleur, une crêpe, qu’elles garniront ensuite suivant le choix de l’amateur. Spectaculaire, mais la garniture, choisie au hasard, manquera un peu de caractère. On goutera également du jus de canne, obtenu en en pressant des tronçons avec un appareil fonctionnant selon le principe des essoreuses de nos grand mères. Sucré, on s’y attendait un peu…

S 15,45744°   O 55,74927°

Km 579   Total 3726

 

 

 

5 commentaires pour “2018-09-23 Sud Brésil

  1. Michel Mamie Jocelyne le 24 septembre 2018 à 10 h 31 min a posté:

    Il paraît,Patrice que tu n’aimais pas le tapioca dans ton enfance.. . Peut-être est-ce meilleur maintenant. Nous admirons toujours vos photos.
    On vous embrasse.
    Maman Michel Jo

  2. Michel et Emmanuelle le 24 septembre 2018 à 12 h 32 min a posté:

    Coucou Agnes et patrice !
    Nous reprenons nos lectures passionnantes de vos aventures latinos.
    C’est toujours extra et ça me fait rever dans le metro bonde ( h(!)(ou je suis a l’instant même !.
    Merci pourl’independance du Brésil : interessante anecdote!
    Et merci Agnes qui illustre avantageusement les vues qui seraient peu vide dans elle

  3. Philippe le 24 septembre 2018 à 13 h 50 min a posté:

    Et koukou les baroudeurs, c’est un réel plaisir de vous suivre sur les routes d’Amérique du sud.
    Blog toujours aussi intéressant et bien écrit.
    Et en plus on apprend des choses aussi bien sur l’histoire du Brésil ou un proverbe sur les produits de la mer…
    Bonne route et à bientôt.

  4. Francois le 25 septembre 2018 à 15 h 24 min a posté:

    Une précision bien nécessaire pour la journée du 20, mais sachant qu’il y a aussi le bois de Boulogne à lille pour gros Quinquin de Suza. Passons à d’autres surprises que vous nous révélez : les flics débonnaires rencontrés le 18 septembre , c’est peut être une posture permettant de dégainer plus vite ou d’éviter de se faire agripper par les bras ; les billets pendant du plafond sans tomber dans l’assiette d’Agnès , ça me fait penser que je ne sais plus où j’ai mis les rouleaux de ruban collant attrape mouches. Ce Sidi Belle Agnes, on aura du mal à trouver ce type de restau en France, les contrôles anti incendie étant quelque peu tatillons ; dommage car ça avait l’air d’être bon et sympa.
    Bref on en redemande
    Bises
    Francois

  5. francois groll le 26 septembre 2018 à 18 h 01 min a posté:

    C’est bien de rendre jusice à Napoleon, precurseur de la decolonisation et de l’independance du Bresil, certes à l’insu de son plein gré!

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