Dimanche 15 décembre Jour 61 Salento / Medellin
Très belle descente par l’autoroute 29, dite autoroute du café, qui serpente sur les crêtes entre les sommets plantés de caféiers, magnifique paysage, puis rejoint l’autoroute 25, la panaméricaine nord. Et là ça se gâte, elle est en travaux pour doubler les voies tout le long des gorges du rio Cauca. On se cognera donc des passages alternatifs tout l’après-midi. Puis on attaquera la montée avant La Pintada, et ce sera pire : plus de travaux, mais sur cette route à deux voies, nous nous retrouverons dans une file ininterrompue de véhicules, dont des camions qui se croisent difficilement dans les lacets, qui grimpent les côtes à 15km/h et descendent au frein moteur à 30. Les routiers sont corrects cependant et font signe quand on peut doubler, mais on en a rarement la possibilité.
Ici, on le regrette, la circulation des poids lourds n’est pas interdite le dimanche…
On parcourra une cinquantaine de km pare choc contre pare choc, dans l’odeur d’embrayages maltraités dans les montées, et de gaz d échappement, puis le brouillard viendra rendre la conduite plus difficile.
Nous tenterons de bivouaquer dans deux stations-service successives qui nous refouleront, et finirons par échouer, une fois atteinte l’autoroute urbaine, sur une aire de services à 25km du centre-ville. Très bruyante, très fréquentée en ce dimanche soir pour son fast-food géant qui distribue des beignets de poulet à la chaine.
On s’en fout, on est morts de fatigue, on se tanquera devant deux distributeurs de billets, sûrs que là on ne se fera pas braquer : c’est bien éclairé, et dans le champ des caméras de surveillance.
Km 230 Total 8094
Lundi 16 décembre Jour 62 Medellin
Nous démarrons tôt, espérant éviter les bouchons du lundi matin. Bonne pioche, la descente, puis l’entrée en ville par la pénétrante sud, qui longe la ligne de métro, seront étonnement fluides et nous arriverons rapidement jusqu’au centre-ville, puis au parque Floresta, petit jardin recommandé sur Ioverlander.
Un chaouch y surveille les stationnements. Je vais le voir, lui propose 10 000 sols, un parking coûtant ici de 12 à 15000 la demi- journée. Il devient aussitôt mon meilleur copain et me brosse les avantages du quartier : magasins, internet à la bibliothèque, métro à deux pas.
Nous ferons une séance internet à la bibliothèque, plus centre social qu’exclusivement bibliothèque publique, au son de la musique rythmant les étirements d’un groupe de « ménagères de 40 ans », pleines de peps.
Fondée en 1576, puis développée sous l’impulsion d’immigrés basques au XVIII° siècle, la ville de Medellin, de très vilaine réputation du temps du père Escobar, partait de loin : les districts périphériques, dépourvus de services publics et où s’étaient concentrées les populations les plus fragiles, souvent chassées du centre par la misère voire par la force étaient aux mains des mafias. Quand l’Etat est déficient, le besoin de protection vous jette dans les bras de ceux qui peuvent vous l’assurer et Medellin était alors tenu par 6 « familles », prospérant grâce au trafic de la cocaïne, au prix d’une féroce guerre pour conserver leurs territoires.
Par ailleurs les FARC, ayant perdu le soutien financier de Moscou après la chute du bloc soviétique, s’étaient tournées vers le racket, les enlèvements et le trafic d’armes, et contrôlaient les hauteurs de la ville.
Ces districts étaient les plus dangereux de cette ville, la plus meurtrière de Colombie, voire de la planète avec 380 assassinats pour 100 000 habitants
Au milieu des années 80, sous l’influence d’un groupe d’experts en planification sociale le gouvernement colombien et la ville entreprirent de reconquérir ces barrios par des investissements lourds dans les infrastructures jusqu’alors absentes, eau, électricité, égouts, par l’apport des services sociaux et éducatifs indispensables, mais surtout en les désenclavant par un réseau complet de transports publics: deux lignes de métro aérien, trois lignes de tramway et 5 lignes de télécabines, toutes interconnectées, d’une étonnante efficacité, qui ont permis l’accès au travail à ceux qui en étaient privés par l’éloignement des bassins d’emploi. Nous serons surpris de voir des couloirs réservés aux bus et aux taxis, agglutinés aux stations de métro et l’alimentant en milliers de piétons se rendant en ville, et des voies réservées aux cyclistes.
Cette révolution de la mobilité passa par des négociations avec les cartels, par le la prise en main par les communautés, souvent ethniques et parfois par des actions « d’autorité », qui accompagnèrent la lutte à mort contre Pablo Escobar, que ses ambitions politiques conduisirent à sa perte, et à son exécution par la police, en 1993.
Nous plongeons dans l’ambiance du centre- ville en descendant à la station « Parque Berio ». Là nous serons saisis par la foule, la musique omniprésente. Sous le métro, le bruit est assourdissant, insupportable.
Sur le parvis, un attroupement de cheveux gris. Nous apprendrons qu’il s’agit de vendeurs de montres. Plus loin, un trio de musiciens entourés d’anciens qui fredonnent les airs avec recueillement, interprètent un répertoire emprunt de nostalgie, aux accents de « saudade » portugaise.
Nous sommes à deux pas de la plazza Botero, où l’on peut admirer 23 œuvres de l’artiste originaire de Medellin, évaluées à 2 à 3 millions de dollars pièce, quand même…
Petite promenade ensuite dans le jardin botanique, le pavillon des orchidées étant malheureusement fermé pour la préparation d’une soirée, on pourra cependant y rencontrer quelques iguanes.
Après un repas à l’ombre, dans la cafet du jardin, nous prendrons la ligne B du métro, jusqu’au terminus de San Javier. A la sortie, nous y serons assaillis par les guides qui se proposent de nous faire visiter la Communa 13, l’un des 16 districts de la ville, celui-ci ayant été créé à flanc de colline par les habitants afro- colombiens quand ils furent chassés du centre- ville.
Il regroupe 260 000 personnes et était devenu l’un des territoires contrôlés par les narcos, les FARC et l’ERC, l’armée révolutionnaire colombienne.
Nous choisirons Steven, prof d’anglais originaire du quartier et guide pendant ses loisirs, pour nous présenter le district. Il nous entrainera sur les marches du raidillon qui mène au barrio, et l’on y aura une vue plongeante sur la ville.
Le 16 octobre 2002, l’armée entra dans la Communa 13 lors de l’opération Orion : 4 jours de combats avec hélicoptères d’assaut, chars et snipers, qui chasseront les gangs, mais feront 250 victimes civiles. Traumatisme qui reste dans les mémoires mais a cependant permis la rappropriation de la communa par ses habitants, qui en ont assuré la resocialisation par la construction d’écoles, la mise en place de commerces et d’associations, la reconstruction de logements. Cette volonté de projection vers l’avenir, soutenue par les autorités mais néanmoins autonome, est illustrée dans les « graffiti », fresques qui ornent les murs du principal chemin d’accès au barrio et rivalisent sans peine avec celles de Valparaiso.
On apprendra la différence entre un « mural », exécuté à la brosse, et un graffiti, réalisé à la bombe, beaucoup plus couteux et exécuté par des artistes professionnels. Ils ont tous une signification symbolique, relative à l’histoire du barrio. On remarquera la prédominance des visages féminins…Influence de la Pachamama?
Sur les pentes, les rappeurs expriment leur mal être et leur fierté communautaire, les break-dancers tournoient, et la gamins disputent leur ballon de foot au « peros », les chiens, qui pullulent.
Km 24 Total 8118
Mardi 17 décembre Jour 62 Medellin / Sante Fe de Anquioca
Visite de la ville avec un guide, ce sera plus une promotion des efforts de la ciudad pour pacifier Medellin qu’une visite touristique. Le financement de ce programme de reconquête nous restera mystérieux. Il aurait été supporté essentiellement par la société d’économie mixte gérant l’ensemble des utilités de l’agglomération, qui aurait trouvé ses ressources grâce aux gigantesques programmes de production hydro électriques réalisés dans la région. Cela nous semble une trop belle histoire, mais, bon, seul le résultat compte.
Nous avons choisi de gagner Cartagena par la côte (zone à éviter d’après les Affaires étrangères, en raison d’une forte présence de narcos et de résidus des FARC, mais ici, on nous dit qu’il n’y a aucun danger), plutôt que par la panam 25, qui file, vers le nord, dans une longue traversée montagneuse.
Nous rencontrons de lourds travaux sur toute la 1° partie de la route : on y double les voies pour en faire une autoroute. De nombreux camions bennes, chargés de terre ou de rochers sont au pas dans les montées, et transforment le flux de véhicules en lente chenille. Très pénible, on a hâte de s’arrêter
Agnès a dégoté une superbe étape : Les Cabanas de Pino, à Santa Fe de Antioqua. Il fait si chaud qu’on passera la nuit dans un des bungalows climatisés et on piquera illico une tête dans la piscine.
N 6,55869° O 75,83509° Altitude 1500m Température 28°
Km 61 Total 8179
Mercredi 18 décembre Jour 68 Santa fe / Rio Grande
Visite de la très charmante ville coloniale, avec, comme à Popayan, un centre historique préservé et une belle architecture de plazza de armas coloniale.
Toujours dans la montagne, nous devrons franchir un col, modeste, à 2100m. La route, la panam 62, qui doit être en temps normal une belle deux voies descendant vers la mer en suivant, à mi- hauteur des reliefs, le cours du rio, est actuellement en travaux, un gigantesque chantier mené par des entreprises chinoises, visant à la doubler en fond de vallée par une nouvelle route.
Cela nécessite de nombreux ouvrages d’art, de gigantesques mouvements de terrains, des centaines de camions et des milliers d’ouvriers colombiens, encadrés par du personnel chinois. Et bien sûr, de nombreuses interruptions de circulation sur près de 200km. Mais très peu de trafic, rien à voir avec la veille.
Pendant la pause déjeuner, un groupe de jeunes métreurs colombiens viendra nous saluer, puis prendra la pose devant notre véhicule pour l’obligatoire selfie, en entrainant leur géomètre chinois. Quand je leur demanderai si leur chinois parle espagnol, l’un d’eux me répondra, en rigolant : »mas o meno »
Puis nous arriverons dans la plaine côtière : terrain plat, route flambant neuve, et c’est tout droit.
Nous sommes entrés dans une zone de « ganaderias », les domaines où l’on pratique l’élevage extensif des bovins. Elles alternent avec les bananeraies et ce curieux spectacle des régimes empaquetés dans des sacs plastiques.
Bivouac dans une station Terpel, à Rio Grande, peu après la ville d’Apartado.
N 7° 55’ 37.7’’ O 76° 37’ 14.8’’ Altitude 54m Température 29°
Km 260 Total 8439
Jeudi 19 décembre Jour 69 Rio Grande / Maria la Baja
Nous roulerons toute la journée, route tantôt bonne, tantôt en chantier, à travers d’immenses bananeraies, des plantations de palmistes et parfois des ganaderias. Les villages sont fréquents, et le long de la route, les paillottes sur pilotis nous rappellent celles de la côte équatorienne.
De nombreux postes de police ou de l’armée jalonnent les routes. Les policiers nous regardent passer et les soldats nous saluent. Nous ne serons jamais contrôlés.
A Necocli, en bord de route, la mer. C’est la caraïbe, nous sommes passés du Pacifique à l’Atlantique en traversant la base de l’isthme de Panama
En début d’après- midi, cela se corsera quand nous retrouverons la panam 25, qui remonte de Medellin : toujours des travaux et en plus, les camions sont là..
Nous ne réussirons pas à atteindre Cartagena, la nuit, et la fatigue, nous ont rattrapés.
Cartagena sera notre point de chute. Nous avions prévu de transférer notre véhicule au Mexique ou en Floride, sans être complètement fixés sur notre prochain périple. Mais les règlementations douanières limitent les durées d’entreposage des véhicules et génèrent de fortes contraintes de gestion de temps en imposant un retour parfois trop précoce.
Et après trois séjours en Amérique du sud, avoir navigué pendant 5 semaines, visité l’Uruguay, l’Argentine, le Chili, la Bolivie, le sud Brésil, effleuré le Paraguay, parcouru le Perou, l’Equateur et la Colombie, couvert 48000km, roulé pendant 11 mois, nous sommes un peu las et avons décidé d’embarquer le véhicule à Cartagena, direction Bremerhaven.
Nous reprendrons sans doute notre projet de voyage vers les USA et le Canada plus tard, sous une forme à déterminer.
L’embarquement est prévu le 4 janvier, nous devrions le récupérer le 20 en Allemagne, de notre côté nous décollerons le 8 janvier pour Paris.
Mais, d’ici là, fin de séjour cool pour profiter des derniers jours et découvrir la Guajira, la côte caraïbe colombienne, à la frontière du Venezuela.
Bivouac dans une station Terpel, à Maria La Baja, à 70km de Cartagena
Là encore, il fait trop chaud pour dormir dans le véhicule. Le motel voisin nous tend les bras. A 25000 cop la chambre climatisée, soit 7€, pourquoi s’en priver ?
N 9° 59’ 07.6’’ O 75° 16’ 05.2’’ Altitude 20m Température 28°
Km 430 Total 8869
Bonnes fêtes de Noël à tous…

























Salut les baroudeurs, merci une fois de plus pour les brillants commentaires et les photos. On voit que la grisaille, le froid et les pluies vous manquent, on comprend donc que vous ayez hâte de rentrer. Bonne fin de voyage en Colombie et passez vous aussi de bonnes fêtes de fin d’année, le manque de foie gras sera sans doute compensé par d’autres mets savoureux que vous dégusterez sur place. Alors Joyeux Noël en attendant votre retour. Bisous à vous deux.
Francis & Coco.
Salut les plus beaux. Votre description de la panaméricaine me rappelle le Panama. Sur cette même « route », je n’avais jamais vu des nids de poule aussi importants et nous nous sommes fait quelques frayeurs avec notre mini voiture de location-poubelle. Les travaux y étaient intermittents. C’était interminable ! Medellin et ses changements m’ont passionnée. Je vous aurais bien accompagnés pour Botero et le street art. Profitez bien de vos derniers jours. Joyeux noël et Saint Sylvestre.
Amitiés. Nadine
J’ai essayé deux fois de laisser un commentaire sans succès…en fait je n’étais pas inscrite, je pouvais juste lire le texte. Alors j’ai lu avec plaisir votre remontée du Pérou avec tous les sites archéologiques que j’avais visités, puis j’ai retrouvé Quito et la fondation Guyasamin, j’avais aussi une guide passionnante.
Aujourd’hui, je découvre Medellin…La Colombie ça me tente bien!
Profitez bien de vos derniers jours au soleil. Bonne année.
Jacqueline
Bravo les baroudeurs
je comprends que vous ayez envie de souffler un peu, à force de fréquenter des endroits aussi peu surs ! Merci d’avoir pris tous les risques pour nous faire voyager dans notre fauteuil, rêver et découvrir ce continent qui doit être si attachant. Bon repos, bon retour et un joyeux Noël à vous deux !
JF and Co
Joyeux Noel en Colombie; il sera certainement festif. Les personnage de Botero sont en sur poids mais ca leur va bien, ils sont superbes . Pas la peine de faire la mule pour rentrer, mieux vaut garder le souvenir de celle sur laquelle est assise une dame plantureuse, une mule un peu trop chargee ca ne passe pas inaperçu
FRANCOIS
Bravo pour les deux derniers épisodes que j’ai lu seulement aujourd’hui (24 décembre). C’est le bouquet final :
Difficultes routières , accidents ( fuites d’eau désagréables) échecs , belles rencontres , arts ( Botero et l’art mural ) , industrie et agriculture avec le café , paysages magnifiques et conclusion finale avec retour programme dans notre monde banal et ordinaire…..
Il est 23:30 alors Joyeux Noel !!!!
Pour finir:
Nous serons malheureusement à la ciotat du 28 décembre au 14 janvier .nous allons rater votre retour triomphal !! À noter que Corinne et jean François seront à paris du 10 au 16 janvier et viennent chez nous du 14 au 16 …
Et que nous signons la promesse de vente de l’appartement Du 3ème étage de l’imme Gallieni le 8 janvier à La Ciotat !
Donc on Noel encore ! Bises
J’ai suivi votre périple en Amérique du Sud avec bonheur.
Joyeuses fêtes.
Bon retour chez nous. ….Mais vous avez le temps.
Amitiés sincères.
Mfe j Morel
Retournant sur le blog je remarque que mon commentaire n’y figure pas ; je vous souhaitais un joyeux noel et je vous suggérais pour votre retour de ne pas être chargé comme une mule, car comme celle de de la plazza Botero , ça se repère de loin . Reste à venir le nouvel an que vous allez aussi fêter en colombie , il faut certainement être expert pour distinguer entre le bruit d’un rafale de pétards et celui de M16 ou kalach. Josette et moi vous souhaitons d’ores et déjà une bonne et heureuse année 2020 et nous vous faisons une grosse bise façon Botero. PS j’ai reçu un mail de l’un de vos lecteurs avec une pièce jointe à ouvrir; je ne l’ai pas fait car l’adresse de ma messagerie n’est pas publiée . Mefiteux
François
Très bonne année Agnès et Patrice.
On se voit bientôt. Bisous. MO