Vendredi 12 0ctobre. Jour 32 :   Samaipata

Quand j’avais demandé, hier, au guide que nous avions déniché, si pour accéder au parc Amboro, il y avait une route, il me répondit : oui. En fait de route, ce furent 14km de piste, sérieuse et raide, et un modeste droit de passage perçu par une mémé appartenant à la communauté dont dépendent les terres du parc.

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Notre guide Nicolas, est un quechua féru de botanique qui nous précisera que le parc, situé à 2600m d’altitude, à la jonction de trois régions bien distinctes, l’Amazonie, les Andes et le Chacos, présente un écosystème bien particulier et des plantes caractéristiques de chacune de ces trois régions. Il nous montrera, et fera goûter, nombre de plantes médicinales, dont l’une est recommandée pour soigner les problèmes hépatiques : le boldo. Pour les plus anciens, ça ne vous dit rien ?  « La Boldoflorine, la bonne tisane pour le foie »

Il nous montrera les lichen roses et blancs, marqueurs de la pureté de l’air, les régions polluées n’abritant plus que des lichens verts ou gris.

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Il nous conduira au cœur du parc, dans la forêt de fougères géantes, les » Ellechos », ou Dicksonia, apparues sur terre avant les dinosaures, dont le bouquet de feuilles peut être perché jusqu’à 20m, au sommet du tronc. Tronc qui n’est pas constitué de bois, mais des fines racines de fougère entremêlées.

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Et sachant que les feuilles périssent chaque année, et repoussent à raison de 1cm de hauteur de « tronc » chaque année, calculez l’âge des plus vieilles plantes (un peu d’interactivité, que diable..)

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Par contre, côté faune, c’est pauvret, ou plus discret qu’au Pantanal, ou les deux. Point positif, il n’y a pas de moustiques..

Pas d’oiseau, sauf un colibri furtif, à se mettre sous l’objectif, quand, soudain, Nicolas marque l’arrêt, puis scrute les cimes des arbres : nous avons entendu un pépiement, sur deux tons. Il s’agit d’un quetzal, pas de ceux à ventre rouge, dos vert et longue queue, comme ceux du Guatemala, mais un d’ici, à ventre rouge, dos vert et queue courte. Il nous a bien fallu croire Nicolas, l’oiseau est resté planqué !

Quand même, sur le sentier, une trace de vie, sympa..

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La marche de 4 heures nous ayant vidés, on profitera gentiment l’après-midi des attraits de Samaipata et de son marché. Au passage, petite info : nous sommes à quelques kms de l’endroit où Che Gevara a été capturé et éxécuté, mais nous n’irons pas y faire un pèlerinage, la piste est trop mauvaise.

Bivouac inchangé, sur la place.

Samedi 13 octobre. Jour 33 : Samaipata /Sucre

Journée de route. Des travaux titanesques ont été entrepris pour transformer le ripio en belle route macadamisée. Il ne reste plus qu’une 50 de km à terminer, ce qui nous permet de faire le trajet en une seule étape contre deux prévues.

Arrivée sur Sucre en fin d’après-midi. Après une très longue montée, on débouche sur un chapelet de collines dont le fond de vallées et les lignes de crêtes constituent le site où s’est développée la ville. Dès les abords, où les mécaniciens réparent les camions en bord de route, on comprend que la circulation ne sera pas triste et qu’il vaut mieux avoir un embrayage en bon état !

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Nous atteignons facilement le camping « Alberto et Felicidad ». Il s’agit en fait d’un terrain clos qui ne dépasse pas 250m², où viennent s’imbriquer les véhicules de passage. Il est tout proche du centre, et quasiment le seul sur Sucre.

A notre arrivée nous aurons le plaisir d’y retrouver Okan et Donna, la surprise d’y rencontrer les Krutaszewski, du CCRSM, avec qui nous avions échangé par messagerie avant le départ et de faire la connaissance de 2 couples de français, d’un suisse d’un canadien et d’un anglais qui y ont posé leurs valises. Ambiance camping routards.

L’accueil de Felicidad et Alberto, couple de seniors, est chaleureux, et ils sont pleins de bons conseils : nous souhaitions monter le lendemain à Tacabuco, village dont le marché dominical est réputé. Ils nous recommanderont de laisser notre véhicule à Sucre et de monter en « collectivo ». Ils nous commanderont même un taxi pour nous rendre au point de départ de ces taxis collectifs.

S 19° 02’ 35.1’’   W 065° 15’ 18.4’’   Altitude 2800m        Km 368       Total 6951

Dimanche 14 octobre. Jour 34 : Sucre / Tacabuco / Sucre

Taxi, donc, puis « collectivo », minibus qui ne part que quand il est plein, avec ses 14 passagers. Et, s’ils pouvaient en mettre plus, ils le feraient.

Nous nous félicitons d’avoir écouté Felicidad (eh oui, j’ai osé !). Le trajet de 65km, qui nous mènera au cœur de Tacabuco, à 3300m d’altitude et sans problème de stationnement, nous coûtera 10 bolivianos (1€ !) par personne.

Arrivés à la sortie de la messe, les groupes « folkloriques sont prêts pour le défilé.

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Nous aurons la chance d’assister à une procession, au curieux cérémonial : précédant, à reculons, le curé et la statue de la vierge, un groupe de jeunes gens vêtus de fourrures (des ours ? pas très local..), puis , toujours à reculons, dans des costumes éblouissants dont certains ailés (des anges, c’est déjà plus lisible), un second groupe de jeunes gens et jeunes filles.

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Et derrière la vierge, les mariachis.

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Nous nous enfonçons ensuite dans les ruelles, le marché couvre toute la ville.

S’y pressent quelques touristes, bien sûr, mais surtout l’ensemble des habitants des pueblos environnants, qui viennent y vendre leurs productions de fruits et légumes, et y acheter tout ce qui est nécessaire à leur quotidien.

La région rassemble diverses ethnies qui appartiennent à cette famille Quechua, mais aussi d’autres ethnies exogènes. Ce territoire était en effet aux limites de l’empire inca qui firent s’y implanter des ethnies guerrières, pour défendre les marches de leur empire, ethnies qui se fondirent peu à peu dans l’ensemble quechua dont ils partagent aujourd’hui la langue, l’économie agricole et le fond culturel tout en conservant des spécificités, notamment au niveau des rituels et des costumes.

Ce qui est considéré, de l’extérieur, comme le costume national bolivien, large jupe , la « pollera » , portée au-dessus de plusieurs jupons, bas, chapeau melon et longues nattes pour les femmes, fut en fait imposé par les autorités espagnoles au XVIII° siècle, suite à une révolte inca, pour réprimer toute expression de particularisme indigène.

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On constatera, à Tarabuco, que ce costume n’a pas complètement remplacé les vêtements traditionnels, de nombreux paysans, hommes et femmes, portent encore la « montera » en feutre, façonnée sur le modèle des « morions », le casque des conquistadores.

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Nous déjeunerons, fascinés par le spectacle, dans l’une des innombrables gargottes installées pour l’occasion en haut du marché.

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Retour en « collectivo » Le jeune chauffeur s’adresse aux passagers dans une langue aux sonorités inconnues. Il me conformera qu’il s’agit du quechua, la langue des descendants des incas.

Bivouac inchangé

Lundi 15 octobre. Jour 35. Sucre

Journée visites ; Nous nous rendons au centre- ville, à deux pas. Sucre, dont les faubourgs, comme pour toutes les villes boliviennes, ne sont pas reluisants, présente un très beau centre historique, aux rues bordées de maisons d’architecture coloniale. Elle est classée au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, et le mérite.

Comportant de nombreuses institutions éducatives, des magasins modernes, des services publics manifestement efficaces, c’est une ville dans son temps. Elle est caractérisée par une curieuse situation institutionnelle : déclarée capitale du pays lors de l’indépendance en 1826, elle perdit une partie de ses attributions à la suite d’une guerre civile de 6 mois au début du XX° siècle. La Paz abrite aujourd’hui le gouvernement et les finances et Sucre la Cour Suprême, mais demeure la capitale constitutionnelle du pays

 Imprévu, un défilé des institutions consacrées aux personnes handicapées, musique en tête. Spectacle étonnant qu’on n’imaginerait sans doute pas en France, chaque délégation comportant en tête P.M.R., malvoyants ou malentendants, puis soignants et encadrants, chaudement applaudie au passage de la tribune officielle voisinant le superbe bâtiment du Gouvernement.

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 Visite de la Cathédrale, dont le principal intérêt, outre son beau chapitre et le monumental livre de chants permettant d’être lu à distance, est la « Capilla de la Virgen de Guadalupe », chapelle achevée en 1625. Enchâssé dans l’autel, le portrait d’une femme fortunée, peint en 1601, qui symbolise la sainte patronne de la ville. L’œuvre a ensuite été recouverte d’une robe d’or et d’argent incrustée de diamants, d’émeraudes, de perles et de rubis offerts par de riches paroissiens. A elles seules, les pierres sont estimées à plusieurs millions de dollars…

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 Visite du Musef, le « Museo Nacional de Etnografia y Folklore », bien décevant, les collections de masque annoncées ont disparu. Nous déjeunerons ensuite à « La Taverne », restaurant situé dans les locaux de l’Alliance Française. Décor et ambiance sympa, mais les tablées de touristes sont bien bruyantes.

L’après- midi nous verra grimper, ( lentement, on est à 2750m), vers le très beau « Museo de Arte Indigena » qui présente la cosmogonie des peuples indigènes via leurs musiques, leurs danses, leurs cuisines rituelles et leurs tissages. Séquence culture, ceux que cela fatigue sont dispensés de lecture, mais la maison ne fait pas de ristourne.

Les thèmes de ces tissages traditionnels reflètent les croyances des peuples andins. Animistes leurs religions vénèrent des dieux et des esprits de la nature et notamment Pachamama, la Terre Mère, celle qui reçoit le plus d’offrandes sacrificielles, destinées à garantir fertilité et récoltes abondantes.

Dans la culture Quechua et Amaraya, le monde est divisé en trois niveaux ; L’Alajpacha, monde supérieur ou ciel éternel, qui représente la lumière et la vie, l’ Akapacha, ou monde des vivants, et le Mankapacha, monde d’en bas, symbole des ténèbres et de la mort.

Chaque ethnie a privilégié, dans ses tissages, des thèmes relevant de l’un des trois mondes, qui les distinguent par leurs couleurs, leurs motifs géométriques ou zoomorphes. Ainsi, les habitants de Potolo, au nord-ouest de Sucre, ne produisent que des pièces de couleurs rouge et noir, ou rouge et bleu, ornées d’animaux monstrueux, caractéristiques du Mankapacha, alors que d’autres confectionnent des pièces lumineuses, inspirées de l’Alajpacha.

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Retour par le mercado, où nous faisons le plein de fruits et légumes, certains locaux, au goût disons, curieux. Les vendeuses sont souriantes, et nous donnent du « Mamita » et « Papito »..

Bivouac inchangé

Mardi 16 Octobre. Jour 36. Sucre / Potosi

Dernière matinée, à Sucre, pour visiter la Casa de la Libertad, berceau de l’indépendance bolivienne. C’est à Sucre, alors Chuquisaca, qu’éclata, en mai 1809, la première insurrection, inspirée des révolutions américaines et françaises. Elle fut rapidement réprimée, et paradoxalement, la Bolivie fut le dernier pays d’Amérique latine à conquérir son indépendance.

On peine aujourd’hui à imaginer les évènements qui bouleversèrent ce continent, guérilla menée par des criollos et leurs alliés indigènes, batailles classiques engagées par Bolivar et son compagnon, Sucre, tous deux nés au Venezuela, intervention de l’Argentin San Martin sur les territoires chiliens et boliviens, chaque bataille gagnée par les insurgés créant l’occasion d’une déclaration d’indépendance : Colombie (1819), Vénézuela (1821), Equateur (1822), Pérou (1824),  La Bolivie déclara son indépendance à l’égard du Pérou en 1825.

Bolivar et Sucre ne combattirent jamais en Bolivie, mais, lors de à la déclaration d’indépendance, signée à la Casa de La Liberdad à l’issue du premier congrès « constituant », Bolivar fut nommé président de l’« Alto Peru » renommé Bolivia en son honneur. Ses rêves de créer un état fédéral, la « Gran Colombia », rassemblant Colombie, Venezuela, Panama et Equateur suscitèrent tant d’opposition qu’il perdit son leadership et fut contraint de démissionner suite à la sécession du Venezuela en 1830. Victime d’une tentative d’assassinat il se résigna à l’exil en Colombie, alors que son ami le plus proche, le général José Antonio de Sucre, qui lui avait succédé comme deuxième président bolivien, et dont la ville porte le nom, fut assassiné en Colombie, peu de temps avant le décès de Bolivar.

Le magnifique musée de la Casa de la Libertad retrace ces évènements. On y notera, pour l’anecdote, de beaux portraits de Donà Juana Azurduy, « Commandante de Guerrilla » qui termina sa carrière avec les grades de Maréchal de l’armée bolivienne et de Général de l’armée argentine. Parmi ses faits d’armes, la destruction, à la tête de son escadron « Leales », d’un bataillon espagnol lors d’une embuscade à Tarabuco. De retour dans ses foyers, bien seule, ayant perdu son mari et ses fils dans les combats, elle s’éteignit gentiment à 82 ans.

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Bivouac inchangé

3 commentaires pour “18-10-19 Altiolano bolivien 1

  1. Philippe le 19 octobre 2018 à 23 h 42 min a posté:

    Étonnante parure de la « madone aux montres » Dali ne l’aurait pas reniée.
    Bonne continuation.
    La bise.

  2. Anne Pradines le 22 octobre 2018 à 19 h 13 min a posté:

    Toutes ces couleurs c’est superbe. Bravo pour les pages culture elles sont indispensables.
    Très bonne continuation
    Bises Anne M et Gérard

  3. jeannette le 30 octobre 2018 à 0 h 20 min a posté:

    la litanie de la boldoflorine m’a replongée dans une époque bien lointaine où la radio était notre principale source d’infos ! il y avait déjà des publicités … j’avais oublié .
    Les photos de Sucre sont magnifiques et le cours d’histoire passionnant.
    Merci à mamita et papito pour ce récit riche en images et anecdotes .
    bises à vous deux
    jeannette et bernard

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