Lundi 22 et mardi 23 juin – Jours 93 et 94 Changhsa
Repos forcé, dans cette ville de 2.5 millions d’habitants, pour la remise en état du cc Mercédès. Un des seuls points d’intérêts de la ville, le musée provincial, est malheureusement fermé pour rénovation jusqu’en 2017.
Yang est fort déçu. Renforcé par les conseils unanimes du personnel du garage, il aurait voulu nous entrainer en pèlerinage à la maison natale de Mao, à Shaoshan, mais nous refusons les 260km A/R.
Prendrais-je du recul avec mes jeunes années ? Nous n’avions pas manqué le mausolée de Che Gevara à Santa Clara lors de notre séjour à Cuba, ni la maison où fut assassiné Trostsky à Mexico. Nous verrons ce qu’il en sera du tombeau de Lénine lors de notre passage à Moscou…
Nous sommes cependant surpris par cette dévotion au « Grand timonier ». Yang est né deux ans après la mort de Mao, et plus rien de ce que nous voyons depuis que nous avons franchi la frontière chinoise ne vient rappeler cette époque. Les masses en uniforme et casquettes sont bien loin, les petits livres rouges en vente dans les brocantes et les 4×4 de luxe encombrent les trottoirs.
Les millions de morts des grandes famines consécutives aux erreurs du « Grand bond en avant » et les milliers de victimes des gardes rouges sont oubliés, ou masqués par l’histoire officielle. Ne subsiste que la vénération pour celui qui a réunifié la Chine et lui a rendu sa grandeur.
L’équipe du garage Mercédès, avec le support de leurs collègues de Pékin, (les téléphones ont chauffé), a bien travaillé : Le problème de boite de vitesse a été réglé quand le fusible coupable a été remis en place, les défaillances de l’injection d’additif dans le pot catalytique, ou à tout le moins les messages signalant des défaillances, ont disparu une fois ressoudée une cosse de masse qui s’était rompue dans un recoin quasi inaccessible, les éclairages ont été rétablis. Vidange faite et filtre à gazole changé ( sympa ce véhicule, il faut démonter la mécanique d’essuie glaces pour y accéder, ainsi qu’au filtre à air), le camping car est prêt pour un nouveau départ.
Petite anecdote au passage : Nous avons eu sur le camion une fuite de gazole il y a quelques semaines, suite au percement d’une durite frottant sur une partie métallique. Un essai d’obturation au ruban adhésif, on est parfois présomptueux, a échoué sous la pression de la pompe de gavage.
Après un test d’adhésion, nous avons adopté la solution du tronçon de flexible nylon fendu pour gainer la durite que je ne souhaitais pas démonter, tartiné intérieurement de Super Glue pour l’obturation, maintien par trois colliers. Depuis, ça tient. L’avantage des camions rustiques sur les véhicules sophistiqués, est qu’on n’a pas besoin de terminal d’ordinateur pour diagnostiquer et réparer. (Après l’Araldite du réservoir, la Super Glue de la durite, vive la chimie !.)
Pourvou che ça dourre, comme disait la mère à Napo.
Nous sommes dans le quartier des garages, des accessoiristes et des concessionnaires, j’ai profité du temps libre pour vérifier la qualité des latérales et toits panoramiques AGC chez le concessionnaire Peugeot….
Quant au petit diner que nous nous sommes offert dans le resto voisin, la chaleur nous coupant l’envie de cuisiner, nous souhaitions des nourritures un peu carnées, mais les menus n’étant pas illustrés de photos, impossible de nous expliquer. Petit tour en cuisine et, mes bêlements étant très convaincants, les cuistots comprennent et m’ouvrent leur armoire frigo pour faire la sélection des produits. Vu l’aspect de ce que j’y vois (bonjour la chaine du froid !), ce soir ça sera végétarien !
Mercredi 24 juin Jour 95 Changsa - Wuhan
Nous sautons une étape pour rattraper le temps perdu et gagnons Wuhan, au NNE par l’autoroute où apparait pour la 1° la direction « Beijing ». La plaine que nous traversons, initialement bordée de deux chapelets de collines s’élargit en une vaste zone humide le long du cours du Yangzi (Yang tsé kiang) , très méandreux et que nous franchirons plusieurs fois. Peu de visibilité sur le paysage, masqué par les peupliers et les bambous qui bordent l’autoroute, parfois une échappée qui nous révèle des taillis, des étangs, des rizières, de nombreuses plantations de lotus, quelques parcelles de maïs.
L’eau uniformément ocre, affleure de partout, les maisons à deux étages, aux toits de tuiles, n’ont aucun trait architectural typiquement asiatique.Les parcelles dans les rizières s’agrandissent quand le relief s’aplanit. Nous croisons des dizaines de camions légers, chacun transportant une petite moissonneuse à chenilles et ses accessoires. Nous supposons que la récolte de riz est terminée dans une région et que les machines sont transférées vers des zones où la récolte est plus tardive
La traversée de Wuhan, 7 millions d’habitants, sera longue et pénible en raison des feux et du trafic. Arrivée au bivouac, le parking de l’hotel Junyi Dynasty, nous découvrons un endroit sordide et étroit où nous ne pouvons nous garer qu’à côté des poubelles. Avec 33° dans la cellule en fin de journée, la nuit sera longue.
Petit entretien entre 4 yeux avec Yang : Nous ne voulons plus de bivouac dans le centre des grandes villes, leur accès et leur exiguïté doivent nous faire préférer la périphérie. Les taxis ne coûtent rien ici, et les bus encore moins, pour nous rendre aux points d’intérêts. Nous préférerons privilégier le confort, si ce n’est l’hygiène, à la proximité des zones commerçantes. Ceci dit, pouvoir aller à pied déguster une glace dans un café branché et climatisé ne manque pas d’attraits, profitons en puisque nous y sommes !
Promenade jusqu’à l’université de Wuhan, la plus ancienne de Chine, pour l’époque moderne s’entend. Située sur une petite colline, elle fut construite sous Sun Yat Sen et son architecte s’inspira du Potala de Lhassa. Campus boisé très agréable qui rassemble près de 50 000 étudiants. Les chambres des étudiants sont dans les bâtiments d’origine, qui n’ont pas toujours bien vieilli.
N 30° 31’ 42.6’’ E 114° 21’ 10.0’’
341 km Total 19711 km
Jeudi 25 juin Jour 96 Wuhan
Wuhan, capitale de la province du Hubei, est un grand port sur le Yangzi ( que l’on appelle ici Chang Jiang, ou la longue rivière) et résulte de la fusion de deux anciennes villes, Wuchang et Hanyang et de la ville de Hankou, créée en 1861 quand les puissances occidentales et le Japon imposèrent à la Chine la concession de comptoirs pour maitriser le commerce et fixer le prix des marchandises. Quelques bâtiments néo classiques, sur la berge côté Hankou, portent encore témoignage de cette époque.
Ce n’est pas un hasard si, après l’assaut des Boxers en 1900 contre les légations occidentales qui se solda par la déconfiture de la régente Cixi qui les avait soutenus (pour mes amis de Cinebol, souvenons nous des films « Les 55 jours de Pékin » , le menton volontaire de Charlton Heston et les yeux d’Ava Gardner et « La cannonière du Yang Tsé » , Steve Mac Queen et une missionnaire dont j’ai oublié la blonde interprète ), Wuhan fut le siège du premier soulèvement contre le régime impérial en 1911.
Dirigé par Sun Yat Sen, il entraina la chute de la dynastie déliquescente des Quing et la fondation de la République, au moment où se développaient le Guomindang, parti dit « nationaliste » et le Parti communiste, tant étaient grande la frustration engendrée par les privilèges concédés aux puissances impérialistes de l’époque pour des populations dans la misère.
Alliés objectifs contre le régime impérial, contre les seigneurs de la guerre qui se disputèrent ce qu’il en restait, puis contre les japonais après leur invasion, le Guomindang et le Parti communiste entrèrent en conflit dès la défaite des japonais, conflit qui solda par la prise du pouvoir en 1949 par le Parti Communiste Chinois et le repli de Tchang Kai Chek à Formose.
C’était ma minute historico- soporifique. J’aurai beaucoup à me faire pardonner sur cette livraison, au niveau photos, c’est aussi la misère, mais vous avez quand même échappé à celle de la statue de Mao.
Visite du beau musée provincial, avec notamment deux cranes d’homo erectus que les spécialistes jugent de première importance ( pour notre part, ça nous laisse un peu froids) et surtout la superbe exposition des trésors retrouvés en 1974 dans le tombeau du marquis Yi de Zeng, qui régna localement voici 2400 ans : Des milliers d’objets usuels et rituels, d’armes et un exceptionnel jeu de cloches en bronze.
Traversée du Yangzi par la navette fluviale avec vue sur le double pont, routier et ferroviaire, premier ouvrage d’art construit en 1957 sous le nouveau régime et célébré en tant que tel, et perspective sur ce qu’un promoteur sans imagination pourrait appeler « les balcons du Yangzi »
Vendredi 26 juin Jour 97 Wuhan – Jingdezhen
Notre trajet suivra, jusqu’à Juijang, la vallée du Yangzi. Nous le traverserons à trois reprises par des ponts suspendus très aériens qui nous rappelleront le pont de Normandie. Dans cette région, la largeur du fleuve atteint 2km et des centaines de lacs composent un paysage très aquatique. La ville de Juijang en particulier, que nous laisserons au loin à main gauche, semble bâtie sur une lagune et les piliers supportant les chaussées qui y mènent piquettent un pointillé sombre sur la surface du lac, rendue floue par la brume de chaleur.
Nous quittons le fleuve, que nous retrouverons à Shangaï, pour nous diriger plein est, vers Jingdezhen, à travers une région de collines boisées.
Cette ville est la capitale chinoise de la céramique. Nous nous garons dans la cour de l’hôtel « 7 days Inn », au cœur du quartier des commerces et ateliers où on assure la décoration des pièces et leur négoce. Quartier d’une grande laideur constitué d’immeubles parallèles de 2 étages, années 60, consacrés entièrement à cette activité.
Des services à thé et des services de table par milliers, mais aussi quelques pièces uniques, panneaux, vasques ou jarres d’une grande beauté.
Les plus grosses pièces sont stockées sur les trottoirs, et même au milieu de la rue !
N 29° 18.643’ E 117° 11.143’
Altitude 56m
390 km Total 20101 km















après deux semaines d’absences nous reprenons la sui vi de vos aventures. Le style devient de plus en plus lyrique mais toujours clair ,bravo! et les photos (surtout les maisons de bois et lesdemoiselles Dong et Miau (?) très attirantes!!.
bravo a votre camion rustique mai solides qui surclasse le mercedes en fiabilité et en facilité de réparation… et bravo pour avoir dépassé le cap des 20 000 km! avez vous fait une fete??
a bientôt
bises .MIchel
ps: quand même, rater le lieu de naissance de Mao …!! est ce raisonnable …,?
Candice Bergen : la blonde missionnaire dans » la cannoniere du YAng Tse’ . AU fait , si je sais ce qu’est la position du mlssionnaire, j,ai une grosse lacune concernant ‘la position de la mlssionnaire. Help !
A 31 km 17 le 28 juin 10 h47
Bises
Josette et Francois
Pas soporifique la minute historique qui nous fait voyager dans le temps, et cerise sur le gâteau , nous offre une rétrospective cinématographique bien sympa, façon « la dernière séance»….mais où est passée l’ouvreuse ?
On pourrait aussi citer la BD de Tintin « le lotus bleu « qui relatant une partie de la période évoquée, nous montre le Yang Tse Kiang en crue, épisode dans lequel apparaît Tchang, sauvé des eaux par Tintin. La couverture du Lotus bleu représente Tintin et Milou s’extrayant d’une jarre , de la taille de celle de la photo avec la dame en rouge. Hergé était super documenté.
A propos d’homo erectus, l’affaire du Carlton est close, DSK a bénéficié d’un non lieu. Y a plus de trace , tout est à nouveau propet, on a changé les draps en toile de jute.
En me remémorant toutes les sortes d’artisanat, superbes, que vous nous avez montrées depuis votre départ, je pense qu’il doit être frustrant de se limiter à quelques acquisitions aux endroits où vous passez : des colliers, des bagues , des calligraphies, des estampes…. une chapka ! , ça ne prend pas trop de place, mais un tapis, un vase ? A moins de se les faire expédier par container puis ouvrir une boutique d’antiquaire à l’Isle sur Sorgue ! (On a vu la semaine dernière : il n’y a pas beaucoup de concurrence dans ces spécialités.)
Impressionnante la vue panoramique de Wuhan ! Une des tours ressemble au « crayon » de Lyon, ville où l’on est en train de construire le deuxième IGH depuis 40 ans ! Manifestement, ce n’est pas le même rythme en Chine .
Bises
Josette et François