Mardi 16 Octobre. Jour 36. Sucre / Potosi

Route de Sucre à Potosi, en relativement bon état au début, puis qui s’améliore encore. Cela grimpe très vite, dans un paysage sec et vide, qui verdit au passage des rivières, le plus souvent à sec, avec parfois des découvertes surprenantes.

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Les faubourgs de Potosi sont loin d’être emballants, route comme toujours bordée de camions en réparation ou en attente de chargement, immeubles en brique non revêtue, sans le dernier étage qui, un jour, peut-être, viendra achever la construction. Agnès a repéré sur Ioverlander le parking, très proche de la place centrale, qui pourra nous accueillir pour la nuit.  C’est dans une petite rue, et c’est si discret qu’on passera devant sans le voir. Et comme cette rue est en sens unique, il nous faudra boucler un tour complet dans les ruelles de la vieille ville. Encore pire, on passe juste.

Du parking, minuscule, on voit le « Cerro Ricco », cône qui surplombe la ville et dont on peut derrière, les fils électriques, deviner l’entrée du tunnel qui permit, à partir de 1545 d’extraire les premiers chargements de minerai.

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C’est en effet ici qu’en 1544 qu’un inca, Diego Huallpa, parti à la recherche d’un lama égaré se serait arrêté sur les pentes de la montagne Potosi pour faire un feu, dont la chaleur fit fondre le sol et apparaitre un liquide brillant, de l’argent natif.

S’ensuivirent quatre siècles d’exploitation, et, pendant les trois siècles de la période coloniale, l’esclavage d’indigènes et d’africains, travaillant 12 heures par jour dans des conditions épouvantables, ne remontant à l’air libre que tous les 4 mois et mourant en masse. Les historiens estiment que de 1545 à 1825, 8 millions d’entre eux périrent à la tâche en assurant la grandeur de l’Espagne.

S 19° 35’ 29.1’’   W 65° 45’ 13.7’’

Altitude 4012 m   20° C à 17h

Km 163 Total   7114

Mercredi 17 octobre. Jour 37. Potosi / Uyuni  

Sur la place d’armes, bien pentue, près du Cabildo,  bel édifice jaune,  visite guidée de la « Casa de la Monedad » dès 9h.

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Coup de chance, une guide francophone pour nous seuls.  Dès l’entrée, on ne peut manquer la face souriante qui surplombe la 1° cour. S’agit-il de Bacchus ou de Diego Huallpa ? A chacun sa version, mais c’est devenu le symbole de Potosi, et ce sourire ne manquera pas de provoquer un léger malaise, en songeant à ce qui fut vécu ici.

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L’édifice est très impressionnant par ses dimensions et son architecture : 15 000 m² de bâti, 5 cours et 200 salles, il fut construit en deux phases, la 1° de 1572 à 1575, la seconde de 1759 à 1773, et son coût a été estimé à l’équivalent d’une dizaine de millions de dollars. L’ensemble des machines, tels les laminoirs à lingots furent importés d’Espagne.

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Au cours de la visite, nous admirerons un coffre fort à l’extraordinaire système de verrouillage, logé dans le couvercle.

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Ici, jusqu’à l’indépendance, furent façonnées, à partir de lingots d’argent, puis frappées, l’ensemble des pièces de monnaie mises en circulation par la couronne d’Espagne. Nous y apprendrons que 25% étaient destinées à l’Amérique du Sud, et 75% à l’Espagne, ce flux continu irriguant l’économie espagnole et lui permettant de financer un train de vie somptuaire, une cour dispendieuse, une armée et une marine supports d’ambitions politiques conquérantes, et surtout de combler ses dettes auprès de banquiers étrangers

Nous serons par contre surpris d’apprendre que ces trésors, or et pierres précieuses, outre l’argent en monnaie ou en lingots, n’étaient expédiés vers la mère patrie que deux fois l’an, au prix d’un voyage de 14 mois, débutant par un transport à travers les Andes à dos de lama, 15 à 25kg par bête, une remontée maritime depuis Arica ou Callao le long de la côte pacifique, une traversée de l’isthme de Panama de nouveau à l’aide de bêtes de somme, puis la périlleuse traversée de l’Atlantique. A deux voyages par an, on imagine l’attente à Madrid, les navires de sa Gracieuse Majesté en embuscade et les flibustiers se frisant les moustaches en guettant le passage des galions…

Direction Uyuni par une belle route. L’arrivée par le nord est bien plus belle, car offrant une vue dominante, que celle qui nous y avait conduit en février en provenance d’Argentine, par le sud-est et Tupiza. Malheureusement, soleil dans l’œil.

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Uyuni est toujours aussi désespérément sale et misérable, malgré le flux constant de touristes. Qu’est ce qui empêche de diriger une partie de la manne vers l’entretien des routes et les services publics, comme on le constate ailleurs en Bolivie ? Mystère.

Nous trouvons le « lavadero » spécialisé, idéalement situé en sortie de ville, pour y effectuer un lavage haute pression cabine, cellule et châssis, puis, une fois égoutté, une« fumigacion », c’est-à-dire une pulvérisation de gazole sur le châssis et les trains de roues, afin d’éviter l’adhérence du sel. Cette fois ci, en effet, le salar n’est pas sous l’eau.

Une quinzaine de km vers Colchani au Nord en bord de salar, 5km de piste à gauche puis on roule sur le sel.

Un peu difficile au début de trouver la bonne direction, les traces s’entrecroisent et le sol est fort dégradé. mais nos deux GPS ne se contredisant pas, ce qui arrive parfois, nous couvrons rapidement les 20 km qui nous séparent du monument du Dakar et de l’hôtel de sel.

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Nous bivouaquerons à proximité de l’hôtel dans un silence absolu.

S 20° 19’ 48.1’’   W  67° 2’ 49.7’’   Alt 3696m  15° à 17h et nuit fraiche

242 km Total 7356

Jeudi 18 octobre. Jour 38. Sur le salar

Magnifique aurore ( « Burning daylight  » écrivait Jack London !) sur la surface salée.

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La lumière rasante permet de découvrir les motifs en pentagone crées par l’évaporation de l’eau, qui nous rappellent, par leur régularité géométrique et toutes proportions gardées, les colonnes de basalte chilien.

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60 km tout droit pour atteindre Isla Huaqui , île centrale du salar, puis direction plein nord sur 40km pour nous rendre à la lisière du salar, au pied  du volcan Tunupa, (5432m), que nous n’escaladerons pas .

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Déjeuner sur place avec un motard français, policier en Guyane qui trace la route, très léger, sur une petite moto de 25 CV, puis retour pour dormir au pied de Isla Huaqui. On y retrouve quelques bus et une cinquantaine de 4×4, certains assurant une excursion d’une journée, les autres bouclant le circuit de 3 jours vers San Pedro de Atacama par Laguna Colorada et Laguna Verde.

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A 18h, il ne reste plus que nous, guettant le coucher de soleil.

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Nouvelle nuit cristalline.

S   20° 14 ‘ 27.3’’   W67° 37’ 39.7’’    Alt 3698m

140 km Total 7496

Vendredi 19 Octobre. Jour 39. Uyuni / Route d’Oruro

Rapide promenade sur Isla Huaqui et ses cactus. Les roches qui en constituent la structure sont couvertes d’une couche d’une dizaine de cm de squelettes coraliens, rappelant son passé (très) lointain. Peu de vie, quand même, un lapin et deux oiseaux. Pour les oiseaux, qui sait ? Mais pour le lapin, c’est Alcatraz…

Retour à fond vers Uyuni, il faut se méfier des trous qui parsèment, par endroits, la piste. Ils semblent sans fond et on s’interroge sur l’épaisseur de la couche de sel. Mais peut-être ne s’agit- il que de poches localisées d’eau salée ? Nous ne connaitrons pas la réponse.

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Repassage au Lavadero pour éliminer le sel, refumigacion et on en profite pour déposer le linge. Déjeuner dans un resto recommandé par notre guide, ribs de lama trop cuites et addition salée, comme les ribs d’ailleurs. Au dépôt de gaz on nous ferme la porte au nez,  Uyuni n’est vraiment pas le paradis des touristes. Peut- être que j’aurais dû mettre un chèche, ils ont l’air d’aimer le Dakar,  le logo s’affiche partout.

On prend la route d’Oruro, longue montée vers l’altiplano, immense, vide.

Arrêt en bord de route

S 19° 35’ 15.0’’   W 66° 49’ 23.8’’    Alt 3830m

Km 222 Total 7718

Samedi 20. Jour 40.  Route d’Oruro / Cochabamba

Nous avons décidé, avant de nous rendre à La Paz, de récupérer à des altitudes moins éprouvantes. Cochabamba, ville logée dans une vallée à 2500 m sera idéale pour cela.

Nous traversons rapidement Oruro, rien à voir, et attaquons le franchissement des crêtes qui  séparent le plateau de la vallée de Cochabamba. Il nous faudra quand même nous cogner un col à 4528m d’altitude, la quille ça n’est pas encore pour tout de suite. Fort heureusement la route est très belle car les travaux, entrepris pour doubler la voie actuelle, sont quasiment achevés, il ne reste qu’une dizaine de kms à macadamiser.

Arrivée à Cochabamba, à l’Hostel « Las Lillas », à la fois camping, auberge de jeunesse et hôtel, l’un des plus charmants lieux de séjour que nous ayons connu jusqu’ici. L’arrivée a été un peu « rock and roll », la route étant barrée en raison d’une « ducasse » (les nordistes comprendront). Les trajets alternatifs en ont été rendus coquins par un plan d’urbanisme conçu par un amateur d’absinthe : Les parcelles de ce quartier excentré abritent des résidences de luxe, surveillées comme celles des électeurs de Trump en Floride, mais il n’y a pas de routes pour les relier.

Seuls de mauvais chemins de terre, coincés entre des souches d’eucalyptus et les talus du rio qui serpente dans la zone et assure, par temps de pluie, le balayage des ordures qui s’y sont accumulées, permettent de s’y déplacer et avec beaucoup de patience à chaque croisement, d’arriver au but.

S 17.35462°   W 66.20304° Altitude 2639m

Km 426   Total 8144

Dimanche 21.  Jour 41 Cochabamba

Repos, les activités culturelles font relâche le dimanche, juste une petite descente en ville en ‘taxi truffi », les taxis collectifs, pour s’approvisionner au marché aux légumes.

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Lundi 22. Jour 42 Cochabamba

Située dans une cuvette fertile de 25km sur 10, cette ville est réputée pour être la plus commerçante de Bolivie. Réputation méritée, le marché de la Cancha est gigantesque, mais des passants nous recommanderont de bien veiller sur nos sacs et d’y planquer les appareils photos. On se repliera sur la ville moderne, très agréable, pour un déjeuner « completo », à savoir buffet de crudités, potage, plat, dessert, boisson, pour 2.5€… Et avec le sourire.

On trainera sur la place, devant la cathédrale dont, curieusement, le fronton est resté brut alors que la façade latérale, configuration rare, borde la place. Ceci explique peut- être cela.

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Sur la place, les lycéens, jeunesse dorée vu les uniformes, refont le monde après les cours, ou prennent la pose.

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Visite ensuite, beau contraste, du couvent de Santa Terasa, qui abritait des carmélites de l’ordre de Ste Thérèse d’Avila. Règle rigoureuse, où toute communication interne ou vers l’extérieur était bannie, où les vœux de pauvreté, de silence, et de chasteté, (j’en cause même pas) s’imposaient à toutes.

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Pauvreté, dans certaines limites, dans la mesure où le couvent n’abritait que 21 nonnes « au voile noir », l’élite, filles d’espagnols, dont la famille avait dû régler l’équivalent de 130 000 dollars de dot, puis des nonnes au voile blanc, dont la dot était plus modeste et qui servaient les ci devant « voiles noirs », et enfin, la plèbe, les « sans voile », car sans dot, qui assuraient les tâches ménagères et servaient les « voiles blancs ».

Mais, foin de sarcasmes ! La règle était si rigoureuse dans ses exigences que, dans les années 1960, le Vatican décida d’offrir aux carmélites la possibilité de renoncer à cet isolement. Conditionnées par toute une vie et ignorantes du monde extérieur, la plupart refusèrent. Il n’en reste plus aujourd’hui que quelques-unes, très âgées, dans un couvent mitoyen.

Petite déception en fin de journée, le Palacio Portales, palais à l’Européenne du baron de l’étain Simon Patino, décrit comme une merveille, est exceptionnellement fermé pour maintenance. Cela sera pour une autre vie, demain nous partons pour La Paz.

Bivouac inchangé

 

5 commentaires pour “2018-10-26 Altiplano bolivien 2

  1. Juju le 27 octobre 2018 à 15 h 49 min a posté:

    Toujours aussi superbes ces photos! Magnifiques couleurs et paysages! Nous aimons beaucoup suivre vos aventures!!! Bisous de nous 3!!

  2. Sylvie et Thierry le 27 octobre 2018 à 21 h 40 min a posté:

    Merci pour toutes vos photos on a voyage un peu avec vous !!!!
    A bientot la suite
    Bisous de nous deux

  3. François le 28 octobre 2018 à 16 h 55 min a posté:

    Encore un épisode passionnant , celui ci d’ailleurs ne manque pas de sel. Je réfléchirai à deux fois avant d’offrir des bijoux ou autres métaux et pierres précieux ,et même semi précieuses (merci de ne pas y voir une once de radinisme ).

    Tout cela nous montre que ce n’était pas forcément mieux avant ; mais les Espagnols ont été punis, l’accumulation de leurs richesses les a détournés de concourir au progrès technique, les laissant de côté au moment des prémisses de la révolution industrielle (c’était la minute Alain Decon).

    Les lycéens : c’est vrai que le port de l’uniforme n’est pas une exclusivité anglo saxonne; par contre las chaussettes montantes que portent les jeunes filles ont l’allure de bas de contention !!

    Bonne route

    Bises

    Francois

  4. Très belles photos comme d’hab et commentaires toujours aussi captivants ! Avez-vous une idée de ce qui se trouve sous cette croute de sel ? Savez-vous si la vie y est possible ? Est-ce que le Dakar se courre toujours dans ce coin ? Cela a-t-il des impacts sur l’environnement ? Assez de questions, profitez bien et faites nous voyager !
    Bises
    JF

    • JF, bonjour
      A priori, si c’est comme à l’Atacama, il y a de la vie puisque les flamands roses y trouvent leur nourriture, sauf qu’à Uyuni, il n’y a pas de flamands roses…

      Quant au Dakar, il est repassé en 2018 en Bolivie, mais pas à Uyuni, en janvier le salar est sous l’eau et l’installation électrique des motos ne résiste pas à la saumure.
      As tu des nouvelles de Daniel? Nous n’avons pu joindre Christine
      Bises
      P & A

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